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24 août 1669, Mora, Comté de Dalécarlie, Suède.
Une vague sans précédant d'accusations de sorcellerie faisait rage depuis environ un an, plongeant la population dans une hystérie et une terreur collective. Des enfants accusaient certaines femmes de les mener au sabbat du Diable sur la fameuse île de Blockula, des centaines d'innocentes furent jugées car elles étaient accusées de pratiquer la sorcellerie, de léviter et de lancer des maléfices.
Ma mère et moi avions bien-sûr constaté les changements des mentalités et des superstitions. Nous vivions tous deux hors du village dans une modeste cabane branlante. Faute de moyens, les murs couverts de lichen et de moisissures resteraient comme tels, victimes de l'humidité que le toit laissait s'infilter dans notre habitat. Mon père était décédé quelques années auparavant. A l'époque, nous connaissions les rumeurs courant sur nous ; ma mère l'avait prétendument ensorcellé, maudit, empoisonné, et entretenait des relations incestueuses avec moi.
Nous étions traîtés comme des parias, notre situation n'ayant fait qu'empirer ces derniers temps. Nous étions fuis comme la peste. Certains n'hésitaient pas à nous lancer des pierres ou des détritus, quand ils ne nous vidaient pas leurs pots de chambres dessus. Avant, cela me terrifiait. Ma mère, d'une bienveillance infinie, tentait de me rassurer en dissimulant sa peur grandissante. Cependant, je pouvais la lire dans ses yeux.
Fatalement, les enfants du village commencèrent à accuser ma mère et, rapidement, elle fut condamnée à la peine de mort, ainsi que vingt-et-une autres femmes et un homme. Tous ces gens avaient avoué pratiquer la sorcellerie après avoir subi des actes de torture dont j'ignore la nature. Quarante-trois autres femmes suspectées n'ayant pas cédé à ces châtiments furent envoyées à Falun.
L'exécution a eu lieu aujourd'hui. Les accusés ont été menés à la place du village où un bourreau les attendait. Tous furent décapités. Avant sa mort, ma mère jeta un regard sur la foule autour d'elle, un regard que je ne lui connaissais pas : un mélange de mépris, d'amusement et de haine. Ensuite, elle me sourit tendrement. Des larmes coulèrent machinalement sur mes joues, bien que je ne parvienne pas à réaliser que je me retrouvais maintenant seul. La hache tomba sur la nuque de ma mère, produisant un craquement sourd. Un sang épais et visqueux se mit à couler du cadavre, puis progressivement, le liquide forma une flaque noire dans la boue sur le sol. Ma mère était la première à mourir. Après avoir décapité tous les accusés, ils répartirent les dépouilles sur trois bûchers le long de la rivière.
Je m'enfuis en courant vers le lac Siljan que borde Mora. Une fine pluie se mit à tomber alors même que mes pieds s'enfonçaient dans le sable mouillé au bord de l'eau. Je me retournai vers le village. Au loin, je vis au dessus des arbres trois colonnes de fumée noire qui s'élevaient dans le ciel achrome. Je vomis.
J'enlevai la loque sale qui me servait d'habit et gardai la chemise trop large que j'avais récupérée de mon père il y avait quelques années de cela. A l'origine, elle était blanche, mais l'ouvrage et le temps l'avaient jaunie. Ma mère me disait toujours que je lui rappelais mon père quand je la portais.
J'entrai dans l'eau fraîche et un frisson parcourut mon échine. Ensuite, je plongeai sous la surface. Quand je sortis ma tête de l'eau, les eaux sombres me parurent étrangement calmes. Tout en maintenant un rythme régulier, je décidai de nager vers le centre du lac durant de longues minutes. Au bout d'un moment, le ciel s'assombrit et la pluie s'intensifia, fouettant la surface lisse de l'eau. A nouveau, j'inspirai profondément et plongeai vers le fond. Dans le silence des profondeurs, je ressentis une quiétude et un réconfort qui me rappelèrent ma mère. Au fond, j'aperçus un scintillement blafard. Un minuscule engrenage de montre luisait sur le sable gris. Je le pris dans ma main. Soudain, j'entendis des chuchotements dans une langue que je ne comprenais pas et fus pris de violents spasmes. En un instant, je me fis tirer hors de l'eau par une force inconnue et me retrouvai au dessus de la surface, lévitant dans les airs. Le rire clair de ma mère troubla le silence. Je compris rapidement.
Je jurai à ma mère de la venger, de détruire tous ceux qui étaient responsables de sa mort. J'observai la pièce métallique entre mes doigts, sur laquelle étaient inscrites des runes. Une voix intérieure me traduisit l'inscription que je récitai à mi-voix :
"Comme ces engrenages ne retourneront jamais à l'horloge où ils furent pris, mon âme ne pourra jamais retourner au ciel."
L'objet métallique se mit à chauffer subitement. Je le lâchai et le vis couler dans les eaux sombres pour retourner là où il reposait. En un éclair, je fus empli d'un savoir dont je ne soupçonnais pas l'existence. Des milliers de voix se mirent à parler dans ma tête, des mains invisibles se posèrent sur mes joues et on déposa un baiser sur mon front. J'appris des centaines de mots, de phrases dans une langue mystérieuse. Leur sens m'échappait en partie.
Alors que les voix se calmaient progressivement, un mot en particulier résonnait au fond de mon esprit. Délicatement, il glissa d'entre mes lèvres.
"glödande"
Autour du lac, tous les arbres prirent feu.