(on m'a confié le destin d'Angus donc je prend un peu de liberté avec le bibou)
L'annonce du Yule Ball n'avait pas eu exactement le même effet sur Tom que les années précédentes. Il n'avait jamais rien eu contre le Bal en tant que tel. Il aimait les petits fours, les ambiances festives de fin d'année, voir les gens s'apprêter pour une occasion, et il n'était pas le dernier à apprécier un pas de danse de temps en temps. Surprenamment, il trouvait toujours quelqu'un aussi socialement discret que lui pour l'inviter ou se faire inviter. C'était davantage par commodité que par affinité, tant pour lui que pour la personne.
Le bal signifiait surtout le début des vacances, et le retour à la maison. Malgré la fatigue, et même entouré d'élèves à moitié somnolents, Tom sentait toujours une excitation survoltée dès qu'il montait dans le train qui le ramenait à sa petite ville. Il allait pouvoir voir ses parents, mais aussi Angus; le
vrai. Loin des Serpentards, du drama scolaire dans lequel ils étaient constamment pris, ils pourraient enfin être eux-mêmes.
Mais c'était peut-être ça, le problème. Tom n'avait envie d'aller au Bal qu'avec une seule personne, cette année. Et paradoxalement, cette personne qu'il connaissait mieux que tout le monde était la plus inaccessible.
Sauf peut-être si ils en parlaient.
C'était donc avec espoir et appréhension que Tom s'était sauvé après le dîner, pour atteindre sa tour. Il était bien le seul à avoir fait ça, la majorité de sa Maison ayant pris le chemin inverse vers la bibliothèque. Ce n'est qu'en arrivant, et en s'installant dans un fauteuil près d'une fenêtre, qu'il réalisa combien il était stressé.
Angus arriva peu après, semblant à peu près aussi nerveux que lui. Tom lui fit signe de venir s'asseoir avec lui, en prenant une grande inspiration. C'était le moment de mettre les choses au clair, comme elles l'étaient avant tous ces problèmes. Enfin, elles n'étaient peut-être pas si claires que ça avant. Mais Tom ne savait pas si
ça se résoudrait ce soir.
Angus s'assit en face de lui, et un sourire vint instinctivement à Tom. Il tira sur les manches de son pull, ne savant pas trop où commencer, comment briser le silence. Angus s'en chargea.
"Tom... je voulais juste te parler de ce que je t'ai dit, après... l'histoire du journal."
Tom se sentit tout à coup pas du tout préparé à avoir cette discussion. Il ne se sentait pas de parler avec Angus de sa copine.
"J'ai pas eu le temps de t'expliquer, l'autre fois. Je savais pas trop comment. Mais, en fait... je suis pas avec Arsa. Et c'est jamais arrivé. J'ai juste dit ça, pour... pour empêcher que la Gazette n'aille chercher plus loin."
Tom n'avait pas de mots. C'était la dernière chose qu'il avait imaginé. Alors... tout ça, c'était faux ? Et Angus ne lui avait rien dit ?
"Donc... tu as menti ? Encore ?" C'était cruel de la part de Tom de le formuler comme ça, mais ça ne faisait que traduire son incompréhension.
"Alors qu'on aurait pu dire la vérité. Que tu ne faisais que m'aider."
Tom secoua la tête, son regard fuyant vers la fenêtre et l'extérieur. Il devait garder son calme, rester compréhensif envers Angus.
"Je n'y ai pas pensé, sur le coup, j'ai paniqué, et... je voulais juste te protéger... mais c'était la dernière fois, Tom, j'ai plus envie de mentir ou de prétendre..."
Tom lâcha un petit rire nerveux, secouant la tête encore une fois.
"Tu l'as décidé, donc ça y est, on arrête tout ? Tu crois que c'est si facile ? Angus, tout à propos de ton identité est un mensonge, ici."
Il se tourna vers Angus et vit immédiatement la douleur dans son expression. Il se sentit tout de suite coupable, et soupira en revoyant son ton.
"Désolé... je sais que tu n'as jamais fait ça pour me blesser, au contraire. Je suis juste... triste que tu aies besoin de te cacher. Depuis qu'on est là, en fait." Il chercha ses mots, pour ne pas paniquer Angus plus que nécessaire.
"Je veux juste pouvoir être là pour toi, sans sentir que je suis de trop... tu comprends ?... Alors je te demande pas de dire à tout le monde que tu es né comme moi, ou même que tu es mon meilleur ami, je m'en fiche de ça, mais juste... Je veux savoir que tu viendras me voir si tu as un problème, ou que tu n'auras peur de passer du temps avec moi, si c'est ce que tu veux. Je veux pouvoir vraiment être ton ami. Voilà."
Il ravala le picotement dans ses yeux et sa gorge, essayant de calmer son émotion. Il ne s'était pas rendu compte de combien il avait voulu dire ces mots depuis longtemps. Alors, ça faisait du bien, d'enfin pouvoir poser ses conditions, et dire à Angus ce qu'il voulait, lui, pour une fois. Il espérait qu'il n'en demandait pas trop.
"J'ai hâte qu'on soit en vacances," finit-il à voix basse, en baissant son regard vers ses mains. Il ne savait pas trop pourquoi il disait ça. Peut-être juste pour signifier à Angus qu'il voulait juste que tout redevienne comme avant, à leur insouciance quand ils n'avaient pas à s'inquiéter des autres, ou de leurs propres doutes et sentiments. Mais peut-être que c'était trop tard pour ça.
Mathias regardait Solomon pratiquer son art, attentif et fasciné. Quand Sol s'en chargeait, jeter un sort ou faire une potion paraissaient immédiatement facile. Mais Mathias savait aussi la quantité infinie de précision et de concentration que Sol mettait dans tout ce qu'il entreprenait.
La fiole brillait d'une lueur pas tout à fait naturelle, avec sa couleur acidulée, comme suppliant qu'on la boive. C'était presque effrayant, qu'une potion paraisse si inoffensive, alors qu'elle pouvait devenir plus que dangereuse si mal employée.
"Oui, je suis obligé, je pense. On sait jamais, il faut que quelqu'un les force à être prudent." Il détacha les yeux de la potion pour croiser le regard de Sol, un sourire sur ses lèvres.
"Et avant que tu ne demandes, oui, je serais prudent, ne t'inquiète pas." Il se garda de faire une blague à base de couvre-feu et de maman inquiète, pour ne pas froisser Sol, malgré la tentation.