Nan mais c'est mes longues années de scénariste pour Plus Belle La Vie qui font que j'écris vite.
Et une ronce enjambée. Oh, une racine, attention à ne pas se prendre les pattes là-dedans. Ça faisait plusieurs dizaines de minutes que Andrei marchait dans le parc, en écartant des bras les branches qui poussaient n'importe comment, et en tâtonnant le sol avec les pieds pour ne pas tomber. D'ailleurs "parc" est un bien grand mot pour décrire le bordel végétal qu'est devenu cet endroit.
La flore qui pousse de manière anarchique ne facilitait pas son avance, d'autant plus que le parc, immense, était construit comme un long chemin de promenade qui encerclait un petit lac artificiel. C'était très bien quand il n'y avait pas de végétation trop dense, on pouvait couper au travers pour se prélasser au bord du lac directement. Mais là, le parc à l'abandon est devenu un petit labyrinthe naturel, un espèce de bout de jungle miniature. Le cadre est sympa, mais avec toute cette verdure, y'avait de quoi s'y perdre.
Une pensée rassure cependant Andrei : les chinois ne fouilleront pas ici. Enfin...tant qu'ils n'ont aucune raison d'y fouiller, il n'y fouilleront pas. La flore y est trop dense, et puis il n'y a rien de valeur dans ce parc. Et puis ils ont certainement déjà fouillé, de toute façon. Ça aurait pu faire une bonne planque, du coup.
Andrei replonge dans sa nervosité en repensant à toutes les raisons qui font que ce ne sera pas une bonne planque.
Il ne pourra pas vivre dans ce parc, car il n'y a aucune vivre, rien. Et puis le parc a beau être grand, c'est un espace limité ; si on chope quelqu'un qui cherche à s'y cacher, le parc sera rasé en une après-midi. Ensuite, la végétation cache peut-être des saloperies. Enfin, au moindre incendie, tout crame, et quand on sait à quel point les soldats du XXIIe siècle raffolent de cocktail Molotov et de la bouteille de gaz piegée, ce genre d'environnement n'est pas sûr.
Andrei ne sait pas trop quoi faire, maintenant qu'il est ici, dans cette mini-forêt en plein centre-ville. Il pourrait trouver un autre appartement à squatter, la ville en est remplie depuis le début de la guerre. Mais il sait pertinemment que les Chinois passeront dans tous les recoins de la ville pour choper les résistants, qu'il devra encore s'en aller, et que le cycle recommencera jusqu'au jour où les Chinois auront un contrôle total de toute la ville, et même de toutes LES villes de France.
Il faut passer à l'offensive.
Aller choper les Chinois, ne pas se contenter de les retenir, mais les faire imploser, détruire la machine de l'intérieur. Comme lors de cette tentative dans un hangar avec Samuel. Enfin bref, il fallait s'armer et préparer une grosse opération. Mais comment faire, puisque le...
Houla, une bruit. Un bruit anormal. Comme un mouvement violent dans des branches. Andrei se couche, mais le simple fait de se coucher, ça fait aussi du bruit ! L'autre l'a peut-être repéré ! Mais c'est qui l'autre ? Andrei hésite à gueuler pour l'intimider, où à se faire discret. Finalement non, il va rester là, à tendre l'oreille.
Le craquement des petites branches se fait de plus en plus proche, mais rapide. Comme si la chose qui s'approche ne se doutait pas de la présence d'Andrei, ou même de n'importe quel danger potentiel. Cette pensée rassure le jeune homme, qui n'aura probablement pas à prendre une vie aujourd'hui.
Le bruit approche, puis s'éloigne. L'intrus ne se doutait de rien. Andrei relève la tête pour essayer de regarder par-dessus les herbes hautes, et constate avec surprise que ce n'est pas tout à fait une guerrier sanguinaire dangereux qui lui tourne autour.
L'intrus est un petit gars pas bien large, mais pas un Chinois, ouf. Il porte des vêtements de soldat partiellement déchirés au niveau du pantalon ; son acoutrement est plus proche de celui d'un membre potentiel des Village People que d'un vrai militaire.
L'air décontracté voire nonchalant, il porte une carabine abimée sur son épaule et a une clope éteinte au bord de la bouche. Au corps à corps, ce mec ne tiendrais pas 5 minutes face à la masse d'Andrei, digne d'un joueur de rugby. C'est étonnant que quelqu'un qui parait aussi peu vigilant ait pu se balader dans une ville constamment attaquée par les Chinois sans embrouilles.
Mais quand même, il a une arme. Andrei ne peut pas se permettre de lui parler, ce mec pourrait chercher à la tuer, on n'a aucune idée de ses intentions, il faut élaborer un plan pour le neutraliser et ensuite faire copain-copain.
Andrei se lève, jette un de ses couteaux au loin, qui vient frapper contre un arbre. Le jeunot se retourne, pousse un petit "Ah !" de surprise et de panique, et se saisit maladroitement de son arme.
Immédiatement, profitant du bruissement provoqué par les mouvements spasmodiques du jeune soldat, Andrei arrive par derrière et empoigne le canon de sa carabine tout en serrant le cou du jeune avec l'autre bras. En cherchant un point d'appui avec ses mains qui bougent dans tous les sens, le soldat tire par accident sur un petit bout de feraille attaché à sa ceinture. Andrei reconnait la forme de l'objet : c'est une goupille de grenade ! Le jeune, tétanisé, cherche à se débarasser de sa ceinture où pendouille la grenade sur le point d'exploser.
Andrei extirpe la carabine des mains du jeune d'un coup sec, pendant que ce dernier panique en n'arrivant pas à retirer sa ceinture et crie pour demander grâce à son assaillant.
Le jeune arrive à faire tomber la grenade au sol dans un dernier geste, recule de quelques pas et...
BOUM.
Des lambeaux d'on-ne-sait-quoi volent. Un cri de douleur déchire le silence apparent du parc. Le jeune homme a une jambe totalement arrachée par la déflagration. Du sang coule, mais est absorbé par l'herbe. Andrei s'approche, il sait que ce bruit anormal va attirer les Chinois.
- Dis moi ce que t'es ! grogne Andrei en attrapant le col de l'autre. Et fait pas le con, je suis un resistant, je suis bien armé !
- Zack, je m'appelle Zack ! Pitié, pitié, ne me tuez pas ! Je suis résistant moi aussi, je devais rallier le ch$ateau de Rambouillet, où se cache un base de résistants ! Aïe ma jambe putain !
- Okay, je vais t'aider si c'est le cas.
- J'ai un plan dans ma veste, avec un peu de chance, il est intact !
Zack met la main sur le couteau lancé par Andrei.
- ...T'as essayé de me tuer c'est ça ? enfourné ! vocifère Zack.
Sa douleur à la jambe le pétrifie, alors qui cherchait à se relever pour poignarder Andrei. Ce dernier compte rappliquer, mais préfère en entendant les bruits de frein d'une jeep à quelques mètres...le chinois vont entrer dans le parc...
- ...Non, NON ! REVIENS ! JE SUIS DESOLE ! ME LAISSE PAS AVEC LES CHINOIS PUTAIN !
Andrei arrive à fuir assez loin, mais il réalise que ce petit con pourrait l'aider...