Enfermé à moitié sous son rocher, Robie repensait aux instants glorieux des débuts de Jeux. Il avait commencé avec un cul bordé de nouilles, sachant que l'Arène était pleine d'eau, d'une eau profonde et belle qu'ils avaient tous à franchir pour arriver à la Corne. Évidemment le beau blond avait passé cette épreuve haut la main et était arrivé le premier à l'endroit béni, merci le district. Ensuite, il avait eu le temps de tuer quelques districts, puis de prendre possession de l'intérieur du coffre au trésor du début des Jeux avec une alliée dotée par Dame Nature des bonnes choses partout où il fallait, et de surcroît douée pour la bagarre. C'était ensuite que tout se dégradait. Premièrement, une partie de l'Arène avait été aux prises à un air pollué, rempli de poison. Deuxièmement, pour compliquer les choses, les juges avaient provoqué l'irruption d'un des Volcans disposés un peu partout cette année dans leur prison, volcan qui en plus de cracher des coulées de laves lançaient des cailloux allant de gros comme le poing à lourd comme une table. Et pour finir, Roxane, jusqu'alors utile pour la bataille, au moins, avait trouvé ça malin de se faire exploser le bras par un de ses petits projectiles vivants. La vérité était que bien qu'elle soit au goût de Robie il ne comprenait pas pourquoi il ne l'avait pas encore décapité. Question qu'il se répéta fortement lorsque celle-ci crut nécessaire d'ouvrir la bouche.
- Je dois me faire un garrot, je perd trop de sang ...
Merci cocotte mais la faute à qui ?
Se tournant en soupirant vers son allié estropiée, l'adolescent la vit retirer veste et T-shirt pour se servir de celui-ci comme pansement de fortune. Tout en l'aidant à serrer -enfin en faisant tout le travail à vrai dire, Roxane étant particulièrement inutile avec un bras en moins-, Robie ne se gênait pas pour se rincer l’œil, sachant pertinemment que la jeune femme, gênée par la situation et encore honteuse de s'être laissée prendre par le piège des juges, ne le regarderait pas mais fixerait le sol, chose qu'elle fit évidemment. Puis, quand ce fut chose faite, il se détourna, le visage impassible malgré la pensée qui tournait en boucle dans sa tête -c'est à dire : comment serait-elle sans soutien-gorge ?- et lui balança sèchement :
- Voilà, ça devrait aller.
Quelques instants plus tard, quand il vérifia, l'hémorragie s'était effectivement arrêtée et le sol de leur abri ne recevait plus aucune goutte de sang poisseux.
Robie, allongé de manière très inconfortable, fixait le plafond en espérant que le volcan déciderait enfin qu'il était temps d'arrêter de cracher, quand il entendit un bruit tout prêt. Se redressant en saisissant un des couteaux accrochés à sa ceinture, il regarda ce que c'était. Il observa alors une adolescente passée la tête puis tout le haut de son corps, les mains levées, la tête figée en un rictus mêlant la peur et la surprise, qui leur lança à toute vitesse, se rendant bien compte de la précarité de sa situation :
- Réfléchissez avant de tuer. Ça devrait être la devise de tous !
C'était sûr que dans le monde réel cette devise aurait été parfaitement adaptée. Malheureusement pour ce pauvre tribu du 1, soit la diva au sèche-cheveux, ils étaient dans les Hunger Games là. Passant devant Roxane qui se recula elle contre la paroi, remarquant parfaitement son inutilité au combat, armé jusqu'aux dents, Robie s'apprêtait à le lui montrer lorsqu'il entendit un énorme bruit dehors, tout prêt. Puis ils le virent, lui et Roxane, l'énorme rocher qui s'était abattu à deux pas de leur abri, en obstruant la moitié. Et alors que l'information montait à leur cerveau comme quoi il avait un corps du district des riches qui dépassait, un cri énorme, vibrant de terreur et de douleur retentit dans le faible espace restant, vibrant contre les murs et venant exploser dans leurs oreilles. Alors, l'adolescent, bien que peu émotif, eut quand même de la peine pour la blondasse qui, après quelques heures à peine passées dans l'Arène, s'était faite écraser et allait maintenant mourir sans avoir rien pu faire.
- T'inquiètes, ça sera rapide.
Il avait beau vouloir survivre, Robie était seulement un tueur, pas un bourreau. Alors, rampant pour arriver à la hauteur de l'adolescente, il lui bloqua d'abord les bras puis, comme le hurlement s'était arrêté, il lui susurra :
- Tu préfères mourir maintenant ou agoniser jusqu'à la fin de l'irruption et que je te tranche la gorge à ce moment-là ?
Dans tous les cas, il la tuerait maintenant. Mais par cette phrase, il voulait juste lui donner l'occasion de s'exprimer une dernière fois. Après tout, combien de tribus n'avait pas cette chance dans les Jeux de la Faim ? Beaucoup. Et ce luxe pouvait être accepter comme un cadeau, surtout de la part d'un guerrier tel que lui. Mais c'était justement parce qu'il était un combattant qu'il savait qu'elle-même était une tigresse, et sans ses dommages collatéraux subit par l'Arène en elle-même, la folie qu'il pouvait lire dans ce regard aurait été intéressante et éprouvante à affronter, c'était certain.