Lundi 16 Mars 2020
J-266
Oui, seul.
Et elle aussi d'ailleurs.
Ils rentrent chez eux, les sac des courses à la main, Harry Fribich et Jerri Kane, colocataires avec le troisième Tetry Kane, frère de Jerry. Ménage non pas à trois, mais qui de toute façon risque d'être brisé pour toujours par l'intervention extérieure. Mais avant, ils doivent rentrer chez eux, ils auraient l'air vachement idiot si ils brisaient leur colloc sans qu'il ne leur soit arrivé l'évènement fatidique. Vous imaginez Luke crier à la mort sans passer par la case se faire découper le bras par son père ? Moi non. Toujours est-il qu'ils se mettent soudainement à courir comme dé dératés, à fuir je ne sais trop quoi qui...
EH, LES MECS ! VOUS FAITES EXACTEMENT CE QUE JE DISAIS DE NE PAS FAIRE ! Non mais j'ai l'air de quoi, moi ? Je suis pourtant un auteur très intéllectuel, la preuve j'ai lu un Molière en 6ème. Je rêvais pourtant de grandes études d'ouvrier agricole, mais non, je suis bloqué à écrire une histoire pour un large pannel de lecteur, quelle déconfiture pour ce qui aurait pu être une grande carrière champêtre en Picardie... ! Le voilà qu'ils reviennent à leur position initiale. Ainsi nous pourrons continuer
Alors que devant eux le chemin infini s'étant jusqu'à l'immeuble, voilà un passant qui se pointe tel un crayon qui trace sa voie en laissant le graphite. Cette métaphore n'a aucun impact sur la suite de l'intrigue, je voulais juste la faire. Jerry parle :
-Fais gaffe, il est à moins d'un mètre
Et il prend et tire le bras d'Harry pour l'éloigner du crayon euh du passant. Cependant, seul le bras suit, le reste refuse. La bouche du corps refusant explique :
-Lâche moi, tu fais chier, on ne va même pas se dire bonjour !
Ne pas dire bonjour est témoin d'un certain courage dans ce quartier, car il on ne le dit pas, on se fait niquer sa mère. Avec un crayon.
-Putain et si tu étais contaminé sur le corona à cause de ce sonar qui, j'en suis sûr, fout ses mains dans les slips des gens dans les bars à rencontres pour faire des choses que la décence m'interdit de prononcer - oh non, oserais-je le dire ! - jouer à chat !
-J'vois pas qui voudrait rencontrer un type qui a cette mauvaise mine.
-Ah, tu vois, il est malade !
-Merde il m'a eu.
Le reste du corps est tiré de l'emprise éventuel du passant, qui est de toute façon déjà éloigné de 70 mètres à la fin de cette conversation. C'est le code du sas d'entrée qui s'affiche devant eux à moins d'un mètre, espérons qu'il ne leur éternue pas à la figure.
-Bon, qu'il dit Harry, mais là encore son camarade le stoppe.
Jerry prend un gant en plastique qu'il applique sur la peau rugueuse de sa main libre, l'autre tient les courses. Il doit se servir de ses dents, mais il pense que ça en vaut la peine. Alors il compose le code et le sas s'ouvre, puis il se débat pour enlever le gant de par la main gantée elle-même. Harry soupire, et Jerry le prend mal.
-Ah mais tu est aussi désespérant que Tetry, rien à faire du danger qui nous menace constament !
-C'est que moi je veux vivre le plus normalement possible, lui il est juste con.
-Hé, ne parle pas ainsi de ma chaire !
-Ta chaire est très cher en course.
-Evidement qu'elle m'est chère puisque c'est ma chair, que cherches-tu à faire ?
-Phacochère.
-Quoi ?
-Pardon, je croyais que c'était logique.
Les portes de l'ascenseur s'écartent cérémonieusement alors que Jerry se débarrasse d'un autre gant qu'il jette moins cérémonieusement sur un pile à coté de l'escalier qui en compte déjà 54. La porte de leur appartement au 5ème étage ne leur ouvre pas la porte - eh oui, il faut la clé. Henry a le temps d'entrer la sienne avant que Jerry ne se mette un autre gant. La porte s'ouvre, ce qui est dans la suite logique de l'évènement, en effet je ne peux pas écrire "la porte se ferme" ou "la porte s'en va dans l'espace sauver la planète Bételgueuse de l'invasion bleue à 10 000 000 années lumières", déjà parce que ce n'est pas dans le ton, ensuite parce que j'ai autre chose à dire, et enfin parce que Jerry avait pris soin de d'immobiliser la porte avec un boulet afin de s'assurer de son emplacement, sans quoi, n'importe quel crétin peut vouloir apporter son virus dans son appart et il n'aime pas ça.
Il est treize heures. L'appartement ne conne aucun signe de vie. Il n'y a aucun bruit particulier. Sauf un. Dans le lavabo de la cuisine les gouttes s'éclatent sur la poêle. Elles font ressentir le silence de la pièce. Rien. Ils tendent l'oreille. Le clapotis, toujours, et à jamais. Jerry commence à parniquer. Il angoisse.
-Putain il n'est pas mort, si ?
Henry lui même se laisse gagner par l'angoisse du silence, il pose les courses à la porte de la cuisine, la chambre est adjacente. Il fait coulisser la porte et... entend le ronflement.
-Non, il dort.
-Aaah...
-T'est trop parano, tu sais ?
-Pas faux... A cause de tout ça, je vois le virus partoux, je peux pas m'en empêcher...
-Tu devrais te calmer.
-Que tu dis, mais moi je suis asthmatique tu piges, ça veut dire "population à risque", si je fais parti des 200 élus je casque !
-Oui mais tout va bien maintenant.
-Certes.
Ils regardent religieusement le frère dormir, sa vulnérabilité attendrit même Henry qui, en fait l'apprécie bien. Sa respiration douce et sincère et les petits gémissement de bonheur rassure les deux amis. Les gémissements... De bohneur? Quel genre de rêve fait-il ? Ce n'est certainement pas grand chose, cependant, Jerry est sur le point de fermer la porte avant de s'en retourner aux courses quand il entend une douce phrases sortir des lèvres de l'endormi, tendre et naïf...
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Yamete Corona-Chan
-Oh putain !
-Woh putain !
Ils courent comme des dératés, sans fin, sans se poser de question, ils fuient, fuient jusqu'au bout, rien à foutre des condés et de l'armée, si ils ne se barrent pas tout de suite c'est qu'ils sont cuits !