11-05-2014, 15:17
(Modification du message : 11-05-2014, 15:19 par Mayskurar.)
Dionys0s j'aime beaucoup, c'est très bien écrit mais la fin me donne une étrange impression d'inachevé... un je ne sais quoi qui aurait pu être plus étoffé, j'en sais rien mais en tout cas très perturbant. Après je suppose qu'il y a une suite au vu du début du texte, mais je ne sais pas ça me dérange tout de même cette fin.
(je reposte le dernier texte que j'avais posté sur le sujet de l'ancien fofo')
Moins d'une seconde.
Tout était affaire de secondes.
Ce jour-là, il pleuvait. Il pleuvait fort, aussi décidais-je – une lubie quelconque – de rentrer plus tôt chez moi. Je quittais la bibliothèque universitaire ou je m'étais installé, qui, fort heureusement pour moi, comportait un vestibule avec bon nombre de parapluies perdus et oubliés, dont un noir que je me fit une joie d'« emprunter », puis ouvrit ledit parapluie pour me rendre à l'arrêt de bus le plus proche. Le vent sifflait et arrachait les chapeaux des têtes des passants, ravissait leurs parapluies ou journaux couvrant leurs têtes. La tempête – car on pouvait facilement nommer cela tempête – avait prit tout le monde de court en plein mois de mai. Moi aussi, alors les autres, je n'en avais rien à faire, tant tous paraissaient idiots et indignes de mon intérêt. J'aurais dû continuer dans cette optique. Je n'appréciais pas particulièrement d'aider les gens, surtout quand tous ceux que je croisais avaient un chapeau qui s'envolait ou un parapluie qui se retournait. Ce n'était pas dans mes habitudes, et ça ne l'a jamais été sauf quelques exceptions. Je ne pensais pas rencontrer l'exception qui renversa ma vie en ce jour précis.
Une seconde. Peut-être deux.
Moins de trois secondes, c'est le temps qu'il m'a fallu pour tomber amoureux.
Elle était là, abritée par une devanture qui menaçait de plier sous les trombes d'eau que versait le ciel, tentant tant bien que mal de se protéger de la pluie qui malgré l'abri, la frappait de plein fouet. Cette pluie qui s'accrochait vicieusement à sa peau laiteuse, ses cheveux bruns battus par la pluie, son air très légèrement apeuré qui donnait envie de la protéger. Elle piétinait sur place dans sa robe noire, perchée sur ses hauts talons, semblant attendre la fin de l'averse, bousculée par les passants égoïstes qui ne pensaient qu'à s'abriter ailleurs que sous leur capuche. Je m'approchais toujours plus d'elle, songeant à simplement la regarder.
Ce doit être ce que les gens appellent communément « destin », qui a décidé de me jouer un tour ce jour-là. Ce n'était pas possible autrement. Elle était là, splendide, ce genre de personne que l'on trouve si belle sur l'instant qu'on ne voit plus que ça, d'un éclat terriblement ordinaire finalement mais qui éclipse tout. Je ne pouvais pas la quitter des yeux. J'étais à un mètre, peut-être deux, et je la voyais si proche – ses yeux de biche qui jetaient des regards de droite à gauche, ses mains qui trituraient son téléphone portable, son sac qu'elle tenait fermement. Elle était mon idéal, et elle était là, si proche de moi, et j'aurais dû passer devant elle et ne jamais la revoir. J'aurais dû.
Le destin disais-je. Ce même destin qui m'avait forcé à quitter la bibliothèque plus tôt et emprunter ce chemin précis. Celui-ci fit jouer d'un de ses petits instruments, en la personne d'une bande de jeunes – quoi qu'ils avaient l'air plus vieux que moi – un peu trop pressés, qui foncèrent droit sur la jeune femme. Ils étaient au moins deux fois plus grands qu'elle. L'un d'eux la percuta et passa son chemin. La jeune femme posa un pied derrière elle, sur les pavés. Son talon allait glisser. J'en étais certain, ce avant même que son pied se pose au sol. Aussi, par un réflexe qu'à ce jour je maudis, je plongeais en avant pour l'empêcher de tomber. Sa cheville se tordit pendant même que le retenais, et je la vis grimacer, déformant son magnifique visage sans que celui-ci ne soit délesté une seule seconde de sa beauté. Quelques secondes plus tard, elle était dans mes bras, tremblante et confuse autant que je l'étais, abritée sous le parapluie emprunté à la bibliothèque. Ses yeux de biche craintive se levèrent sur moi.
Moins de trois secondes, c'est le temps qu'il m'a fallu pour retomber amoureux.
Je lui ai demandé si elle allait bien. Elle m'a répondu oui, et sa voix était l'une des plus douces que j'aie pu entendre. Elle a dit merci, j'ai dit de rien, et nous nous sommes souris. Je lui ai proposé de la raccompagner, elle m'a dit qu'elle habitait tout près et qu'elle attendait juste que la pluie se calme. J'ai insisté, elle a rapidement dit oui. Nous nous sommes mis en route, silencieusement, sous mon parapluie emprunté à la bibliothèque. Le soleil était revenu depuis longtemps, brillant sur notre terre, mais nous restions ainsi sous ce parapluie. Comme elle boitait, son talon presque brisé, elle avait posé sa main sur mon bras offert. Pas un ne prononçât un seul mot, jusqu'à ce qu'elle ne s'arrête devant une propriété trop grande achetée ou construite par des gens trop riches. Je ne fis aucun commentaire. Elle se retourna en souriant, puis inclina la tête, me remerciant.
« – Je m'appelle Emily. »
J'ai souri.
« – C'est un très beau nom. »
Et je le pensais sincèrement. Elle a rit, un peu, avant de coincer une mèche de cheveux derrière son oreille. Un tic nerveux.
« – Merci beaucoup. »
Ce fût avec timidité qu'elle me complimenta elle aussi sur mon nom. Je ne l'aimais pas. Je ne l'avais jamais aimé, je crois. Je la remerciais toutefois. Encore une fois, deux sourires furent échangés, et je n'aurais jamais pu imaginer quel passé cette jeune femme allait déterrer.
« – Nous... allons nous revoir ? murmura-t-elle timidement.
Je ne demandais que ça.
« – Si vous le souhaitez. »
Elle m'a encore sourit. Après qu'elle m'aie donné son numéro de téléphone, ce qui en soit était très bizarre puisqu'on ne se connaissait que depuis dix minutes, elle s'est retournée, et j'ai regardé sa silhouette se diriger vers la maison. A la porte, elle m'a fait un signe de la main, gentiment, avec un énième sourire.
Un an plus tard, j'étais devant cette même porte, celle de cette propriété trop grande achetée par des gens trop riches, la main d'Emily dans la mienne, prêt à me présenter à ceux qui seraient mes futurs beaux parents. Je lissais les pans de ma veste de costard trop grise, trop stricte, trop lisse que je ne remettrais jamais achetée dans un magasin où toutes sortes de gens achètent les mêmes costards trop gris trop stricts et trop lisses qu'ils ne remettront jamais. La seule chose qui m’apaisait était la main douce et fine d'Emily dans la mienne. Et son sourire qui en un an, n'avait pas changé, toujours ce sourire doux sur son visage trop parfait mais bourré d'imperfections. Je les connaissais toutes par cœur.
« – Allez, calme-toi, sourit-elle. Sois toi-même, détends-toi et ne fait pas attention à mon petit frère, d'accord ? »
Je grommelais quelque chose d’incompréhensible, très certainement, puis soupirais. J'avais l'impression de suer comme un porc, de sentir mauvais, boudiné dans mon costume trop gris, trop strict et trop lisse. J'avais très peur – le père d'Emily qui me haïssait probablement, son frère était un espèce de junkie égoïste et bizarre doublé d'une sale petite tête à claques selon les dires de ma compagne, sa mère trop effacée pour dire ou faire quoi que ce soit, hormis sourire et aligner deux ou trois mots de conversation. C'était tout ce que je savais de la famille d'Emily. Ça, et qu'ils possédaient une propriété trop grande parce qu'ils étaient trop riches, et qu'ils aimaient les costumes trop gris, trop stricts et trop lisses.
Les yeux de biche d'Emily me lancèrent un regard compatissant, amoureux, qui me donna de la force, et je pris une profonde inspiration. Puis je fermais les yeux jusqu'à ce qu'elle ouvre la porte.
« – C'est nous ! s'exclama-t-elle. »
Et, je ne le savais pas, mais sa voix enjouée cachait l'enfer dans cette maison où tout était trop quelque chose. La maison était trop grande, les propriétaires trop riches, leur fille trop belle, moi trop stressé, le mobilier trop précieux, les décorations trop fragiles, l'ambiance trop tendue. J'aurais pu écrire un roman sur tous les « trop » que pouvait comporter cette maison. Sur sa mère qui nous salua trop gentiment, sur son père qui me jaugea de trop haut, sur son frère qui était trop absent et aurait dû le rester.
On a échangé des politesses. Bonjour, bonjour, comment allez-vous ?, Bien et vous ?, Je suis ravi de vous rencontrer et d'être ici, nous sommes ravis de vous voir. Trop de phrases banales que j'avais apprises par cœur dans le but d'être le plus parfait et le plus générique des fiancés possible, le plus agréable, tout ça pour pouvoir garder Emily auprès de moi. Des phrases auxquelles ses parents devaient sans doute s'attendre, des phrases communes dont ils avaient peut-être déjà préparé les réponse. Une situation ordinaire. Que diriez-vous de passer dans le salon ? Volontiers, bien que j'apprécie votre corridor, un rire heureux, rire de cristal – celui d'Emily – même si rien n'était drôle. Nos pas, feutrés par la moquettes et les chaussons que nous portions, se dirigeant vers le salon, et en cet instant je songeais que je ne devais pas être le seul dans cette situation, dans un costume trop gris strict et trop lisse, à déblatérer des phrases bateaux pour être le plus parfait des prétendants pour la fille chérie de son père. J'étais un peu perdu dans ma tête, mon univers et mon esprit, et il y avait la main d'Emily qui me raccrochait à la réalité, mais la crainte qui m'emmenait dans des songes ou je ne parvenais pas à les convaincre, d'autres ou j'étais le gendre parfait, et je ne savais même pas lesquels je préférais. Ce fût, une fois installé, un soupir agacé du père d'Emily qui me ramena à la réalité : avais-je fais une erreur ? J'avais attendu avant que l'on m'invite à m'asseoir, lissé ma veste avant et après, me tenait droit, mains sur les genoux et une dans celle d'Emily qui ne me lâchait pas. Je ne la serrais ni trop fort ni pas assez, je souriais gentiment, mais pas trop, j'essayais de ne pas être crispé, je n'avais pas parlé sans en avoir l'autorisation, je n'avais pas été grossier... je cherchais mon erreur, et paniquais jusqu'à entendre – une seconde à peine après son soupir – les paroles de son père.
« – Encore dans sa chambre. Mais il va descendre. »
Emily eut un sourire crispé, sa mère baissa les yeux avant d'annoncer qu'elle allait le – et par le je supposais le frère égoïste junkie qui brillait de par son absence – chercher. Je gardais mon sourire, ni trop détendu ni trop crispé, placardé sur le visage en sentant l'homme en face de moi me scruter. Je me taisais, il se taisait, Emily se taisait. Même leur chat noir et blanc qui me regardait, installé comme un prince dans le canapé, se taisait, alors qu'il aurait pu faire n'importe quel bruit. Miauler, s'étirer, se gratter, sauter à terre, n'importe-quoi. Il y eu un silence de quelques secondes, le temps suffisant pour commencer à m'habituer mais pas assez pour l'être totalement, avant que je n'entende les marches de l'escalier craquer. La mère d'Emily revint, me regarda quelques secondes, me dit que j'avais un très beau sourire. Merci, vous également, votre fille a le même et il égaie mes jours. Trop niais, trop cliché mais poétique, les mots se bousculèrent dans ma tête, et je me rendis compte que peut-être avais-je fais une erreur, peut-être avais-je gagné un point, peut-être même les deux. Je jetais un coup d’œil vers Emily qui sembla m'encourager. Elle semblait dire que même si je n'avais jamais rencontré sa famille, je m'en sortais bien. Un imperceptible sourire offert.
L'escalier craquait toujours. Emily leva les yeux dès qu'il se tût, et elle sourit. Un sourire un peu trop crispé, pour être sincère. Je levais moi aussi les yeux.
Le temps parût s'arrêter. Comme le garçon, et je crus que son visage était le reflet du mien, de la stupéfaction qu'on pouvait y lire. Il avait l'air trop sidéré. Lui aussi, il faisait parti des choses en trop que comptait la maison, lui aussi, il avait toujours été trop « quelque-chose ».
Ses yeux étaient trop noirs, trop sanglants, trop ternes, trop morts, trop comme avant.
Le passé aurait du rester le passé, et le présent ne jamais se produire.
Jamais.
Moins de trois secondes, c'est le temps qu'il m'a fallu pour me souvenir.
Moins de trois secondes, c'est le temps qu'il m'a fallu pour le haïr
Mais surtout, moins d'une seconde, c'est le temps qu'il m'a fallu pour retomber amoureux.