
Alexandre relâcha la pression qu'il exerçait sur son propre bras alors que Cassiope s'approcha de lui, charmante, souriante. La classe incarnée.
- Bonjour Alexandre, vous avez l'air bien fatigué, le voyage a du être long... ne voudriez vous pas vous installer dans une de nos chambre pour prendre un petit somme?
Le garçon était fatigué, s'était un fait, mais il n'avait aucune envie de se reposer, pas maintenant, pas après ce long trajet sans un sourire de la part d'Augustin. Il déclina l'invitation d'un geste de la main et regarda tous les membres de la famille. Son copain semblait être réellement mal à l'aise. Assumer leur relation, aux yeux de sa famille ? Non, certainement pas.
Il toussota. Et regarda la belle blonde une fois qu'il eut compris n'être pas le bienvenue ici.
- Merci pour votre aide. Souffla-t-il en français. Je vais aller ranger mes affaires.
Il quitta ensuite la pièce, l'air de rien. On ne peut plus mal à l'aise, les joues rouge vif. Le garçon sortit de l'immense salle à manger et croisa un garçon, beau, charmeur, fuselé, qui devait sûrement être un membre de la famille d'Augustin. Il se dit qu'en sortant avec son petit copain à lunettes, il avait tiré la mauvaise pioche, fasse à quelqu'un comme le beau brun qu'il venait de croiser.
Il se figea alors au milieu de l'escalier. Non. Il ne pouvait pas avoir fait tout se trajet pour se retirer dans une chambre à peine arrivé. Il fit demi-tour et se rua vers la salle à manger. Il s'apprêta à frapper lorsqu'il entendit :
- Emilien. Qu'est-ce que tu vas faire ? Pourquoi il est ici ?
Alexandre garda la main levée, prête à frapper le bois de hêtre qui le séparait de l'étrange famille baignée dans le trafic de drogues. Il se contenta d'attendre. Comment ça Augustin ne savait pas qu'il allait arrivé ? Qui l'avait invité ?
Il sentait déjà des larmes de rage monter jusqu'à ces yeux.

Pablo regarda la petit famille se déchirer devant lui, tantôt totalement emballée par le plan, et tantôt le rejetant avec violence. Il se délecta de sa famille entrain de sombrer face au plan du siècle que leur avait proposé Emilien. Il le surprenait encore. Comme quoi, le cousin se révélait plus intéressant que lorsque Pablo était en vie.
Il regarda ensuite le nouvel arrivant en même temps que Sabrina apparue derrière lui, perfide, comme Kaa dans le Livre de la jungle :
- Qu'est-ce que tu penses de tout ça ?
Pablo s'apprêtait à répondre lorsque sa grand mère jaillit d'entre les ténèbres. L'air mauvaise. Protectrice.
- On ne lui demande plus de penser mais de veiller sur sa famille je croyais que c'était clair pour toi sale petite peste.
Le garçon se figea. Que faire ? Que dire ? Il attendit quelques secondes. Son esprit vrilla dans plusieurs directions simultanées. Il devait choisir son clan.
- Je supporte ce projet. Lâcha-t-il, froid, soudain. C'est le meilleur moyen de tous les souder. Retrouver la cohésion familiale perdue.
Il jeta un regard désolé à sa grand-mère.
- Mais il n'y a aucun doute que l'un d'entre eux, si ce n'est plus, mourra dans ce périple. Ca paraît évident.
Malgré les risques d'un tel plan, aussi fou soit-il, tous les membres de la petite fratrie seront obligés de se serrer les coudes. Et bien que se serait une tâche difficile, ils y parviendront et en ressortiront grandi.
Une question trotta alors dans la tête du garçon. Une seule question : Et le bébé ?
Comment la jolie Cassiope allait-elle faire ? Pouvait-elle réellement se lancer dans une telle course au pouvoir alors qu'un enfant s'abritait dans son ventre ?
Soudain, tout devint blanc autour de Pablo. Il fixa les alentours, il ne restait rien. Ni famille, ni grand-mère, ni Sabrina ni personne. Rien d'autre qu'un écrin blanc. Comme un rêve, comme le couloir de la mort ... Se pouvait-il qu'il entre au paradis ? Etait-ce ça la vraie mort ?
Puis, il vit Cassiope en face de lui. Il la fixa, elle le fixa en retour, et il comprit. Elle le voyait. Il ne savait sous quelle forme. Si elle le voyait dans ce même emballage blanc et opaque. Si s'était aussi clair que pour lui. Et il se risqua à parler. Pourquoi la jeune femme le verrait sans l'entendre ?
Il voyait ses grand yeux pleins d'incompréhension. Il l'imaginait se demander si elle était devenue folle, si elle était entrain de mourir à son tour ?
- Et ton enfant Cassio' ? Comment tu vas faire avec ton enfant ? Tu n'as pas peur de faire une fausse couche ? Il marqua un temps et s'approcha de la blonde. Il faut que tu fasses attention, mais que tu le fasses malgré tout. Il y a beaucoup à gagner Pourquoi il lui disait tout ça ? Il avait en Cassiope une confiance immuable, étonnante, pour une voisine. Impose toi. Tu peux mener à bien tout ce monde. Il tendit la main en sa direction, vers sa joue, comme pour la toucher. Mais protège ton bébé, ne le laisse pas s'étei- ... Tout s'éteint au moment ou il l'effleura.
Le monde se rematérialisa autour de lui, il s'écroula, devant grand-mère et Sabrina. Puis ne fut rien d'autre qu'un fantôme vide, et avide.