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Huis-Clos
#41
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Ophélia, recroquevillée sur le sol, s'agitait convulsivement. Elle n'entendait de l'extérieur qu'un vague brouhaha dont surgissait parfois quelques mots. 
- Quelle merde... pestait à ses côtés Kate qui était pourtant la seule responsable du spectacle auquel elle avait droit et qui ne semblait pas décidée à vouloir faire quelque chose pour ne pas devenir une meurtrière.
De son côté, notre brunette trouvait que l'instant était décidément très mal choisi pour mourir et surtout, se disait qu'elle n'avait vraiment aucune envie de finir sa vie brillante de succès allongée dans son propre vomie, dans une cage puante et sale, accompagnée d'inconnus plus bêtes les uns que les autres. Alors, rassemblant ses forces, elle se força à tousser, tentant vainement de recracher la drogue mortelle pour elle.
- Lève toi. 
Sentant une main la soulever sauvagement, Ophélia s'appuya de tout son poids sur Kate qui manqua s'affaler tête la première par terre et, se laissant guider par la petite peste qui la trainait à moitié, elle s'engouffra dans le tuyau les reliant à l'autre pièce. Le plus dur était pourtant de passer de l'autre côté et Kate abandonna le reste de dignité qu'elle avait pour pousser les fesses de sa victime afin de lui permettre, agonisante, de retomber dans leur ancien cagibi sombre et suintant de sueur. Enfin, Miss Princesse due se dire que le supplice avait assez duré et que, réellement, elle ne voulait pas tuer un homme, même au prix de sa prestigieuse image, et elle enfonça sa main dans le gosier d'une Ophélia à bout de souffle à deux doigts de s'évanouir. Heureusement pour elles deux, l'opération eu au moins le mérite de réussir à faire recracher toute la drogue que la petite brune n'avait pas encore ingérée, qui sorti tout droit s'écraser dans le visage, le cou et sur le haut de Kate. Malheureusement, Ophélia ne se rappelerait ni de la tête, ni du cri de dégoût que celle-ci produit alors puisque c'est le moment qu'elle choisit pour s'écrouler, inconsciente, au sol.


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Agathe regardait le désolant spectacle qui s'étalait à ses pieds. Dire que tout cela avait été provoqué par une malheureuse chanson de réconfort.. Savoir qu'Elouan ne supportait à ce point peu la musique n'aurait jamais été possible et, aux yeux de la blondinette, cet excès de violence était particulièrement choquant venant du jeune homme joyeux qui avait de prime abord passé son temps à faire des blagues, puis qui l'avait consolé quand, prise de remords, elle lui avait avoué qu'elle aussi avait volé un minuscule bonbon brillant. "Si tu crois que je suis comme toi", avait-il dit l'air de dire "Ne t'en fais pas, tu n'as rien fais toi, un bonbon ce n'était rien comparé aux réserves de nourriture, il n'aurait manqué à personne contrairement à tout ce que j'avais pris, n'y pense plus". Aussi, de le voir ainsi étalé par terre, défiguré, devant un Alexandre tremblant aux poings serrés lui fit oublier que l'instant d'avant il lui avait écrasé la tête dans leur merde. 
- Fe-fe-faites quelque chose... Je ne sais pas comment l'aider ! 
Alexandre, la seule et unique personne à avoir approché Elouan après sa défiguration, ne savait manifestement pas s'y faire en massage cardiaque, appuyant de manière totalement désordonnée et sauvage sur la poitrine du jeune homme s'en sembler s'apercevoir que celle-ci se soulevait toute seule. Alors, s'approchant doucement de lui, Agathe lui glissa à l'oreille en l'écartant précautionneusement, ne voulant l'effrayer :
- Laisse-moi faire, il n'est pas en danger de mort ne t'en fais pas.
En effet, bien que le visage entièrement détruit, avec sans doute le nez cassé et quelques côtes fêlés, Elouan respirait encore et sa poitrine se soulevait toujours à rythme régulier. Après avoir fini son inspection, la blondinette en conclut donc que la meilleure option pour eux était de le laisser tranquille, sans le bouger pour ne pas aggraver de possibles blessures internes, et lui permettre de récupérer à son rythme. Allant chercher une couverture qu'elle étala sur le corps du jeune homme, elle lui glissa à l'oreille :
- Ne t'en fais pas, on sortira bientôt d'ici, accompagné d'un sourire chaleureux et sincère. 
Pour Agathe, l'accident n'avait déjà jamais eu lieu et elle restait persuadée de la bonne foi d'Elouan.
 
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#42
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E L O U A N


Ca y est. Il est mort. Complètement cuit.
Rouvrant les yeux, Elouan se retrouve dans un immense désert sans horizon. A sa droite, une espèce de jungle amazonienne d'où sort un très jolie couple vêtu uniquement de blanc qui se dirigent vers lui. Ils sont tout les deux très beaux. D'ailleurs Elouan aussi est beau. C'est rassurant d'être conscient de ne plus paraitre négligé. Comme quoi, pour vaincre l'épreuve de l'enfermement, il suffisait de crever. La solution était assez simple est devant eux depuis le début... surtout au moment de l'apparition du flingue en fait.
Le jolie couple en costard et robe blanches est arrivé devant lui.
Elouan, ne sachant pas trop quoi faire, sourit bêtement.
- Bonjour. Bienvenue dans ce qu'on appelle l'Ici.
Le jeune homme ne se laisse pas perturber et continue de sourire. Peu importe ce qu'on va lui raconter, il se trouve au paradis, et nul part ailleurs.
La femme prend alors à son tour la parole,
- C'est dans cet Ici que l'on se rend compte qu'on est un peu con.
Là, la formulation a de quoi faire réagir, n'étant pas du tout assorti au look de la jeune femme. Elouan toussote et tente de se lever pour saluer respectueusement ses maitres d’hôtels du paradis étrange... mais ses genoux sont comme cloués au sol. Impossible pour lui de s'en détacher.
- Tu es proche du but, Elouan. déclame lentement l'homme en costard blanc, articulant doucement et lentement chaque syllabes, comme si ça allait mieux rentrer dans la tête du jeune homme.
Au dernier mot de l'homme, la femme s'approche... et lance une gifle à Elouan, totalement soumis.
Elouan cri, mais sans encore ressentir une quelconque douleur spéciale.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
etc...
Combien d'heures, combien de jours, combien de mois se déroulent ainsi? Ne ressentant ni la faim ni la fatigue, Elouan ne fait que subir éternellement.
Le couple s'est petit à petit flouté, embrumé. A présent, Elouan ne distingue plus que deux lumières blanches intenses. La peau rougit que l'on distingue sur sa joue montre qu'une certaine douleur commence à apparaître.
- Tu es proche du but, Elouan.
- Proche.. proche.. j'en suis plus si sur.. ça commence à faire long là.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
L'homme répète sa phrase. La femme le gifle encore une fois.
Et puis... et puis forcément un jour où l'autre, la dernière goutte tombe.
Le vase-Elouan cri. Il a ressentit la violence de la dernière gifle.
- Non mais ça va pas la tête?! Vous avez cru que j'étais en mousse?!!
Alors, de fil en aiguille, il comprend. Ici n'est pas le paradis. Ici c'est la prison. Il est finalement encore en vie. Et il a encore quelque chose a apporté. Allez. Elouan n'est pas en mousse. Elouan est fort, beau et modeste.
Le jeune homme sent ses genoux se déverrouiller. Se levant, il remercie les flammes blanches devant lui, puis ferme les yeux.
Lorsqu'il les rouvre, il se trouve à nouveau dans la pièce. Dans sa zone de prison délimité par du jus de chaussette.
La drogue s'est dissipé, il est à nouveau lucide. Il a survécu. Il a été plus fort que ce qu'il pensait. Son esprit a mystérieusement résisté.
Maintenant il ne reste plus qu'a assembler les morceaux du puzzle pour passer à l'étape suivante. Tenant toujours sa clé dans la main, il la montre a ses camarades.
- Qu'ouvre t'elle?
Car s'il ne le sait pas encore, la porte n'attendant que d'être ouverte se trouve à quelques mètres de lui, à côté d'une Ophélia vomissant fiévreusement.
 
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#43
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- Laisse-moi faire, il n'est pas en danger de mort ne t'en fais pas.
Alexandre frissonna alors qu'Agathe venait de lui souffler délicatement dans l'oreille. Il s'écarta rapidement et alla se blottir dans un coin de la salle. Il laissa les choses se dérouler sous ses yeux. A la manière des autres pensionnaires. Seuls Agathe, Elouan, Kate, Ophélia et lui étaient actifs. Les autres se contentaient de regarder la scène sans ne rien dire. On aurait dit que Amy était morte et que les deux derniers n'avaient jamais existé.
Alexandre attendit. Il vit Ophélia s'effondrer mais ne fit rien. Il vit aussi Elouan reprendre vie. Inspirer de nouveau doucement. Alexandre souffla de satisfaction. Il n'avait tué personne. Du moins : personne d'autre.
Bien sûr qu'Alexandre avait déjà tué. Sinon quoi, il n'aurait pas fini ici. Alexandre a, en plus d'avoir couché avec Brennan, ôté la vie d'un pauvre innocent. Il n'aurait pas fini ici sans ce malencontreux événement. Il a en quelques sortes fait capoter les plans d'Emilien. Il aurait dû se tenir tranquille ... On lui avait pourtant intimé l'ordre de ne pas bouger. Pourquoi fallait-il toujours qu'il complique tout ?
Le sang avait giclé sur son visage.
Il avait senti comme un moment de latence entre le choc et la mort. Puis il avait regardé le corps se vider de son sang. Sans ne rien faire. Il avait presque pris du plaisir à le faire à vrai dire. Mais il ne devait pas le dire, pas l'avouer. Il devait simplement se contenter de vivre sa punition.
Il faisait nuit quand il a tué. Il faisait noir quand il a fuit. Il faisait sombre quand on l'a attrapé. Et depuis, tandis que la lumière était éteinte, il s'était retrouvé ici, et personne ne l'avait jamais rallumé. Il était resté dans la pénombre tout ce temps, et sans doute ne reverra-t-il jamais la lumière du soleil.
Il releva la tête lorsqu'Elouan prit la parole.
- Qu'ouvre t'elle?
Alexandre dévisagea la clé qui était apparue sous ses yeux. Il se releva doucement, avec précaution, et avant qu'il n'eut le temps de soumettre une idée, la clé disparue. Et il regarda la jolie colombe s'envoler avec.



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Kate resta droite. Tendue. Tandis que son corps était recouvert de vomi. Elle retira le tee-shirt d'Elouan en prenant soin de ne pas s'étaler encore plus de vomi sur le visage puis s'en servi comme d'un torchon. Elle retira le plus gros des morceaux et jeta le tee-shirt dans un coin de la pièce.
Elle sécha ses larmes. Ophélia était à terre. Inconsciente. Mais vivante.
Si elle voulait mourir maintenant, Kate n'en avait plus rien à faire : elle ne se sentirait pas responsable. Elle l'avait sauvé, maintenant, libre à la brune de s'accrocher ou non à la vie. Kate ne la retenait pas.
Tandis que la rousse se remettait difficilement de ce moment sombre ayant fait entrave à son ego, elle dévisagea Elouan lorsqu'il sortit une clé de sa poche et la tendit dans sa direction.
- Qu'ouvre t'elle?
Kate dévisagea le morceau de fer qui brillait dans les doigts d'Elouan. Elle attendit quelques secondes; Elle savait très bien ce que cette clé pouvait ouvrir. Elle avait regardé toutes les serrures de l'autre côté du tunnel, toutes les portes condamnées et verrouillées.
Elle inspira profondément et récupéra la clé dans un mouvement vif de la main. Elle s'approcha machinalement de la trappe reliant à son petit coin de paradis en se contentant de leur lâcher : "Suivez moi", puis, à l'aube du tunnel, elle regarda le corps gisant d'Ophélia.
- Et prenez-là avec vous, j'ai fais l'aller, vous faites le retour.
Libre à eux de trainer le boulet que représentait la brune.
Kate s'enfonça dans le boyau et rampa rapidement. Elle déboucha dans la pièce dépourvue de tout vomi, excrément ou toute autre fioriture du genre.
Avant de voir qui la suivait ou non, elle enfonça la clé dans la première des trois serrures, mais rien. Le petit bout de fer resta figé et la poignée ne s'abaissa pas.
Kate tenta d'enfoncer la clé dans la chaine de métal, et cette fois, le cadenas se déverrouilla et le métal s'écrasa contre le sol dans un bruit sourd.
La jolie rousse hésita quelques secondes ... Qui avait-il derrière ? Elle ne le savait pas. Et elle avait peur de le découvrir.
Elle tendit les bras vers la porte, marqua encore un temps de pause, puis poussa.
La porte s'ouvrit dans un cliquetis léger, et déboucha sur un long et noir tunnel dont on ne voyait pas le bout.
La rousse hésita quelques instants puis se tourna vers ses seuls repères ici.
- Cette fois, on dirait bien qu'on y est.
Une pointe de stress s'éveilla dans le coeur de Kate, et elle espéra, au fond d'elle, qu'Ophélia se réveille, parce que si elle n'avait personne a détesté et personne susceptible de gouverner aussi bien qu'elle le petit groupe : alors elle ne se sentira pas capable de mener la barque toute seule. Surtout pas avec ce qu'il y avait au fond de ce tunnel. La princesse rousse avait besoin de compétition pour être la meilleure.
 
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#44
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OPHÉLIA

Ophélia agonisait maintenant au sol, libérée du terrible poison qui avait bien failli avoir sa peau.

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AGATHE

Agathe se frottait elle-même, tapant des pieds et gigotant d'abord parce qu'elle avait froid et ensuite parce qu'elle avait l'intime conviction que faire du bruit ramènerait Elouan de son sommeil. D'ailleurs, quand soudain il ouvrit les yeux, elle fut convaincue que sa petite danse improvisée y était pour quelque chose. 
- Qu'ouvre t'elle ?
Le jeune homme était à peine levé que déjà, il dévoilait le mystère de ses poches. Émerveillée, la blondinette s'écria, candide et impressionnée par un tel jeu d'acteur :
- Oh, c'était donc du cinéma ?! Tu voulais faire croire à ta mort pour avoir toute notre attention et dévoiler ta clé magique ?! T'es tellement intelligent ! 
Sur ce, enchantée, Agathe lui sauta dans les bras et, le serrant fort contre elle, le fit tournoyer dans la pièce alors même que Kate s'était déjà emparée de la clé et se sauvait par l'entrée. La petite porcinette finit par relâcher son meilleur ennemi prit au piège et, se retournant, elle s'aperçut avec deux grands yeux étonnés que personne ne les avaient attendu pour s'engouffrer dans la pièce d'à côté. Seule Ophélia gisait tête contre sol dans son vomi.

- Oh, elle a pas l'air bien.. On la porte ? s'écria-t-elle avec un grand sourire en observant tour à tour la jeune femme et Elouan.
Passant au final en tête, suivi du corps inanimé de la pauvre brune et enfin du jeune homme pas si bien en point que ça, elle failli atterrir tête la première et envoya sans faire exprès rouler Ophélia sur la malheureuse Kate qui n'en finissait plus de la subir et qui s'écroula donc sous la force de l'impact à l'instant même où elle se réjouissait d'avoir ouvert la porte. 
- Chouette, on peut passer ?! se réjouit la petite blonde en passant alors en tête, bousculant les autres dans son enthousiasme enfantin sans se rendre compte le moins du monde du cataclysme qu'elle venait d'abattre sur Kate qui pensait sûrement déjà pouvoir jouir du paradis promis par l'autre côté en toute tranquillité.
 
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#45
LA CONCLUSION IMMINENTE
épilogue du Huis-Clos





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Elouan


Comment Elouan a t'il pu se relever? Où a t'il pu puiser ses dernières forces? Lui, ensanglanté de partout, le mort qui tient encore sur ses deux jambes, fait bien pitié à voir.
Ils avaient marché dans ce couloir. Tous ensemble. Alexandre, Kate, Ophélia, Agathe, Amy, Sharon, Calvin et Elouan. Tout les 8. Coincé dans ce 8-clos depuis des jours et des jours.
Elouan titubait tout les deux pas, risquant de faire tomber le corps d'Ophélia qu'il portait avec Agathe.
Au bout du couloir, il y avait un escalier.
Elouan avait envie de pleurer, il ne comprenait pas pourquoi il devait continuer. On le poussait à marcher. On le poussait à vivre. Cette dégénérée d'Agathe le maintenait en vie. C'est elle, qui le poussait à rester encore un peu dans le monde des vivants pour assister au grand final... à la fin de l'histoire.
Que pouvait t'il donc y avoir en haut de cet escalier?
Et si... et si ils avaient finalement été enfermé tous pour une... bonne raison? Elouan avait cru comprendre qu'ils venaient tous plus ou moins de milieux très aisés. Et si ils étaient l'élite qui devait être maintenu à l'écart, enfermé, pour survivre? Et si en sortant de ce huis-clos, ils allaient découvrir quelque chose de plus horrible que l'enfermement? Elouan voulut descendre...
Il se souvient avoir crié. Hurlé qu'il ne fallait pas continuer, qu'ils ne devaient pas sortir, que, lui, avait franchit la limite dans son coin de fumier qu'il n'aurait pas du franchir.
Mais l'escalier était trop étroit pour que lui seul puisse faire marche arrière et avait finalement été entrainé dans l'élan du groupe. Un élan de liberté. Monter, toujours monter, percer l'emprisonnement, trouver enfin la liberté qui leur avait tant manqué depuis tout ce temps;
Une marche après l'autre, la vérité se rapprochait.

Ils sont tous là. Ils sont arrivés en haut.
Sur un toit. Ils sont sur le toit d'un immeuble, ou d'une maison, Elouan n'en a aucune idée. Il fait nuit. Les lumières de la ville se confondent avec les étoiles. Le toit est tellement haut qu'il est impossible de voir dans la pénombre la hauteur du bâtiment. N'importe qui tentant de regarder le vide à quelques pas d'eux seraient prit de vertiges qui le dissuaderait de sauter. L'air frais frappe le visage d'Elouan qui tombe à genoux. Le jeune homme est dehors. Il ne peut empêcher les larmes de couler. Ca y est, c'est terminé.
On lui glisse une enveloppe à son nom entre ses mains.
Il en ont chacun une, adressé pour eux. Leurs prénoms sont écrits à la main en encre dorée.
Elouan entend derrière lui aussi quelques sanglots, cris étouffés. Les mains tremblants, le jeune homme déchire l'enveloppe... faisant tomber le contenu a ses pieds.
Deux lettres et une photo. Une photo de son père. Et une lettre écrite de sa main.
Dans sa lettre, son père explique qu'il prend énormément de risque pour le maintenir en vie. N'ayant le droit de ne prévenir personne, il communique des informations importantes de la NASA pour avoir de temps en temps des signes de vie de son fils ou encore pour pouvoir lui écrire et lui envoyer cette photo.
Rajoutant qu'il va trouver une solution pour le sortir d'ici, la force qu'il puise pour rassurer son fils ne suffit pas à cacher le sentiment démunit qui ronge toutes ses phrases. Complètement effondré, Elouan se met à lire et relit la lettre en boucle... oubliant totalement la seconde, pourtant plus importante.
En effet, la seconde lettre, tapée entièrement à l'ordinateur, explique froidement la situation.
La vérité éclate alors à tous. Comme beaucoup se doutaient, les ravisseurs se servent d'eux pour utiliser les grands chefs du monde comme des marionnettes, dirigeant alors le monde entier à la baguette grâce à huis pauvres jeunes complètement paumés et affamés. Reconnaissants de l'utilisé des prisonniers, les ravisseurs concluent par ces derniers mots.
"A partir de maintenant, nous réalisons qu'il est préférable à vous de prendre vos propres décisions. Après vous avoir longuement observés, ils nous semblent évident que vous comprendrez les enjeux de la situation.
Restez avec nous, et vous aurez tout ce que vous voudrez a portée de main.
Partez, et les représailles seront encore plus sévère et vous regretterez très amèrement de ne pas être resté dans votre petit cocon de prison."
Sur le toit du monde, les décisions des uns allaient basculer celles des autres.
 
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#46
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Agathe s'engouffra la première à l'intérieur du long tunnel, aidant, avec Elouan, le jolie brune qu'était Ophélia à avancer. Alexandre leur emboîta le pas et se mit à avancer à son tour, dans la pénombre.
Il faisait noir. Tout avait disparu autour de lui. Il avançait à tâtons, comptant sur Agathe pour mener la petite troupe là ou il le fallait.
Puis peu à peu ses yeux s'habituèrent à l'obscurité et il discerna les courbes de chacun de ses alliés. Il avait passé des jours, des semaines, ou peut-être des mois, qui sait ?, dans cette pièce confinée et pleine de crasse, pour finalement aujourd'hui marcher dans un tunnel long et étroit.
Ses jambes n'avaient plus l'habitude de traverser de longues distances. Et alors qu'ils marchaient depuis une dizaine de minutes dans une route qui obliquaient légèrement sur la droite, ils débouchèrent devant un escalier.

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Kate dépassa Alexandre et commença à grimper les marches en suivant de prêt Agathe, Ophélia et Elouan. Tandis qu'elle gravissait les escaliers, elle doubla les trois jeunes gens et déboucha la première sur le toit. La peur avait cédé place à l'excitation et elle voulait savoir ou tout ça allait la mener.
Une brise fraiche et nocturne cingla son visage et elle inspira un grand coup. De l'air frais et neuf soulevait ses vêtements. Elle laissa la nuit l'engloutir tout en fermant les yeux, puis refit surface.
Face à elle, une table avec huit enveloppes. Huit noms. Une enveloppe chacun.
Elle profita encore un instant du léger vent dans ses cheveux, puis s'approcha du courrier d'un pas lent et nonchalant. Elle le ramassa et se chargea de le distribuer.
Une fois que chacun des membres du huis-clos détenait en sa possession son courrier, elle s'isola et s'approcha du vide pour regarder face à elle l'immensité.
Plus elle regardait, moins elle ne reconnaissait cette ville. Non. Ils n'étaient pas en France. Quelqu'un les avait fait migrer ailleurs, et c'était un charme tout à fait différent de celui à la Française. Le rêve Américain se dévoilait sous ses yeux, et sa famille n'était pas là pour l'aider.
Elle admira encore quelques secondes ses bribes d'Amérique sous ses yeux. Puis réalisa qu'elle était libre. Et elle vibra de tout son corps. Les odeurs de merde et de vomi étaient finies. Kate était dehors.
Kate était libre.

ALEXANDRE
« Alexandre, te revoilà dans la lumière. Depuis combien de temps es-tu enfermé là dedans ? Je n'en sais rien. A l'heure ou je t'écris ce courrier, nous avons simplement décidé de vous donner un moyen d'accès à l'extérieur. On ne vous ouvre pas directement les portes. On veut continuer de vous tester pour mieux analyser vos réactions. Il se peut donc que ma main ait frôlé ce papier il y a quelques heures comme quelques semaines. Mais je suis heureux que tu finisses par enfin lire ces quelques mots.
Tu prendras bientôt connaissances de la suite des évènements. Tu verras que nous vous laissons le choix. Tu peux continuer de rester enfermer ici et jouir de tout ce qu'il te plait en t'aidant du système que nous avons monté ensemble, de notre plan, ou tu peux tout simplement reprendre ta vie normale et rentrer en France. Mais attention Alexandre, se ne sera pas facile : les gens qui étaient avec toi sont tous importants, pas toi. Tu ne représentes aucun intérêt pour le monde en lui même. Personne n'entendra ta voix.
Oui Alexandre. Tu dois bien réfléchir. Car si tu fais le mauvais choix, tes compagnons et toi risquent de mourir. Mais ne t'en fais pas. Je veillerais toujours sur toi. De prêt, ou de loin.
Car le charme à la française me plait.

Cassiope. »


Alexandre laissa le papier geindre entre ses mains. Et il sentit de légers tremblements commencer à s'agiter dans ses jambes. Il avait peur.
Non, il ne voulait pas être de nouveau enfermé. C'était certain. Mais que devait-il faire donc ? Il n'en savait rien, et alors qu'il restait fixé face à la ville plongée dans la nuit, et que son cerveau bouillonnait dans tous les sens, Kate prit la parole la première, comme à son habitude.

KATE
Kate avait fini de lire le courier écrit à l'ordinateur qu'elle avait reçu. Et c'était le seul. La jolie rousse n'avait pas eu le luxe d'avoir plusieurs lettres en sa possession. Et une pointe de jalousie bouillait au fond d'elle. Sa famille ne lui avait pas écrit ? Bande de trololol.
Elle regarda Elouan lire un courier manuscrit et elle eu envie de le prendre entre ses mains et de le déchirer. Si elle ne recevait pas de lettre, personne ne le pouvait !
- Je reste. Dit-elle tout haut la première en se relevant de prêt du vide et s'avançant au milieu du toit. Ils nous offrent la richesse et tout ce dont on a besoin. En échange de l'enfermement.
Rester ici était la meilleure option. Elle le savait pertinemment.
- Maintenant qu'on est dans la confidence, nos conditions de vies vont devenir bien meilleures et on aura peut-être même une chambre chacun. Moi, je l'ai décidé : je ne sors pas d'ici. Je veux jouir de l'éternité de la richesse.
Kate croisa les bras et regarda un à un ses autres compagnons de cellule.
 
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#47
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OPHÉLIA

- Que.. Hein ?! ouvrant des grands yeux ébahis, Ophélia se redressa brusquement et se retrouva assise sur un sol froid, puante, crasseuse, en sueur et surtout, totalement perdue. L'espace d'un instant elle oublia qui était ces gens, où elle était et commença à paniquer. Heureusement, cela ne dura que quelques secondes seulement et le temps qu'on la regarde elle avait à nouveau les pieds sur terre. Enfermée. Prison. Inconnus. Otage. Drogue. Vomie. Kate ! Cette sale .... n'attendait rien pour attendre ! C'est alors qu'elle tentait de se lever un peu trop rapidement et qu'elle retombait sur les fesses, le monde tournoyant devant elle, qu'elle se rendit compte que justement ils n'étaient plus..
- Prisonniers ! Oh putain..
N'y croyant pas, la jeune femme ne fit rien pour retenir deux grosses larmes qui coulèrent sur ses joues terreuses en y laissant deux sillons luisants. On lui fourra alors une enveloppe dans les mains. Agathe. Lentement, elle reprenait ses esprits. Elouan. Alexandre. C'était quoi ça ?
Interloquée, elle retourna le paquet dans tous les sens comme si il s'était agi d'une bombe plate avant de l'ouvrir enfin précautionneusement. Dedans, deux lettres et un dessin. Chouchou.. Une petite fille, bonhomme bâton, chevelure blonde, devant une maison de poupée rose bonbon accompagné d'un ciel bleu été. "Tu me manque". Sa petite poupette... Se mordillant les lèvres, Ophélia hésitait à regarder le reste, trop émue. Et puis.. 
"Allez cocotte, tu peux le faire.."
Dépliant délicatement le papier elle tomba sur quelques simples lignes écrites à la main qui lui transpercèrent le cœur plus qu'elle aurait jamais pu l'imaginer :


"Je t'aime ma puce, je vais tout faire pour te sortir de là.
T'inquiète ma poupette, papa veille sur toi,
On t'aime fort."

Retenant ses larmes, les joues presque transpercées par la pression de ses dents censée la raccrocher à la réalité, elle lut alors la lettre de leurs agresseurs. Le deal, leur proposition, tout. Richesse. Enfermement. Prix à payer. Famille. Danger. Amis. Loin. Vie. Morte. Jamais elle ne resterait ici, pas plus que tous les dégénérés d'ici. Ils allaient tous s'en sortir, soudés et ensemble ! Se redressant, lentement, toute chamboulée, en prenant sa respiration prête à prononcer LE discours, celui qui les réveilleraient tous, celui qui les motiveraient tous à s'entraider ne serait-ce que pour se sortir de ce cauchemar, Kate s'exclama, la voix forte :
- Je reste. Ils nous offrent la richesse et tout ce dont on a besoin. En échange de l'enfermement.
Les oreilles vrillées par de telles décibels, la brune fronça les sourcils en analysant ce qu'elle venait d'entendre. Comment ça.. Rester ?
- Maintenant qu'on est dans la confidence, nos conditions de vies vont devenir bien meilleures et on aura peut-être même une chambre chacun. Moi, je l'ai décidé : je ne sors pas d'ici. Je veux jouir de l'éternité de la richesse.
L'incompréhension montait en même temps qu'un autre sentiment beaucoup plus fort, beaucoup plus violent.. La rage. Cette folle avait voulu la tuer pour garder une pièce propre juste pour poser son misérable popotin de princesse ratée et elle voulait maintenant restée ici, et tous les condamner à l'éternel exclusion du monde pour être.. Riche ?!
- Certainement pas !
S'ébrouant comme après un trop long sommeil, Ophélia avança à pas vif vers la plus imbécile des imbéciles qui l'entourait, la gifla puis lui étala son t-shirt empli de vomi sur la figure. 
- On ne va pas tous croupir ici pour assevir tes désirs de richesse ! Tu vois le sol là ?! C'est ce que tu vas aller rejoindre si tu décides de rester ici !



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AGATHE

Agathe flottait dans ses vêtements. Elle avait fait le régime express dont la menaçait toujours sa meilleure amie. "Assez de tes boubouleries !" lui criait-elle quand elle reprenait une part de gâteau pour la quatrième fois alors que les autres invités avaient à peine entamé leur première. "Tu vas finir par mourir obèse !" Ce n'était pas formulé avec le meilleur tact du monde et la blondinette en avait parfois amèrement pleuré, ses joues molles tremblotants au même rythme que les larmes coulaient, mais ça partait d'une bonne intention. Toujours était-il qu'avec tous les kilos qu'elle avait perdu, sa garde-robe allait plus lui faire des tenues de fantôme pour Halloween que quoi que ce soit d'autre. Le seul avantage qu'il y avait à être enfermé était d'ailleurs qu'elle n'avait pas la tentation d'aller piquer une barre chocolatée pour se l'engouffrer dans la bouche en quelques millièmes de secondes, coupable mais heureuse. Et, au delà de ça, son ventre ne grognait presque plus, comme si il avait oublier comment faire. Pourtant, le malheureux caramel au beurre salé planqué dans son enveloppe la fit presque pleurer de joie alors que l'emballage doré scintillant disparaissait dans sa petite main potelée et que la friandise déployait son arôme sur ses papilles. A côté de ça, une lettre aimante de son adorable famille la fit sourire et c'est le cœur serrée qu'elle détourna son regard vers ses camarades de cellule, tout aussi humain mais tellement moins affectueux que son entourage.. La lettre lui expliquant la situation et ses futurs choix à faire ne fit que la déstabiliser un peu plus et c'est en quête d'un peu d'aide qu'elle se rapprocha d'Elouan pour lui demander timidement :
- Tu crois qu'ils s'en sont pris à eux ? 
Pourquoi avoir choisi Elouan à cet instant là, cela resterait à jamais un mystère. Mais, en dehors du fait que celui-ci la détestait sans qu'elle s'en soit rendu compte durant ses semaines d'enfermement commun et de sa folie passagère, Agathe le trouvait toujours aussi attachant. Même avec des côtes cassées, même avec le visage détruit, même après qu'il ait tenté de la tuer en la plongeant littéralement dans de la merde.
 
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#48
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Elouan


Depuis l'évènement du foutage en slip devant tout le monde, quelque chose s'était brisé dans Elouan. Ca, personne ne pouvait le nier. Ca, tout le monde l'avait vu, impuissant, sans rien y faire puis-ce qu'on ne pouvait pas y faire grand chose. Depuis lors, il avait toujours fait preuve d'une grande forme d'instabilité.
Sa fragilité avait été réduite en miette. Plus qu'a fleur de peau, la moindre secousse psychologique avait décuplé ses émotions et réactions. Alors imaginez une seule seconde ce qui a put se passer alors dans son esprit. A lui, Elouan, ayant pour la première fois un souvenir, un rappel, une preuve que son père était encore là et qu'il comptait pour lui. Imaginez la force qu'il faut avoir pour avoir une telle lettre entre les mains et la lire. La lire... et la relire... et la relire. Toutes les images possibles qui peuvent vous passer par la tête.
Vous le ressentez alors? Ce sentiment rassurant de savoir que, quelque part, il existe quelqu'un qui a prit le temps de vous écrire. Ce quelqu'un vous connait, vous le connaissez, et vous savez mutuellement que vous vous appréciez, et tout et limpide et.. et vous pouvez lire, relire, relire, relire et...
- Tu crois qu'ils s'en sont pris à eux ?
Elouan regarda Agathe. Une étincelle se réveille dans ses yeux.
Dans son élan de révélation, le jeune homme se penche vers Agathe et l'embrasse.
Un baiser fougueux, presque d'adolescents maladroits. Elouan a fermé les yeux... comme pour mieux goûter le parfum des lèvres d'Agathe. Ses lèvres ne suffiront pas à rassasier son ventre toujours aussi vide, il le sait. Pourtant il s'est comme sentit obligé de le faire. Vis à vis d'elle. Au fond de lui, il sait que si quelque chose ne clochait pas en lui, si ils s'étaient tout les deux connus dans d'autres circonstances... il l'aurait aimé. Cette Agathe.
Quelque part, c'est comme s'il culpabilisait de ne pas l'aimer normalement, de ne pas l'apprécier correctement. Il aimerait lui partager des papillons dans le ventre, du bonheur en miette, n'importe quoi de communicatif.
Quand il recule, Elouan ne sourit pas.
Il n'est pas heureux, et ne le sera plus. Qu'elle soit là ou non, il est temps de partir. Elle l'a maintenu en vie assez longtemps comme ça... elle n'a plus à porter la charge d'eux deux.


- Je veux jouir de l'éternité de la richesse.
Etrangement, Elouan avait réussit à suivre le déroulement de la situation. Il avait "compris les enjeux" comme l'affirmait si bien la lettre. Enfin, il n'avait réellement bien compris qu'une seule chose.
La pote, ce n'était pas Agathe.
Même si il avait toujours été à deux doigts de la tuer, qu'il s'était toujours retenu de ne pas briser son petit cou fragile... maintenant ses yeux étaient neufs.
Kate se faisant hurlé dessus par Ophélia, ne remarqua tout d'abord pas Elouan commençant à marcher de plus en plus rapidement vers elle. Sa marche rapide se transformant en course, le jeune homme se rua sur Kate et le tee-shirt plein de vomis qui glissait sur elle. Kate, la plus calculatrice, la seule a avoir compris réellement les intérêts qu'elle pouvait tirer. Kate, au final celle qui était le plus resté fidèle à elle même et avait résisté psychologiquement à l'enfermement.
Serrant Kate de toutes ses forces, Elouan ne s'arrête pas et continue sa course.
Bravo Kate. Tu as gagné. Tu as vaincu tout le monde, et la récompense sera à la hauteur.
Elouan a dit au revoir à Agathe. Maintenant il n'a plus personne à qui faire adieux. La lettre de son père ne veut dire qu'une chose: qu'il écrit désespérément a quelqu'un qu'il pense mort. Son père n'a pu penser ces choses qu'en croyant son fils proche de la mort, c'est l'unique solution possible. On ne devient pas sentimental du jour au lendemain. Au fond, c'est comme s'il avait déjà fait son deuil.
Rassuré, ou plutôt se pensant rassuré, Elouan ferme une seconde fois les yeux. Cette fois-ci non pas pour embrasser Agathe... mais une nouvelle forme inconnue. La mort.
Tant pis pour les autres, tant pis pour le nombre de thérapies qu'ils devront prendre pour tenter d'effacer cette vision d'horreur de leurs têtes.
S'agrippant à Kate,
Elouan se jette du haut du toit.
 
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#49
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- Certainement pas ! Hurle Ophélia en se relevant comme un fantôme pour se ruer sur Kate. On ne va pas tous croupir ici pour asservir tes désirs de richesse ! Tu vois le sol là ?! C'est ce que tu vas aller rejoindre si tu décides de rester ici !
Kate se débat quelques secondes et récupère peu à peu le contrôle. Du vomi s'étale sur ses joues, mais elle n'en fait rien et arrive à maintenir fermement les poignets d'Ophélia. Les deux femmes sont comme attirées dans le vide. Toutes les deux. L'une tirant l'autre tandis que la première entraîne la seconde dans sa chute.
La jolie rousse se débat et un gémissement s'échappe de temps à autres de ses lèvres. Elle se bat, elles se heurtent. Puis quelqu'un les séparent.
Elouan.
Kate est happée par le choc. Elle ouvre de grands yeux et fixe son asseyant. Ils sont trop prêts du vide. Ils ne s'arrêteront pas. Kate jette un regard circulaire sur l'assemblée en face d'elle. Les six autres membres de ce tourbillon infernal. Elle les regarde une dernière fois, lucide, consciente. Elle sait que c'est fini et que tout n'est qu'une question de seconde désormais.
Ses pieds dérapent sur le toit alors qu'elle se sent basculer à la renverse. Elle reste muette. Agrippant fermement Elouan de ses mains tremblantes.
Kate est sur le point de mourir, Kate n'avait pas peur de la mort jusqu'alors, mais Kate ne s'était jamais préparée à disparaître ainsi.
Elle sert le garçon contre elle, leur coeur se synchronisent. La chute semble durer des heures. Tout revient alors dans sa tête, en bribes irrégulières et décousues, comme des flashs dénués de sens.
Tout avait commencé lorsqu'on lui avait mis ce sac en toile sur la tête. Elle s'était débattue, mais en vain. Un sac qui avait été imprégné de chloroforme et la voilà perdue. Dans cet endroit lugubre et insalubre. Ce huis-clos véhément et pullulant de saleté. Elle avait découvert sept autres personnages dans son état. Une situation similaire. Certains s'étaient bien plus imposés que d'autres. Elle en tête de lice. Puis Ophélia avait tenté de lui tenir tête. Mais Kate avait toujours été la reine, elle le savait. La seule.
L'unique.
Kate était la princesse de cette cave. De ce trou. Elle avait trouvé la première la trape, y avait décelé le potentiel. Elle avait su se jouer de son monde. Elle avait su tout contrôler. C'est elle qui venait d'ouvrir le courier. Elle qui avait senti la première le vent sur son visage. Elle encore qui avait fait succomber Elouan à son charme. Elle qui lui succomber désormais. Elle qui mourrait liée à lui. Et pas Agathe. Ni quiconque. Kate pourrait posséder Elouan pour l'éternité. Lui qui l'aimait si fort depuis si longtemps. Depuis le premier instant.
Au final, ne valait-il mieux pas mourir maintenant ? Plutôt que de jouir soit d'une richesse aveugle et enchainée d'un côté, soit d'une vie misérable et dangereuse de l'autre. Peut-être que la mort de Kate était un atout, finalement. Peut-être qu'elle devait remercier Elouan.
Elle serra toujours plus le garçon contre elle.
Elle sentit son odeur au delà de ce qu'ils avaient traversé depuis leur enfermement.
La chute sembla durer des heures.
La vie de Kate n'avait duré que quelques années.
Mais son souvenir, sa trace,
son aura,
resterons, à tout jamais,
gravés dans les mémoires.

Kate quitta ce monde, sur le pavé. Le crâne explosé, le visage détruit. Elle avait heurté le sol tête la première. Il n'en restait rien. Juste un tee-shirt qu'elle avait déchiré, trop grand, flottant légèrement dans le sang. Un cadavre qui avait existé depuis si peu de temps, mais qui avait donné l'impression de se jouer de l'éternité.
Kate était Kate, et elle le restera.
Kate avait soufflé, dans ces derniers instants, trois petits mots presque inaudibles dans l'oreille d'Elouan. Trois mots sans réel échos, mais qui voulais dire beaucoup : « je t'aime ».



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Alexandre se repassait en boucle le message de Cassiope. Il savait pertinemment que désormais. Plus rien ne serait comme avant. Plus rien ne redeviendrait jamais normal. Ni sa vie, ni celle des autres. Aucun d'entre eux n'aura le luxe de vivre normalement. Même pas Kate qui a semblé voir une lueur d'espoir dans le courier qu'ils avaient reçu.
Alexandre la regarda basculer dans le vide en même temps qu'Elouan tandis que l'impact du corps du garçon sur elle avait emporté en même temps Ophélia. Ophélia qui trébucha et s'étala lourdement sur le toit, à quelques centimètres du sol. Alexandre la regarda sans oser bouger. Elle roula sur un mètre à peine, puis s'arrêta, et son bras bascula dans le vide. Il se mit alors à pendre lentement, mais la jolie brune resta parmi eux.
Sans vraiment s'en être rendu compte. Alexandre s'était mis à trembler violemment. La lettre qu'il tenait dans ses mains se froissait et il fut contraint de la lâcher faute de ne pouvoir la tenir plus longtemps.
Il ne restait que lui, Agathe et Ophélia. Les trois autres étaient dans un état végétatif, presqu'ils auraient pu se jeter par dessus le toit à leur tour.
- Ophélia doit mourir. Cracha froidement Alexandre en regardant le corps gisant encore prêt du vide de la brune. Elle doit payer pour avoir sacrifié Kate et laissé Elouan se jeter du haut du toit.
Alexandre regarda ensuite Agathe. Pour lui il n'y avait aucun doute, Ophélia était la seule coupable de se double meurtre.
- Seulement après, tu pourras retrouver ta vie normale Agathe. Pas plus tôt.
Il reporta son attention sur Ophélia et la toisa d'un regard assassin. Ses poings serrés continuaient de trembler. Il avait le ventre noué. L'image des deux corps disparaissants dans le vide et la nuit faisaient échos en lui comme si on avait hurlé dans une grotte. Le son était décuplé et l'image se relançait sans cesse.
Il y avait le bruit du crâne qui s'écrase contre le béton. Ce bruit sourd et intense laissant place à un plus léger de sang qui se répand sur la chaussée.
Le bruit de la mort venait de frapper Alexandre, il se revoyait tuer. S'était presque bestiale. Un besoin vital. Et s'était en Ophélia qu'il voyait la proie parfaite à tuer : celle qui le méritait. Celle qui n'avait pas le droit de vivre plus que les deux cadavres en contre-bas. Vingt-sept étages plus bas.
 
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#50
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Ophélia se tenait droite, vindicative. Elle fixait Kate d'un regard méchant, une lueur tellement haineuse dans les yeux qu'on aurait pu la croire prête à commettre un meurtre. Et elle était prête à commettre un meurtre. Elle avait réellement envie de passer la jolie brune par-dessus le vide béant qui s'étendait à leurs pieds, à à peine quelques centimètres de leurs membres frêles. Elle serait devenue une meurtrière, d'ailleurs, si Élouan n'avait pas été là. 
Arraché.
Jeté dans le vide.
Un bruit sourd en touchant le bas.

Un cri hystérique.
Elle tombe à genoux, se prend la tête dans les mains, s'agrippent les cheveux, se penche au-dessus du vide pour observer les deux corps sans vie qui gisent, explosés, sur le béton.
- Je veux jouir de l'éternité de la richesse.
La phrase s'était perdue dans l'accident, comme n'ayant jamais existé.

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Agathe, la douce Agathe, la rondelette, le petit cochon, le porcinet. Agathe, avec son innocence bafouée avait ouvert la bouche, horrifiée. Un cri muet en sortait tandis qu'une seule et unique larme, ronde, coulait sur sa joue sans un bruit, comme une espèce de grosse limace baveuse.
- Ophélia doit mourir. 
Fixant Alexandre sans comprendre, elle grelottait. "Elle doit payer pour avoir sacrifié Kate et laissé Elouan se jeter du haut du toit". La blondinette avait l'impression d'entendre les sons à travers une couche énorme de cotons. Elle ne comprenait toujours pas. Qu'est-ce qu'il racontait ? Mourir ?
- Seulement après, tu pourras retrouver ta vie normale Agathe. Pas plus tôt.
Normale. Vie normale. Avait-elle était normale un jour. Sans arrêt rejetée, moquée. A l'écart. La bonne gourde du coin.. Trop gentille pour réagir, trop gentille pour pester.
- Je.. Je ne peux pas..

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Un immense soulagement envahi Ophélia en entendant les mots de petit cochon. Son sort était lancé dans une course contre la mort et elle sentait sa vie s'échapper aussi vite que l'avait fait celle de Kate. 
Peur. Peur, peur, peur. Ses yeux, immenses, étaient ouverts tout grands, dilatés. Comme pour mieux voir venir la Faucheuse, avec sa grande faux et son manteau noir.
- Alexandre enfin..
Sa voix hoquetait légèrement, elle se tue, cassée, brisée. 
Déjà morte.
 
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