-Clarence.
Antigone. Malgré la grande douceur de sa voix, Clarence sursaute quand même. Il ne s'est pas vraiment préparé à gérer un "moment Antigone" à ce moment-là. La panique monte rapidement en lieu, comme toujours, comme un geyser brûlant et irrépressible.
-Tu aurais du feu ? demande-t-elle avant de s'asseoir paisiblement à côté de lui.
Clarence aurait bien aimé l'envoyer se faire voir, rester seul à continuer de broyer du noir. Il l'aurait fait pour n'importe qui d'autre : Rheia, Lee, Milos... Mais c'était d'Antigone dont on parlait. C'était pas pareil, jamais pareil, quand c'était elle.
Tout en sortant son briquet qu'il tend à sa camarade sans lui lâcher un mot ni un regard, le gars se demande ce qui a pris à Antigone. Ça doit être en lien avec tout ce qui s'est passé dans le jeu l'après-midi même, moments pendant lesquels la promiscuité avait rendu difficile le camouflage d'émotions et sentiments un peu encombrants. Rien que d'y penser, Clarence en avait à la fois des fourmis au creux du ventre et un sorte d'embarras rampant.
Antigone allume sa cigarette, lui rend son briquet, et fume en silence. Les yeux rivés vers l'immensité de l'océan plongé dans l'obscurité nébuleuse de la nuit, Clarence se dit qu'Antigone reste silencieuse pour lui.Elle sait bien qu'il est pas très bavard, pas très doué avec les banalités. Qu'il est lui, quoi. Nul, grognon, pas très loquace, irrité et irritable.
En fait, il a toujours eu l'impression qu'Antigone savait lire les gens aussi bien que ses vieux bouquins, et plus particulièrement lui. Mais, même si elle lui offre sa compagnie silencieuse en essayant sûrement de se persuader elle-même que ne rien dire ne la dérange pas, il sait qu'elle n'est pas à sa plus grande aise.
Pourtant, les cheveux qu'il sent balancés par le vent glisser sur sa clavicule, puis caresser ses épaules paraissent à ce moment aussi intimes qu'une chaleureuse accolade. Au final, c'est lui qui en arrive à être gêné par le silence qu'il a lui même instauré comme une règle tacite, sacrosainte, tenace.
-"Faits comme des rats de laboratoire" c'est la sensation au goût amer qu'une mort ethnolienne me laisse dans la bouche. Tu vois, je déteste crever dans ce jeu à la con, parce que ça me fait encore plus prendre conscience que je suis entre la vie et la mort. Genre, trop près de l'un mais trop loin de l'autre. On est coincés ici sans autre issue qu'une mort qui tarde à venir. Ça fout la haine.
Il s'arrête. Ça faisait longtemps qu'il avait lâché une si longue tirade en vrai. Puis, réalisant le ridicule de la situation (sa vie ? ce moment précis ? être avec Antigone et lui vomir sa rancoeur de suicidaire peureux? il ne savait pas vraiment) il rit et se laisse tomber dans l'herbe, allongé sur le dos.
-On est vraiment des rats de laboratoire. Sans passé, sans présent, sans avenir.
Mine de rien Clarence, tu captes que ça fait du bien d'ouvrir les vannes, de balancer ta rancune du monde à quelqu'un qui s'en fout peut-être pas mal, ou qui a vécu pire que toi.
À peine t'as fini de parler et de plomber l'ambiance que la pluie commence à tomber. Une petite bruine au début, puis une averse, un véritable torrent.
Clarence jette sa cigarette, se relève, prêt à courir vers le manoir. Mais Antigone. Tu l'as presque oublié, Clarence, abruti.
Chevalier dans l'âme (c'est le seul truc stupide qu'il trouve à faire, en fait), il lui balance son veston d'uniforme sur la tête et les deux pensionnaires courent l'internat à travers la pelouse boueuse qui éclabousse leurs pantalons. La traversée du jardin est un véritable périple, et quand ils se ruent à l'intérieur du hall face à quelques élèves hagards et surpris, ils sont trempés et dégoulinant de pluie, les chaussures pleines de boue.
Antigone. Malgré la grande douceur de sa voix, Clarence sursaute quand même. Il ne s'est pas vraiment préparé à gérer un "moment Antigone" à ce moment-là. La panique monte rapidement en lieu, comme toujours, comme un geyser brûlant et irrépressible.
-Tu aurais du feu ? demande-t-elle avant de s'asseoir paisiblement à côté de lui.
Clarence aurait bien aimé l'envoyer se faire voir, rester seul à continuer de broyer du noir. Il l'aurait fait pour n'importe qui d'autre : Rheia, Lee, Milos... Mais c'était d'Antigone dont on parlait. C'était pas pareil, jamais pareil, quand c'était elle.
Tout en sortant son briquet qu'il tend à sa camarade sans lui lâcher un mot ni un regard, le gars se demande ce qui a pris à Antigone. Ça doit être en lien avec tout ce qui s'est passé dans le jeu l'après-midi même, moments pendant lesquels la promiscuité avait rendu difficile le camouflage d'émotions et sentiments un peu encombrants. Rien que d'y penser, Clarence en avait à la fois des fourmis au creux du ventre et un sorte d'embarras rampant.
Antigone allume sa cigarette, lui rend son briquet, et fume en silence. Les yeux rivés vers l'immensité de l'océan plongé dans l'obscurité nébuleuse de la nuit, Clarence se dit qu'Antigone reste silencieuse pour lui.Elle sait bien qu'il est pas très bavard, pas très doué avec les banalités. Qu'il est lui, quoi. Nul, grognon, pas très loquace, irrité et irritable.
En fait, il a toujours eu l'impression qu'Antigone savait lire les gens aussi bien que ses vieux bouquins, et plus particulièrement lui. Mais, même si elle lui offre sa compagnie silencieuse en essayant sûrement de se persuader elle-même que ne rien dire ne la dérange pas, il sait qu'elle n'est pas à sa plus grande aise.
Pourtant, les cheveux qu'il sent balancés par le vent glisser sur sa clavicule, puis caresser ses épaules paraissent à ce moment aussi intimes qu'une chaleureuse accolade. Au final, c'est lui qui en arrive à être gêné par le silence qu'il a lui même instauré comme une règle tacite, sacrosainte, tenace.
-"Faits comme des rats de laboratoire" c'est la sensation au goût amer qu'une mort ethnolienne me laisse dans la bouche. Tu vois, je déteste crever dans ce jeu à la con, parce que ça me fait encore plus prendre conscience que je suis entre la vie et la mort. Genre, trop près de l'un mais trop loin de l'autre. On est coincés ici sans autre issue qu'une mort qui tarde à venir. Ça fout la haine.
Il s'arrête. Ça faisait longtemps qu'il avait lâché une si longue tirade en vrai. Puis, réalisant le ridicule de la situation (sa vie ? ce moment précis ? être avec Antigone et lui vomir sa rancoeur de suicidaire peureux? il ne savait pas vraiment) il rit et se laisse tomber dans l'herbe, allongé sur le dos.
-On est vraiment des rats de laboratoire. Sans passé, sans présent, sans avenir.
Mine de rien Clarence, tu captes que ça fait du bien d'ouvrir les vannes, de balancer ta rancune du monde à quelqu'un qui s'en fout peut-être pas mal, ou qui a vécu pire que toi.
À peine t'as fini de parler et de plomber l'ambiance que la pluie commence à tomber. Une petite bruine au début, puis une averse, un véritable torrent.
Clarence jette sa cigarette, se relève, prêt à courir vers le manoir. Mais Antigone. Tu l'as presque oublié, Clarence, abruti.
Chevalier dans l'âme (c'est le seul truc stupide qu'il trouve à faire, en fait), il lui balance son veston d'uniforme sur la tête et les deux pensionnaires courent l'internat à travers la pelouse boueuse qui éclabousse leurs pantalons. La traversée du jardin est un véritable périple, et quand ils se ruent à l'intérieur du hall face à quelques élèves hagards et surpris, ils sont trempés et dégoulinant de pluie, les chaussures pleines de boue.
Bien heureux vous qui pleurez maintenant car vous serez dans la joie
Bien heureux serez-vous si les autres vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion
Bien heureux serez-vous si les autres vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion
et tressaillez d'allégresse
car votre récompense
sera grande dans le ciel
car votre récompense
sera grande dans le ciel



