Lorsque Gabriel se mit à se préparer, Lee commençait un peu à émerger de son sommeil. Cependant, il restait enroulé dans ses draps, le nez contre son coussin, savourant de ne rien faire, et nullement pressé d'ouvrir les yeux. Le noir du matin était le même pour tout le monde. Il voulait profiter de ses derniers instants de normalité, avant de retrouver son océan de flou habituel.
Il se frottait toujours le visage contre son coussin, savourant la délicieuse douceur du tissus, quand Gabriel murmura un "bonjour" poli et attentionné. Il sourit dans ses draps. Gabriel était vraiment un colocataire de rêve.
Il resta quelques heures à zoner après son départ, puis se laissa finalement glisser hors de son lit. Il s'habilla avec soin, palpant les étiquettes pour ne pas mettre son uniforme à l'envers, se faisant mal aux yeux en essayant des les distinguer.
Il voulait bien être ridicule, mais quand il le décidait. Et il était hors de question qu'on le raille à son insu.
Lee descendit déjeuner un peu tard, savourant des oeufs brouillés, puis partit dans le bureau de l'intendante en chef, Mrs Dimwitt. Il passa trois quarts d'heure à négocier, puis remplit un papier.
Sur le haut du papier, à l'encre noire, il écrivit "Bobby".
La tension le rendait tout excité.
Lorsqu'il en fut sorti, il partit rejoindre le reste de son groupe, par réflexe et par envie de s'amuser un peu. Aussitôt, il fut attaqué par Drew qui tenta de le noyer sous un flot de paroles.
-Si c'est pas le Soleil de ma vie, mon unique raison de respirer, ma moitié à la vie à la mort ! Myrtille ! Bien dormis mon amour ? Rassasié jusqu'au déjeuner ? Les tartines étaient-elles grillées à ta convenance ? BLA BLA BLA BLA BLA, laisse moi te guider, ça serait bête que tu meurt en trébuchant sur une chaussette qui traînait sur le chemin, n'est-ce pas ?
Lee, tout étonné, se laissa entraîner, considérant avec curiosité le garçon accroché à son bras. Avec une petite moue, il se demanda si c'était vraiment l'effet que faisait un moulin à paroles aux gens.
Alors que Drew parlait encore et encore, écartant Lee d'obstacles qu'il n'avait même pas remarqué, et l'ayant tout juste ouvert d'une fenêtre beaucoup trop transparente et grand ouverte, il se pencha à son oreille droite, la sourde, et lui répondit tranquillement:
-T'es un peu trop jeune pour moi, petit, je suis désolé, surtout que j'aime bien t'écouter piailler. Mais si un jour t'as besoin de quelque chose pour boucher ton claque-merde, fais-moi signe.
Et puis ensuite, constatant que Drew n'avait rien entendu et continuait de piailler, il éclata de rire.
Lee était méchant avec lui, mais Drew était quand même franchement adorable, aussi se laissa-t-il porter allègrement pendant encore quinze jolies minutes.
Et puis il fut l'heure de se rendre au Deus Ex Machina. A la queue leu leu avec son groupe, ils pénétrèrent tous dans l'immense salle sombre, au plafond beaucoup trop haut et aux lumières crues de néons.
La majorité de l'intérêt passant dans la machine, Rixon avait préféré reprendre une vieille salle de son manoir -c'était probablement une ancienne salle de pratique de la religion catholique, à en juger par les murs froids et beaucoup trop hauts, et l'écho qui les mettait mal à l'aise.
Lee s'approcha de son poste, se pencha, et brancha quelques fils; puis il enfila les gants, froids, et posa le casque sur son nez. Puis, devançant tout le monde, il s'assit par terre. Il allait passer une heure à comater; autant ne pas la passer en position debout.
Il grimaça lorsqu'il fut aspiré; et puis, dans une immense expiration, il retrouva enfin le corps qu'il attendait toujours.
C'était toujours bizarre de se retransformer en fille.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il fut parcouru d'un frisson. Il voyait tout. Loin. Précisément. Du brin d'herbe à l'abeille, à des vingtaines de kilomètres de là. Son personnage avait la meilleure vue de tout le continent d'Ethnolia. C'était mieux qu'un rêve; c'était un fantasme.
Il entendit tout le monde rectifier son équipement et parler de leurs quêtes. Il écarta nerveusement un origami d'autour de lui.
Il vit passer sa main, plus fine, plus délicate. Oh, c'est vrai, elle oubliait à chaque fois.
Lee étira ses épaules, puis elle se tourna vers tout le monde; elle sentit ses cheveux plus longs et irréguliers caresser son cou.
Se retournant, elle vit arriver son cheval, Clint. C'était un énorme double-poney, trapu, massif, lourd, qui courait vite et dont la crinière était taillée avec soin. Il était large, pour que Lee puisse être installée confortablement et tenir rien qu'à la force de ses jambes, utilisant ses bras pour tirer avec l'arc qui lui chatouillait le dos. En quelques pas, elle le rejoignit et lui sauta sur la selle. Le cheval frémit et tapa du pied.
Elle entendit Drew grogner. Il semblait trouver les chevaux idiots.
Lee tapota le flanc de sa monture. C'était vrai. Les chevaux ne volaient pas haut. Mais ils n'en étaient pas moins des bêtes bien pratiques.
Elle regarda en bas, ceux qui étaient encore à terre.
-Si quelqu'un veut monter, y'a de la place, lança-t-elle, plus sèchement.
Lee d'Ethnolia était beaucoup moins apte à la plaisanterie.
Il se frottait toujours le visage contre son coussin, savourant la délicieuse douceur du tissus, quand Gabriel murmura un "bonjour" poli et attentionné. Il sourit dans ses draps. Gabriel était vraiment un colocataire de rêve.
Il resta quelques heures à zoner après son départ, puis se laissa finalement glisser hors de son lit. Il s'habilla avec soin, palpant les étiquettes pour ne pas mettre son uniforme à l'envers, se faisant mal aux yeux en essayant des les distinguer.
Il voulait bien être ridicule, mais quand il le décidait. Et il était hors de question qu'on le raille à son insu.
Lee descendit déjeuner un peu tard, savourant des oeufs brouillés, puis partit dans le bureau de l'intendante en chef, Mrs Dimwitt. Il passa trois quarts d'heure à négocier, puis remplit un papier.
Sur le haut du papier, à l'encre noire, il écrivit "Bobby".
La tension le rendait tout excité.
Lorsqu'il en fut sorti, il partit rejoindre le reste de son groupe, par réflexe et par envie de s'amuser un peu. Aussitôt, il fut attaqué par Drew qui tenta de le noyer sous un flot de paroles.
-Si c'est pas le Soleil de ma vie, mon unique raison de respirer, ma moitié à la vie à la mort ! Myrtille ! Bien dormis mon amour ? Rassasié jusqu'au déjeuner ? Les tartines étaient-elles grillées à ta convenance ? BLA BLA BLA BLA BLA, laisse moi te guider, ça serait bête que tu meurt en trébuchant sur une chaussette qui traînait sur le chemin, n'est-ce pas ?
Lee, tout étonné, se laissa entraîner, considérant avec curiosité le garçon accroché à son bras. Avec une petite moue, il se demanda si c'était vraiment l'effet que faisait un moulin à paroles aux gens.
Alors que Drew parlait encore et encore, écartant Lee d'obstacles qu'il n'avait même pas remarqué, et l'ayant tout juste ouvert d'une fenêtre beaucoup trop transparente et grand ouverte, il se pencha à son oreille droite, la sourde, et lui répondit tranquillement:
-T'es un peu trop jeune pour moi, petit, je suis désolé, surtout que j'aime bien t'écouter piailler. Mais si un jour t'as besoin de quelque chose pour boucher ton claque-merde, fais-moi signe.
Et puis ensuite, constatant que Drew n'avait rien entendu et continuait de piailler, il éclata de rire.
Lee était méchant avec lui, mais Drew était quand même franchement adorable, aussi se laissa-t-il porter allègrement pendant encore quinze jolies minutes.
Et puis il fut l'heure de se rendre au Deus Ex Machina. A la queue leu leu avec son groupe, ils pénétrèrent tous dans l'immense salle sombre, au plafond beaucoup trop haut et aux lumières crues de néons.
La majorité de l'intérêt passant dans la machine, Rixon avait préféré reprendre une vieille salle de son manoir -c'était probablement une ancienne salle de pratique de la religion catholique, à en juger par les murs froids et beaucoup trop hauts, et l'écho qui les mettait mal à l'aise.
Lee s'approcha de son poste, se pencha, et brancha quelques fils; puis il enfila les gants, froids, et posa le casque sur son nez. Puis, devançant tout le monde, il s'assit par terre. Il allait passer une heure à comater; autant ne pas la passer en position debout.
Il grimaça lorsqu'il fut aspiré; et puis, dans une immense expiration, il retrouva enfin le corps qu'il attendait toujours.
C'était toujours bizarre de se retransformer en fille.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il fut parcouru d'un frisson. Il voyait tout. Loin. Précisément. Du brin d'herbe à l'abeille, à des vingtaines de kilomètres de là. Son personnage avait la meilleure vue de tout le continent d'Ethnolia. C'était mieux qu'un rêve; c'était un fantasme.
Il entendit tout le monde rectifier son équipement et parler de leurs quêtes. Il écarta nerveusement un origami d'autour de lui.
Il vit passer sa main, plus fine, plus délicate. Oh, c'est vrai, elle oubliait à chaque fois.
Lee étira ses épaules, puis elle se tourna vers tout le monde; elle sentit ses cheveux plus longs et irréguliers caresser son cou.
Se retournant, elle vit arriver son cheval, Clint. C'était un énorme double-poney, trapu, massif, lourd, qui courait vite et dont la crinière était taillée avec soin. Il était large, pour que Lee puisse être installée confortablement et tenir rien qu'à la force de ses jambes, utilisant ses bras pour tirer avec l'arc qui lui chatouillait le dos. En quelques pas, elle le rejoignit et lui sauta sur la selle. Le cheval frémit et tapa du pied.
Elle entendit Drew grogner. Il semblait trouver les chevaux idiots.
Lee tapota le flanc de sa monture. C'était vrai. Les chevaux ne volaient pas haut. Mais ils n'en étaient pas moins des bêtes bien pratiques.
Elle regarda en bas, ceux qui étaient encore à terre.
-Si quelqu'un veut monter, y'a de la place, lança-t-elle, plus sèchement.
Lee d'Ethnolia était beaucoup moins apte à la plaisanterie.






