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Placebo - rp
#41
Lorsque Gabriel se mit à se préparer, Lee commençait un peu à émerger de son sommeil. Cependant, il restait enroulé dans ses draps, le nez contre son coussin, savourant de ne rien faire, et nullement pressé d'ouvrir les yeux. Le noir du matin était le même pour tout le monde. Il voulait profiter de ses derniers instants de normalité, avant de retrouver son océan de flou habituel.
Il se frottait toujours le visage contre son coussin, savourant la délicieuse douceur du tissus, quand Gabriel murmura un "bonjour" poli et attentionné. Il sourit dans ses draps. Gabriel était vraiment un colocataire de rêve.
Il resta quelques heures à zoner après son départ, puis se laissa finalement glisser hors de son lit. Il s'habilla avec soin, palpant les étiquettes pour ne pas mettre son uniforme à l'envers, se faisant mal aux yeux en essayant des les distinguer.
Il voulait bien être ridicule, mais quand il le décidait. Et il était hors de question qu'on le raille à son insu.
Lee descendit déjeuner un peu tard, savourant des oeufs brouillés, puis partit dans le bureau de l'intendante en chef, Mrs Dimwitt. Il passa trois quarts d'heure à négocier, puis remplit un papier.
Sur le haut du papier, à l'encre noire, il écrivit "Bobby".
La tension le rendait tout excité.

Lorsqu'il en fut sorti, il partit rejoindre le reste de son groupe, par réflexe et par envie de s'amuser un peu. Aussitôt, il fut attaqué par Drew qui tenta de le noyer sous un flot de paroles.
-Si c'est pas le Soleil de ma vie, mon unique raison de respirer, ma moitié à la vie à la mort ! Myrtille ! Bien dormis mon amour ? Rassasié jusqu'au déjeuner ? Les tartines étaient-elles grillées à ta convenance ? BLA BLA BLA BLA BLA, laisse moi te guider, ça serait bête que tu meurt en trébuchant sur une chaussette qui traînait sur le chemin, n'est-ce pas ?
Lee, tout étonné, se laissa entraîner, considérant avec curiosité le garçon accroché à son bras. Avec une petite moue, il se demanda si c'était vraiment l'effet que faisait un moulin à paroles aux gens.
Alors que Drew parlait encore et encore, écartant Lee d'obstacles qu'il n'avait même pas remarqué, et l'ayant tout juste ouvert d'une fenêtre beaucoup trop transparente et grand ouverte, il se pencha à son oreille droite, la sourde, et lui répondit tranquillement:
-T'es un peu trop jeune pour moi, petit, je suis désolé, surtout que j'aime bien t'écouter piailler. Mais si un jour t'as besoin de quelque chose pour boucher ton claque-merde, fais-moi signe.
Et puis ensuite, constatant que Drew n'avait rien entendu et continuait de piailler, il éclata de rire.
Lee était méchant avec lui, mais Drew était quand même franchement adorable, aussi se laissa-t-il porter allègrement pendant encore quinze jolies minutes.
Et puis il fut l'heure de se rendre au Deus Ex Machina. A la queue leu leu avec son groupe, ils pénétrèrent tous dans l'immense salle sombre, au plafond beaucoup trop haut et aux lumières crues de néons.
La majorité de l'intérêt passant dans la machine, Rixon avait préféré reprendre une vieille salle de son manoir -c'était probablement une ancienne salle de pratique de la religion catholique, à en juger par les murs froids et beaucoup trop hauts, et l'écho qui les mettait mal à l'aise.
Lee s'approcha de son poste, se pencha, et brancha quelques fils; puis il enfila les gants, froids, et posa le casque sur son nez. Puis, devançant tout le monde, il s'assit par terre. Il allait passer une heure à comater; autant ne pas la passer en position debout.
Il grimaça lorsqu'il fut aspiré; et puis, dans une immense expiration, il retrouva enfin le corps qu'il attendait toujours.
C'était toujours bizarre de se retransformer en fille.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il fut parcouru d'un frisson. Il voyait tout. Loin. Précisément. Du brin d'herbe à l'abeille, à des vingtaines de kilomètres de là. Son personnage avait la meilleure vue de tout le continent d'Ethnolia. C'était mieux qu'un rêve; c'était un fantasme.
Il entendit tout le monde rectifier son équipement et parler de leurs quêtes. Il écarta nerveusement un origami d'autour de lui.
Il vit passer sa main, plus fine, plus délicate. Oh, c'est vrai, elle oubliait à chaque fois.
Lee étira ses épaules, puis elle se tourna vers tout le monde; elle sentit ses cheveux plus longs et irréguliers caresser son cou.
Se retournant, elle vit arriver son cheval, Clint. C'était un énorme double-poney, trapu, massif, lourd, qui courait vite et dont la crinière était taillée avec soin. Il était large, pour que Lee puisse être installée confortablement et tenir rien qu'à la force de ses jambes, utilisant ses bras pour tirer avec l'arc qui lui chatouillait le dos. En quelques pas, elle le rejoignit et lui sauta sur la selle. Le cheval frémit et tapa du pied.
Elle entendit Drew grogner. Il semblait trouver les chevaux idiots.
Lee tapota le flanc de sa monture. C'était vrai. Les chevaux ne volaient pas haut. Mais ils n'en étaient pas moins des bêtes bien pratiques.
Elle regarda en bas, ceux qui étaient encore à terre.
-Si quelqu'un veut monter, y'a de la place, lança-t-elle, plus sèchement.
Lee d'Ethnolia était beaucoup moins apte à la plaisanterie.
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#42
Comme d'habitude, Antigone se réveilla bien avant le soleil.

Elle attendit tout de même qu'il trouve l'audace de se glisser à travers les rideaux pour faire valser ses draps. Elle enfila son uniforme ; un peu trop brusquement peut-être car elle sentie la respiration d'Alix s'affoler à ses cotés. Antigone soupira. Elle avait oublié sa nouvelle colocataire, celle qui signait la fin de sa longue cohabitation avec le silence et un lit vide. Elle lui coula tout de même un regard attendri avant de s'enfuir le plus discrètement possible.

Dans le réfectoire, il n'y avait personne.
Juste elle, ses longs cheveux rouge et une armée de chaises mal rangées. Elle réprima l'envie de toute les remettre à leur place ; une par une, de la même façon dont elle trie ses céréales avant de les manger. Tout semble beaucoup plus vertigineux lorsque déserté ; alors elle se sent comme une fourmi dans l'amas de longues tables sales. Gabriel ne tarda pas à la rejoindre dans les ruines du réfectoire. Elle tenta de lui glisser un sourire qu'il s'est déjà installé à l'écart ; sa petite tête toute couturée plongée dans son bol de lait.
Elle l'aime bien, Gabriel.
Dommage qu'il donne sans arrêt l'air d'avoir un petit peur d'elle.
A moins que ce ne soit la peur des gens en général.

_______________________

Le reste de la journée se déroula sans encombre.
Elle passa le plus clair de son temps à la bibliothèque, rangeant et triant les ouvrages sous le regard affable de la vieille bibliothécaire. Elle aimait bien faire ça ; sentir les pages rouler sous ses doigts et les odeurs fugaces d'un autre temps. En échange de son aide elle obtenait un double de clé qui lui permettait de se rendre à la bibliothèque en dehors des heures d'ouverture.
A minuit.
A l'aube.
La plupart du temps.

________________________

Antigone ne retrouve jamais son plot avec joie. Elle déteste la petite plaque collée sur l'objet, la trop grande salle vestige de cathédrale, la sensation de s'envoler vers une autre dimension, le passage douloureux de la réalité à l'illusion. Par contre, elle aime Ethnolia. Mais elle ne l'avouera ; ne se l'avouera jamais. Elle est assise à coté d'Octavie ; qui semble encore plus morose qu'à l'habituel, si au moins c'était possible. Elle se promet mentalement d'aller lui parler, d'essayer de lui changer les idées et.

Elle se sentie aspirer vers le haut, coupant le fil de ses pensées.

Ils furent envahis d'origamis dès que leurs yeux s'ouvrirent sur le nouveau monde. Elle laissa Clarence les décrypter de ses yeux trop clair. Elle jeta un regard à la ronde. Comme d'habitude, Gabriel semblait au comble de la joie ; Drew faisait inventaire de son nouveau bras ; Lee s'étonnait toujours de son changement soudain de sexe. Et Antigone ? Antigone se contentait simplement d'observer le monde trop coloré ; trop beau ; trop parfait autour d'eux. Elle leva sa paume vers le haut et y fit apparaître de la rosée. Ses pouvoirs étaient là. Tout était bien.

- Le maire du village de Kadsburry, dans l'archipel volant de Bendetto, lance un appel au secours aux mercenaires et aventuriers nomades. Les champs et bois alentours du centre du village sont infestés de monstres qui ravagent les récoltes, et victimes de pillage par ce qui semblerait une organisation humaine. Il propose à ceux qui viennent les dératiser une somme importante, finit par annoncer Clarence tout aussi impassible qu'à l'habitude.

Antigone s'approcha et s'occupa de l'origami. Elle le plia méticuleusement – comme à son habitude – et l'ensorcela à voix basse. L'oiseau s'envola aussitôt avant de se dématérialiser.
Ses compagnons de voyage avaient déjà commencé à se mettre en selle, tandis que Gabriel contemplait d'un air soucieux la carte du continent.
- Si quelqu'un veut monter, y'a de la place, fit la voix de Lee, étrangement féminine.
- Avec plaisir, lui lança Antigone avec un regard amusé.
Elle se hissa derrière son amie et tous les chevaux se mirent à avancer ; d'abord lentement puis de plus en plus vite.
- C'est fou comme Ethnolia te change, dit-elle alors ses cheveux cramoisis volait partout dans une bourrasque. Le changement de comportement aussi soudain, c'est lié au changement de sexe ? »

Elle était persuadée de pouvoir réaliser une étude sociologique avec Lee en premier sujet. C'était fou ; cette façon qu'il avait de passer d'un gars bien trop bavard à l'incarnation de la sériosité.
Comme prédit par le benjamin, ils mirent un peu moins de deux heures pour arriver au port. Elle jubila lorsque la moiteur des embruns les cueillirent de plein fouet.

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oh you're a princess ? but i'm the queen, bitch

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#43
Tout le monde s'était mis en selle ou presque; après avoir sèchement rajusté ses rênes, Lee avait imprimé un coup de bassin à son énorme cheval, ce qui l'avait fait partir au trot aussitôt. Il était bien évidemment impossible pour les chevaux de galoper pendant des heures à la suite; ils alterneraient ainsi entre pas et trot, jusqu'à-ce que se présente un terrain assez confortable pour pouvoir galoper comme le vent sur quelques kilomètres.
Lorsque les fesses de Clint secouaient un peu trop Antigone, Lee sentait ses petites mains se crisper sur son plastron en cuir clouté. Avec le vent léger que soulevait le trot, elle sentait ses cheveux rouges et parfumés se mêler aux siens, bleus et piquants.
Elle gardait l'oeil concentré et scrutait toujours l'horizon, empoignant fermement ses rênes et luttant contre Clint qui donnait de grands coups de tête pour partir au galop. Elle songeait même à s'excuser au près d'Antigone pour les secousses, lorsque celle-ci la devança.
-C'est fou comme Ethnolia te change. Le changement de comportement aussi soudain, c'est lié au changement de sekks ? »
Lee crispa rapidement sa bouche cramoisie et ses yeux auréolés de noir dérivèrent un peu vers la crinière rouge d'Antigone qui ondulait à côté d'elle. Elle tourna la tête pour lui répondre, lui affichant ainsi son profil grignoté par ses tatouages:
-Je ne crois pas aux stéréotypes, bien qu'il y ait des différences nettes entre un corps de femme et un corps d'homme. D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi les femmes ne sont pas réputées être de meilleures cavalières que les hommes. Honnêtement, ce corps est beaucoup plus adapté.
Elle releva les yeux et regarda pensivement l'horizon, tandis que Clint profitait de son moment d'absence pour secouer la tête et lui arracher les rênes. Elle les réajusta aussitôt, contractant les muscles de ses épaules pour le discipliner.
-Je dirais que lorsque je m'incarne dans Ethnolia, je perds un peu la patience que j'ai envers le Lee du monde réel. Je n'ai plus envie de jouer, de me donner en spectacle et d'ironiser dans mon coin sur mon sort. On a des choses à faire, ici. Je crois que tu comprends aussi, Antigone. Pour moi, Ethnolia met fin à toute immaturité de ma part.
Clint se rendait de plus en plus insupportable. Retournant enfin au paysage devant elle, Lee aperçut une immense plaine qui coupait à travers les champs. Ils étaient annonciateurs des petits villages décrits plus tôt par Gabriel.
-Au galop! ordonna-t-elle. Trois kilomètres, amplitude maximale. Gabriel, tu reconnaîtras le village, je compte sur toi. Yah! Antigone, tu te cramponnes!
Ne lui laissant le temps de réfléchir, Lee saisit les mains d'Antigone et les serra sur son buste, puis donna une impulsion au cheval, le faisant partir, filant comme un oiseau à travers les herbes hautes, ses jambes martelant le sol, soulevant des mottes de terre et répétant une mélodie de tambours enivrante.
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#44
Cela faisait déjà un bon moment qu'ils chevauchaient aux abords de la capitale, lorsque les vastes étendues vertes se dessinèrent sous leurs yeux, annonciatrices du prochain village, et avec, le port. Octavie plaça correctement ses pieds dans les étriers, talonna son cheval, et il partit immédiatement au grand galop au travers des prairies. La vitesse était grisante, de même que le chant du vent et des sabots du poulain. Elle avait toujours aimé galoper dans les plaines. Cela lui faisait tout oublier, et elle ne se concentrait que sur le paysage défilant, les sensations procurée par la chevauchée. Quelques minutes après, les premières et spartiates fortifications apparurent, signe imminente de l'arrivée du village. A quelque mètres, Octavie s'assit dans sa selle, se penchant en arrière pour stopper sa monture, doucement. Elle flatta l'encolure du poulain, visiblement peu heureux d'être coupé dans sa course, et le petit groupe entra au pas dans le village en file indienne.
Les allées étaient bondées, les marchands hélaient de-ça de-là les différents voyageurs, tandis que d'autres parlaient simplement entre eux, ou rouspétaient seuls, et l'on entendait toute les voix se mêlant dans un cacophonie insupportable pour Octavie. Les gens marchaient rapidement dans les rues larges, entourées de vieux bâtiments de pierre. Il flottait dans l'air d'étranges odeurs, mêlant de désagréables senteurs, aux fumets des auberges qui auraient bien donné envie aux aventuriers de s'y arrêter quelque peu. La foule se fendait pour laisser passer les cavaliers, sans rien perdre de son agitation et de ses cris. Ils avançaient au ralenti dans la foule, mais une fois la rue principale passée, les passants se raréfièrent, et ils purent avancer à une allure décente. Octavie souffla, passant nonchalamment ses doigts dans la crinière claire de son poulain.
L'agitation qu'ils avaient quitté repris aussitôt une fois qu'ils arrivèrent au port. L'endroit se trouvait sur le bort d'une haute falaise, dans laquelle des pontons avaient soigneusement été sculptés. Au bout de ceux-ci, on voyait déjà bon nombre de bateaux amarrés, leur hauts mâts se hissant dans le ciel, comme déjà prêts à filer tout droit vers les nuages. Une légère ombre vint assombrir le ciel tandis qu'Octavie mettait pied à terre, attachant son cheval au bord du port. Elle flatta son encolure, avant de se diriger vers ce qui semblait être la capitainerie. Elle demanda à un officier traînant devant si un navire se rendait bientôt vers l'archipel, et ce dernier lui indiqua un grand trois-mâts, semblant quelque peu miteux, visiblement le seul à s'y rendre avant une bonne heure. Octavie grimaça, mais remercia quand même l'officier, avant de s'en retourner vers le groupe.
« - Celui-ci s'y rends, annonça-t-elle en pointant le navire du menton, et le prochain ne sera là que dans une heure, au plus tôt. »
Leur bateau de rêve ne paraissait pas en bon état, ce qui n'était pas de bonne augure. Les planches paraissaient vieilles et usées, et on distinguait sur les mâts de larges marques, dont Octavie ne pouvait avec certitude indiquer la provenance. Les voiles dépliées paraissaient sales, et si autrefois elles avaient sans doute été d'un blanc pur, aujourd'hui, elles étaient grisonnante. Le navire figurait à la jeune fille les vieillards qui, leurs jeunes années passées, se persuadaient toujours de pouvoir faire les mêmes actes qu'à leur vingt ans, au risque de se blesser, eux, où les gens alentour.
 
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#45
La vitesse.
Cette sensation folle
Herbes hautes et horizon défilèrent, s'écrasant à l'unisson de part et d'autre du champ de vision d'Antigone qui se cramponna tant bien que mal au buste de son amie. Lee donnait l'impression de tout contrôler ; chaque soubresaut, chaque frôlement, chaque mouvement de la monture qu'il chevauchait. Elle tourna la tête et à travers ses cheveux tourbillonnant elle entrevit tous leurs compagnons, eux aussi au galop.

« C'est un fait, les femmes sont de bien meilleures cavalières que les hommes. Tu en es la preuve vivante, Lee, après tout. » lança-t-elle alors que le rythme se faisait plus paisible. Elle s'approcha un peu plus de son oreille et glissa ; « tu sais, je t'adore, mais j'aime aussi beaucoup le Lee de l'internat. »

Clint ralentissait au fur-et-à-mesure que les remparts se dessinaient droit devant. Ils passèrent de la plaine sauvage au village grouillant sans transition. Le brouhaha et la foule compact la heurtèrent d'un coup d'un seul, et elle fut heureuse – un instant – d’être en hauteur. La foule, les microbes, l'odeur putride. Très peu pour elle. Elle en avait déjà bien assez à l'internat. Le port se dévoila à eux, majestueux. Des dizaines de bateaux flottant attendaient sagement leur heure ; sages froids et inexpressifs autour desquels des centaines de matelots s'affairaient en hurlant.

Que ça devait être beau, d’être né bateau.
Le cheval s'ébroue et s’arrête sous les ordres de son cavalier.
Antigone descend de la monture d'un saut et remercie Lee d'un sourire immense qui bouffe son visage blanc. Tandis qu'Octavie bifurque vers la capitainerie, elle s'approche de Drew. Drew, Drew, Drew ; comment le décrire ? Avec ses cheveux en pétard, sa mine de gamin et la douceur un peu brusque qui fait que voilà ; Drew, c'est Drew, et puis personne d'autre.

« Prêt pour partir à l'aventure Drew ? Explorer des trucs, tuer des monstres, trouver des butins, peut-être même te coiffer les cheveux ?  » Elle lui lance un sourire en coin qui s'évapore peu à peu à même ses lèvres.
« - Celui-ci s'y rends, grince brutalement Octavie en revenant, et le prochain ne sera là que dans une heure, au plus tôt. »

Elle désigne du doigt un navire manifestement bouffé par les ages. Bringuebalant, mal foutu, couvert d'écorchures et de marques de mauvais orages. Antigone étouffe un petit rire en pensant à l'ironie de la situation. Comme s'il avait été mis là juste pour eux. Un bateau abîmé pour un équipage abîmé.
Elle se tourne vers Octavie, sourire-navire voguant sur ses lèvres.

« Je ne sais pas, que veux-tu faire ? Tu as peur qu'il ne tienne pas la route ? Il a pourtant l'air d'avoir essuyé des centaines de catastrophes naturelles. » dit-elle lentement, puis ajoute. « J'ai plus confiance en un bateau aguerri qu'en un nouveau navire qui n'a pas fait ses preuves. Mais je ferais comme vous voudrez. »

S'il faut attendre, elle attendra.
Maniaque, psychiquement défectueuse, neurasthéni que, mais pas impatiente.
oh you're a princess ? but i'm the queen, bitch

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#46
Aujourd’hui c’était dimanche, et dimanche était le jour de la grasse matinée. Dimanche ou pas, Rheia détestait se réveiller tard, elle avait la sensation d’avoir perdu sa matinée. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt disait-on, et c’était totalement vrai. Vers huit heures et demi Rheia commença à se réveiller doucement. Elle ouvrit les yeux même si il faisait encore noir, puis elle s’habilla sans faire de bruit car visiblement Octavie dormait encore. Rheia entrouvrit les volets pour laisser passer un mince filet de lumière, juste assez pour voir mais pas assez pour réveiller sa colocataire, puis elle ouvrit  la fenêtre et tira ses draps pour aérer son lit. 
Elle descendit ensuite dans le réfectoire et prit son déjeuner en vitesse, avala ses deux cachets avant de filer en direction de la salle de bain.
La matinée et l’après-midi passèrent lentement comme toutes les journées dans le manoir. Chaque jours se ressemblaient : tous les repas étaient pris exactement à la même heure, le temps libre semblait durer une éternité et Rheia restait assise dehors dans l’herbe la plupart du temps à lire des livres ou à essayer d’imaginer ce qu’elle ferait le soir à Ethnolia. Cet après-midi justement ils seraient envoyé sur Ethnolia pour dix heures environ, ce qui la réjouissait beaucoup.
Vers 15 heures ce fut l’heure de rejoindre le Deus ex Machina. Rheia regagna son plot avec hâte et brancha les quelques câbles qui trainaient. Pendant que les autres se mettaient en place elle reprit son souffle un instant avant d'être envoyée sur Ethnolia, car  elle s'essoufflait vite et elle avait monté les escaliers menant au laboratoire beaucoup trop rapidement. Quand tout le monde fut en place, le docteur Rixon regagna son post où il tourna quelques boutons et actionna des interrupteurs, et c'était bon. Rheia se sentit tirée vers le haut. Elle adorait cette sensation ; elle se sentait revivre. Quand elle atterrit sur le sol d’Ethnolia, un frisson de bonheur parcouru son échine. À peine eut elle le temps de se remettre de ses émotions que le petit groupe fut assailli d’origamis. Rheia les écarta d'elle avec son bras, puis Clarence en saisit un et lu clairement :
- Le maire du village de Kadsburry, dans l'archipel volant de Bendetto, lance un appel au secours aux mercenaires et aventuriers nomades. Les champs et bois alentours du centre du village sont infestés de monstres qui ravagent les récoltes, et victimes de pillage par ce qui semblerait une organisation humaine. Il propose à ceux qui viennent les dératiser une somme importante.
Tout le monde approuva la mission et sans plus attendre ils enfourchèrent leurs chevaux. Rheia ajusta la selle et donna un coup de bassin à son cheval qui partit au trot. Rheia n’aimait pas particulièrement les chevaux, et à vrai dire la sensation quand ils galopaient lui était totalement désagréable. Mais elle n’avait pas le choix, aussi elle s’efforça de suivre la troupe. 
Bientôt ils arrivèrent dans un village, et avec, un port. Le petit groupe entra au pas dans le village en file indienne. 
Les rues étaient bondées ; un grand nombre de personnes étaient en train de discuter, tandis que d’autres achetaient des produits frais, les marchads interpellaient les voyageurs et, Rheia fut obligée de se détacher brusquement car on lui avait attrapé le bras. Dans l’atmosphère flottait diverses odeurs, de la cannelle au safran en passant par le paprika sans oublier l'odeur de nourriture qui s'échappait des auberges et quelques odeurs désagréables du village. 
Le petit groupe traversa le village au ralenti en se frayant un chemin entre tous les passants. Puis peu à peu les maisons devinrent de moins en moins nombreuses et laissèrent place à un port. Rheia suivit ses camarades qui se dirigeaient vers un navire, un trois-mât plutôt vieux. Super. Octavie se tourna vers la troupe.
- Celui-ci s'y rends, annonça-t-elle en pointant le navire du menton, et le prochain ne sera là que dans une heure, au plus tôt. 
Rheia regarda à nouveau la bateau. Les voiles étaient légèrement grises et usées, le plancher en bois paraissait vieux et elle avait l'impression qu'au moindre petit saut on passerait au travers.
- Je ne sais pas, que veux-tu faire ? Tu as peur qu'il ne tienne pas la route ?, répondit Antigone avec un sourire. Il a pourtant l'air d'avoir essuyé des centaines de catastrophes naturelles.  dit-elle lentement.  J'ai plus confiance en un bateau aguerri qu'en un nouveau navire qui n'a pas fait ses preuves. Mais je ferais comme vous voudrez. 
Rheia regard le groupe, Octavie et Antigone, et puis elle ajouta :
- De toute façon c'est ça ou on attend une heure voir plus. Personnellement je pense qu'on peut y aller, ce n'est pas parce qu'il est un peu abîmé qu'on va couler ! Elle marqua une pause et ajouta : Et puis je pense qu'Antigone a raison, il a l'air d'avoir subi beaucoup de catastrophes et il est toujours là. Alors on y va ?
Le groupe acquiesça et ils embarquèrent sur le navire. Il décolla du sol brusquement, ce qui fit sursauter Rheia. Le bateau monta de plus en plus haut et il alla de plus en plus vite. Elle regarda la terre s'éloigner lentement, les maisons devenaient de plus en plus petites et elle ne voyait déjà plus les hommes dans la ville. Bientôt le navire frôla les nuages, et il s'arrêta de monter. Rheia avait mal aux oreilles, alors elle essaya de bailler le plus possible pour les déboucher.
avatar de xuu la tortue 
 
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#47
Alors... Gaïa avait passé tout ses événements dans une passivité totale. Surprenant hein qu'elle n'est rien eu a dire pendant si longtemps ? Bref. Elle avait passé la matinée a lire un livre qu'un camarade dont elle avait complètement oublié le nom - Josh ? Fred ? Mark ? Oh et puis peu importe- lui avait prêté. Et elle avait beau faire, ce livre était d'un chiant ! Mais bon, n'ayant rien a la télé et étant prise d'une flegme inconsidérable -sûrement liée a la rupture de stock de café au réfectoire- elle décida de s'accrocher et de lire jusqu'à l'après midi. 
Quand elle se réveilla et après avoir essuyer sa bave sur le livre, elle constata qu'il était l'heure de rejoindre le Deus ex Machina.
Gaïa se dirigea donc en fredonnant légèrement au laboratoire. Et lorsqu'elle fut sur Ethnolia elle ressentie encore une fois cette sensation brusque et un peu perturbante. Celle qui lui faisait peur mais l'attirait en même temps.


- Le maire du village de Kadsburry, dans l'archipel volant de Bendetto, lance un appel au secours aux mercenaires et aventuriers nomades. Les champs et bois alentours du centre du village sont infestés de monstres qui ravagent les récoltes, et victimes de pillage par ce qui semblerait une organisation humaine. Il propose à ceux qui viennent les dératiser une somme importante.



Sur son cheval Gaïa se sentait comme Calamity Jane -a supposer qu'elle est eu un cheval- enfin Calamity Jane sans le Jane. Elle suivit la troupe dans un silence qui l'étonnait elle même trop occupée a admirer le paysage -ou repérer des endroits où se cacher si la situation venait a se gâter, on ne sait pas- 
C'était un charmant trou a rat. Bon elle aimait les endroits peuplés mais bizarrement pas celui-là, avec dédain elle considéra les marchands. Dédain qui disparu aussitôt lorsqu'elle vit qu'il y en avait un qui vendait des nectarines. Elle adorait ça ! S'arrêtant et s'éloignant du groupe elle observa les nectarines avec des étoiles dans les yeux "On pourrait juste faire un petit arrêt..." Malheureusement, aussi jolie soit Gaïa le marchand ne semblait pas très motivé a lui céder une de ses nectarines pour ses beaux yeux. Aussi, elle rejoignit le groupe qui se tenait devant un grand navire que Gaïa aurait qualifier de "super flippant", mais là encore elle s'abstint. 


-De toute façon c'est ça ou on attend une heure voir plus. Personnellement je pense qu'on peut y aller, ce n'est pas parce qu'il est un beau abîmé qu'on va couler ! Et puis je pense qu'Antigone a raison, il a l'air d'avoir subi à beaucoup de catastrophes et il est toujours là. Alors on y va ?



"Bien dit" pensa-t-elle puis "Ah merde non ! Pas bien dit ! J'vais pas monter sur ça ?!" Elle blêmit en priant pour que personne ne remarque son teint de vampire. Et lorsque tout le monde monta -avec une certaine réticence il faut l'avouer- elle monta aussi "Vaux mieux mourir accompagnée que seule" pensa -t-elle en grimaçant.
Puis le bateau s'éleva, s'éleva encore et encore et Gaïa se demandait une énième fois si elle était masochiste "De mieux en mieux" pensa-t-elle en fermant les yeux pour éviter qu'ils pleurent avec le vent.


"- Bon c'est certain j'ai peur des bateaux." Dit-elle doucement. 


Encore une chose a rajouter a sa liste. Liste qui devait bien faire un bon kilomètre.

http://img4.hostingpics.net/pics/394990IfIhadaheart.jpg

If I had a heart I could love you
If I had a voice I would sing
.



 
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#48

Il ne l'aurait jamais avoué, même pas pour tout l'or du monde, mais Clarence avait appris à apprécier un minimum Ethnolia. La seule chose qui rendait leurs escapades dans le jeu agréables aux yeux du jeune homme était le sentiment de liberté qui le gagnait sitôt ils n'étaient plus confinés au manoir avec l'ombre de Rixon qui les observait dans les couloirs. Dans Ethnolia, ils pouvaient sentir le vent fouetter leur visage, battre leurs cheveux, les embruns gagner leurs narines, le soleil taper sur leurs peaux opalines, et le sentiment restait toujours galvanisant même pour Clarence qui n'était pourtant pas des plus enthousiastes des séances de jeu.
Sa monture était une belle jument à la robe isabelle qui s'appelait Astrée. Clarence avait un attachement particulier à l'animal, qui était le sien depuis qu'il avait commencé à venir dans l'Ethnolia, huit ans auparavant. Quand ils s'étaient rencontrés pour la première fois, ils étaient pareils : deux petits, perdus, rejetés et abandonnés par leurs parents. Peu importe le monde dans lequel ils se trouvaient, Clarence restait réticent à l'idée de partager son espace personnel de manière aussi rapprochée que chevaucher la même bête à deux ; aussi il était seul sur la selle d'Astrée.
Il regardait droit devant lui, pensif, et pouvait apprécier la vue des longues boucles rouges d'Antigone qui dansaient au rythme de la course, et qui se mêlaient aux mèches bleues de Lee. Plongé dans ses pensées, Clarence ne vit pas le trajet passer, et il se retrouva sur le quai du port des bateaux volants, face à un rafiot apparemment expérimenté qui semblait en angoisser plus d'une (ce qui avait plutôt tendance à amuser le jeune homme)
-Qu'est-ce qu'il se passe Octavie, t'as peur de couler ? Se moqua-t-il en montant sur le pont à la suite de Drew et Rheia.
Toute l'équipe monta sur le pont, les derniers passagers embarquèrent, et l'équipage du navire s'affaira à la préparation du décollage, qui fut assez brutal. Clarence, qui n'avait jamais été à l'aise avec les transports, décida de rester faire les cents pas sur le pont autant que possible, alors que la majorité des passagers étaient rentrés dans l'habitacle aménagé pour eux car l'air s'était considérablement refroidi avec l'altitude. Vaguement nauséeux, il bascula sa tête en arrière, les yeux fermés, pour laisser l'air se balader sur son visage alors qu'il maudissait cette faiblesse notable qui l'avait beaucoup embêté dans le jeu.
Trop absorbé par son travail sur lui-même pour juguler son corps, il ne remarqua pas Antigone qui était elle aussi restée, assise sur le pont. Malheureusement pour le garçon, l'une de ses bottes frôla de trop près les cheveux de sa camarade, et une bonne poignée de cheveux s’empêtrèrent dans les sangles des grosses chaussures de Clarence sans qu'il ne s'en aperçoive. Il fut ramené à la réalité aussitôt qu'il entendit le petit cri étouffé qu'Antigone laissa échapper. Paniqué,ne comprenant pas immédiatement le problème qui se posait, Clarence suspendit immédiatement son geste et garda son pied en l'air alors que ses yeux horrifiés contemplaient les mèches tirées par ses sangles, la tête penchée et l'air crispé d'Antigone qui levait vers lui un regard paniqué.
Très doucement, en silence, avec le maximum de délicatesse dont il pouvait faire preuve, Clarence posa son pied par terre, puis avec la même parcimonie, s'accroupit à son niveau.
-Désolé, commença-t-il d'une voix hésitante. Ça va? Je t'ai pas fait mal?
Sincèrement embêté, et assez perturbé par la proximité soudaine du visage d'Antigone avec le sien, il tenta de démêler ses mèches sans lui faire trop de mal, mais de nombreux petits cheveux étaient vraiment coincés et tendus au maximum. Les petites mains de la jeune fille se frayèrent un passage entre les siennes, qu'il retira presque immédiatement -surpris par le contact froid des doigts de la fille-, et elle essaya à son tour de libérer les boucles folles. Mais il n'y avait rien à faire, les cheveux étaient trop sérieusement empêtrés.
Il voyait bien que l'effarement et la panique gagnaient rapidement Antigone, qui, au vu de ses yeux brillants, semblait réprimer des larmes. Clarence, qui était des plus incompétents avec le contact humain, plus encore avec le contact féminin et davantage (si c'était possible) encore avec celui d'Antigone, ne trouva rien à dire.
-Désolé, répéta-t-il, incapable de dire quoique ce soit d'autre. J'ai pas envie de te faire mal plus longtemps, emm, est-ce que ça te dérangerait qu'on ....coupe.... la mèche?
Bravo Clarence, chapeau, classe, exceptionnel. Tu parles enfin à cette fille qui rythme ta vie depuis 4 ans, et c'est pour lui demander si c'est pas grave de lui couper 5 centimètres épais de cheveux.
Phénoménal.
Bien heureux vous qui pleurez maintenant car vous serez dans la joie
Bien heureux serez-vous si les autres vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion
et tressaillez d'allégresse
car votre récompense 
sera grande dans le ciel

 
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#49
ceci est un post inutile,mais viendez parler à Octavie elle mordra pas cette fois promis

Octavie hocha vaguement la tête en voyant que tout le monde était d'accord pour le vieux rafiot. Si l'argument d'Antigone n'était pas ridicule, les blanches brinquebalant n'étaient guère là pour rassurer la jeune fille. Que le bateau ait essuyé des catastrophes naturelles, c'était bien. Qu'il puisse les amener à bon port, c'était mieux. Octavie emboîta néanmoins le pas aux autres, juste à temps pour entendre la petite pique de Clarence.
« - Qu'est-ce qu'il se passe Octavie, tu as peur de couler ? lança-t-il, moqueur.
- Oh oui, bien sûr, lança la jeune fille en levant les yeux au ciel, [b]tu es teeeellement drôle Clarence, tu devrais te reconvertir plus tard, tu aurais énormément de succès tu sais. »
Elle le suivit malgré tout, mains enfoncées dans les poches de son grand et large manteau. Elle alla rapidement s'enfermer dans l'habitacle prévu pour les voyageurs, s'asseyant, attendant patiemment le décollage qui fût des moins agréables. L'équipage semblait bien heureux de malmener ses passagers, mais cela n'étonna guère Octavie. Elle passa une main dans ses cheveux parme, commença à faire une tresse, puis se souvint que sur Ethnolia, la longueur de ses cheveux était particulièrement réduite, laissant ses cheveux emmêlés en une mèche ridicule plutôt qu'une belle tresse comme elle avait l'habitude d'en faire. Soupirant de lassitude, elle démêla cette ridicule mèche de cheveux, et, au bout de quelques minutes à regarder le mur, Octavie décida qu'aller sur le pont serait une activité bien plus enrichissante.
Elle s'emmitoufla dans son grand manteau noir, enfila ses gants sur ses mains, et sortit. L'air frais vint caresser ses joues, la faisant grelotter quelque peu. Évitant soigneusement Antigone et Clarence, plus proches que jamais – après des années à se tourner autour selon les autres pensionnaires, il était temps – et alla directement à l'avant du bateau. Elle s'assit en tailleur sur une caisse et croisa ses bras sur la rambarde du navire, observant pendant de longues minutes l'océan de nuage qui s'étendait autour d'elle. Passant tout près d'un, elle étendit le bras, espérant le toucher. Elle n'avait jamais vogué ainsi dans les nuages. Les rares fois où elle s'était rendue dans les archipels volants, il avait fait un temps merveilleux, sans un seul nuage cotonneux dans l'étendue bleue. Elle avait déjà pu admirer Ethnolia de haut, mais jamais pu voir un nuage d'aussi près. Octavie referma sa main sur l'air, ne pouvant rien emprisonner dans sa paume.
Puis, elle se ressaisit : si jamais quelqu'un la voyait, à rêvasser ainsi... non, elle ne voulait pas y penser. Elle laissa son bras retomber, et sortit le vieux grimoire d'une poche à l'intérieur de son manteau. Elle le connaissait déjà par cœur, mais ne rechignait jamais à l'idée de le lire, comme les histoires qu'enfant, on lui racontait.
 
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#50
-Combien aurons-nous de temps de trajet, capitaine?
-Bien assez, répliqua celui-ci,
en envoyant à Lee un regard irrité. Je ne vois pas pourquoi ceci intéresserait quelqu'un comme vous.
Le capitaine amena prestement sa cigarette à sa bouche et tira dessus avec force, avant d'exhaler une bouffée qui vint tourbillonner contre le plafond bas.
Lee jeta un regard énervé par les fenêtres, observant l'éclat éblouissant du soleil sur les nuages.
-Ecoutez, triste personnage, reprit-elle en le considérant, les poings sur les hanches. Aussi inexistant mon sekks d'homme soit-il, je n'apprécie guère la façon dont vous me parlez; et, dans le même temps, j'aviserais, si j'avais l'honneur d'être vous, d'éviter d'irriter toute une troupe d'aventuriers mercenaires sur les bords, armés jusqu'aux dents et dont vous ne représentez qu'une partie infime des occupations. De plus, la pauvre serrure de votre coffre ne nous empêcherait guère de venir récupérer le prix de notre traversée, si dès lors, il s'avérait que le seul détenteur de la clé, à savoir vous, se retrouve à essayer d'apprendre à voler à des dizaines de centaines de pieds au-dessus du sol.
Elle s'avança à la hauteur du capitaine, qui la considérait à présent avec un air méfiant et assez apeuré, les mains crispées sur les boutons de son manteau bleu de capitaine.
Lee prit la cigarette du capitaine, l'apporta à ses lèvres carmines, inspira longuement, puis, les lèvres serrées, elle l'écrasa dans sa tasse de thé, lui prit deux sucres des doigts, puis lui souffla la fumée à la figure.
-Nous nous reverrons lorsque vous serez devenu plus civil, mon capitaine.
Et, sans se retourner, elle ouvrit la porte d'un coup de pied et se dirigea vers les écuries.

Le bateau tanguait sur les nuages; certes il n'y avait pas de vagues, mais le vent était variable, si bien que le bâtiment roulait tout de même, alternant entre poupe et proue, et rendant la traversée des écuries un véritable challenge. Faisant claquer ses talonnettes et écartant les bras, Lee se rendit du mieux qu'elle put vers le box où, soufflant d'inconfort, Clint tentait de rester calme. Elle s'approcha de lui, bien que sur le passage, elle eût laissé deux moitiés de sucre sur les portes du poulain d'Octavie et sur la magnifique monture isabelle de Clarence. Le dernier sucre, elle le tendit à Clint. Il s'approcha aussitôt, remuant les oreilles, tournant la tête pour mieux la voir.
-Mais oui, gros débile, c'est moi, lui chuchota-t-elle d'un ton affectueux.
Il se hâta de happer le morceau de sucre, chatouillant sa main avec ses grosses lèvres. Elle lui grattouilla le menton, puis le prit et l'attira pour lui déposer un court baiser sur le nez, effleurant la peau douce et parfumée de ses naseaux.
Les lèvres contre le délicat nez de son cheval, elle murmura:
-Excuse-moi, Clint. La vie d'aveugle me terrifie, et je ne serais pas surprise de me surprendre à embrasser l'eau froide du contrebas du manoir, si d'aventure mes yeux en venaient à me quitter. Si c'en était le cas, je ne pourrais plus t'apporter de sucres. Espérons que ton pauvre cerveau m'oublierait; j'ai entendu dire que les chevaux n'étaient pas aussi intelligents que tu le laisses supposer, partenaire.
Clint ne lui caressa pas tendrement le visage; il était un cheval, non une créature anthropomorphe et canine comme on en voyait dans les dessins animés. Fidèle à sa condition équine, il sortit la tête de son box, et, posant sa tête au niveau des hanches de Lee, il la caressa rudement, de haut en bas, manquant de la faire tomber. Elle laissa échapper un cri et se raccrocha à son imposant cou, pendant qu'il se frottait encore gauchement à elle.
-Espèce de gros débile, répéta-t-il. Espèce de gros...
Elle regarda les crins de Clint, gros et noirs; elle regarda ses yeux aux longs cils, son cou musclé, son odeur boisée et forte. Elle regarda tant qu'elle pouvait.
Et puis elle enfouit son visage dans sa crinière, huma un peu son odeur, et fondit en larmes.
http://image.noelshack.com/fichiers/2015/30/1437347687-tumblr-nqx727nd5p1tuy5mao1-1280.jpg
 
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