15-12-2015, 0:48
Les plombs avaient sauté et un vent de panique avait donc secoué tous les petits habitants du manoir désormais plongé dans le noir (sauf Lee, pour qui la situation restait approximativement la même qu'avant). Tous les enfants qui s'étaient courageusement cachés s'éparpillèrent dans l'effroi, leurs cris éclatant comme des dizaines de bulles sonores dans les grands corridors du manoir qui avaient été des plus silencieux pendant un certain temps. S'il y avait bien un truc que Clarence détestait, c'était le bruit. Et là, il était servi. Grommellant, il enfonça par réflexe sa tête dans ses épaules.
Depuis leur cachette, Lee et lui entendirent le vieil Émile et la grosse Garance hausser la voix dans une vaine tentative de ramener le calme parmi les moussaillons effarés qu'étaient les pensionnaires de ce qui semblait à cet instant précis être un bateau au bord du naufrage. Clarence crut distinguer la voix de Rixon qui, contrairement à son armada de surveillants, restait calme et méthodique en organisant un rassemblement dans la salle commune. Alors que les battues à travers les couloirs ramenaient chaque fois plus d'enfants perdus qui piaillaient à chaque nouvel coup de tonnerre, Clarence décréta qu'il était temps de décamper d'ici. Il extirpa tant bien que mal son mètre quatre-vingt-douze de l'exigu abri qu'ils avaient trouvé. Après avoir aidé Lee à se relever, il lui tapota vaguement l'épaule :
-Désolé mais tu vas devoir t'en remettre à ton caniche à partir de maintenant, je vais profiter de ce bordel pour aller me coucher. Ciao.
D'un geste fluide, Clarence fit volte-face, bien déterminé à regagner sa chambre pour s'y installer tranquillement, et profiter de l'absence de Drew dans leur chambre pour lire. En. Silence.
God Bless.
Sauf que. Les deux livres qu'il préférait avaient été oubliés à la bibliothèque le matin même. Merde. Marmonnant, il fit demi-tour, re-croisa un Lee un peu hagard. Du haut des marches, accroupi, il guetta le moment où la grosse Garance, Émile et Rixon se répartissaient une énième fois dans les couloirs pour faire le dernier ratissage, lui laissant le champ libre dans le hall désert (passage obligé pour aller à la bibliothèque) puis dévala les escaliers à toute vitesse. Pendant quelques secondes il fut comme replongé en enfance, pendant ses premières années ici, lors desquelles son insouciance et sa vivacité d'enfant n'avaient pas encore totalement disparu ; il se revit jouer aux espions avec Mark et William, l'un maintenant mort, enterré et décomposé depuis longtemps, et l'autre disparu à tout jamais dans le jeu. Il se prit à s'accroupir à nouveau au pied des marches, se déplaçant à la manière d'un espion sur quelques mètres avant de se relever, sourire un peu, et reprendre sa route sur la pointe des pieds vers la bibliothèque. Il ne s'expliquait plus trop ces quelques éclat de bonheur qui lui parvenaient parfois, bien qu'ils se fassent de plus en plus rares les années s'écoulant.
Lorsque la porte de la bibliothèque tourna bruyamment sur ses gonds, il maudit la piètre qualité de l'entretien de cette foutue porte et s'engouffra rapidement dans les entrailles sombres de l'immense pièce. L'air était comme d'habitude embaumé de l'odeur presque végétale du mélange subtil de la poussière, du renfermé et des vieilles pages de grimoires. Inconsciemment, rassuré par l'idée qu'il était seul, il se laisser à aller à un léger sifflement en cadence de la valse n°2 de Chostakovitch, chanson qui tenait très à coeur à Rixon depuis toujours, et au gré de laquelle il avait finalement grandi. L'atmosphère du manoir était si différente lorsqu'il était si silencieux, plongé dans l'obscurité. Ça lui rappelait ses premières nuits à s'échapper de la chaleur de son édredon pour apprécier comme il le faisait présentement l'immensité grandiose imperturbable et si calme du manoir en pleine nuit.
Ses yeux plissés, le jeune homme cherchait tant bien que mal le livre qui l'intéressait parmi les rayonnages quand le petit bruit sourd d'un livre qui heurte le sol brisa le silence et le fit s'arrêter soudainement de siffler.
C'était soudainement plus angoissant.
-Y'a quelqu'un? demanda-t-il, tendu, sur la défensive, prêt à en découdre.
Depuis leur cachette, Lee et lui entendirent le vieil Émile et la grosse Garance hausser la voix dans une vaine tentative de ramener le calme parmi les moussaillons effarés qu'étaient les pensionnaires de ce qui semblait à cet instant précis être un bateau au bord du naufrage. Clarence crut distinguer la voix de Rixon qui, contrairement à son armada de surveillants, restait calme et méthodique en organisant un rassemblement dans la salle commune. Alors que les battues à travers les couloirs ramenaient chaque fois plus d'enfants perdus qui piaillaient à chaque nouvel coup de tonnerre, Clarence décréta qu'il était temps de décamper d'ici. Il extirpa tant bien que mal son mètre quatre-vingt-douze de l'exigu abri qu'ils avaient trouvé. Après avoir aidé Lee à se relever, il lui tapota vaguement l'épaule :
-Désolé mais tu vas devoir t'en remettre à ton caniche à partir de maintenant, je vais profiter de ce bordel pour aller me coucher. Ciao.
D'un geste fluide, Clarence fit volte-face, bien déterminé à regagner sa chambre pour s'y installer tranquillement, et profiter de l'absence de Drew dans leur chambre pour lire. En. Silence.
God Bless.
Sauf que. Les deux livres qu'il préférait avaient été oubliés à la bibliothèque le matin même. Merde. Marmonnant, il fit demi-tour, re-croisa un Lee un peu hagard. Du haut des marches, accroupi, il guetta le moment où la grosse Garance, Émile et Rixon se répartissaient une énième fois dans les couloirs pour faire le dernier ratissage, lui laissant le champ libre dans le hall désert (passage obligé pour aller à la bibliothèque) puis dévala les escaliers à toute vitesse. Pendant quelques secondes il fut comme replongé en enfance, pendant ses premières années ici, lors desquelles son insouciance et sa vivacité d'enfant n'avaient pas encore totalement disparu ; il se revit jouer aux espions avec Mark et William, l'un maintenant mort, enterré et décomposé depuis longtemps, et l'autre disparu à tout jamais dans le jeu. Il se prit à s'accroupir à nouveau au pied des marches, se déplaçant à la manière d'un espion sur quelques mètres avant de se relever, sourire un peu, et reprendre sa route sur la pointe des pieds vers la bibliothèque. Il ne s'expliquait plus trop ces quelques éclat de bonheur qui lui parvenaient parfois, bien qu'ils se fassent de plus en plus rares les années s'écoulant.
Lorsque la porte de la bibliothèque tourna bruyamment sur ses gonds, il maudit la piètre qualité de l'entretien de cette foutue porte et s'engouffra rapidement dans les entrailles sombres de l'immense pièce. L'air était comme d'habitude embaumé de l'odeur presque végétale du mélange subtil de la poussière, du renfermé et des vieilles pages de grimoires. Inconsciemment, rassuré par l'idée qu'il était seul, il se laisser à aller à un léger sifflement en cadence de la valse n°2 de Chostakovitch, chanson qui tenait très à coeur à Rixon depuis toujours, et au gré de laquelle il avait finalement grandi. L'atmosphère du manoir était si différente lorsqu'il était si silencieux, plongé dans l'obscurité. Ça lui rappelait ses premières nuits à s'échapper de la chaleur de son édredon pour apprécier comme il le faisait présentement l'immensité grandiose imperturbable et si calme du manoir en pleine nuit.
Ses yeux plissés, le jeune homme cherchait tant bien que mal le livre qui l'intéressait parmi les rayonnages quand le petit bruit sourd d'un livre qui heurte le sol brisa le silence et le fit s'arrêter soudainement de siffler.
C'était soudainement plus angoissant.
-Y'a quelqu'un? demanda-t-il, tendu, sur la défensive, prêt à en découdre.
Bien heureux vous qui pleurez maintenant car vous serez dans la joie
Bien heureux serez-vous si les autres vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion
Bien heureux serez-vous si les autres vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion
et tressaillez d'allégresse
car votre récompense
sera grande dans le ciel
car votre récompense
sera grande dans le ciel





