Et Kaleb, comme il se le devait, sûrement parce qu'on lui avait tendu un énorme piège, avait manqué de crever sous l'impact des armes multiples et variées qu'Anastasia avait usé sur lui. Comme par exemple une gourde. C'était douloureux, d'ailleurs, de se prendre une gourde dans la tête. Plus douloureux que de se faire frapper à la matraque. Qui l'eut cru ?
- MAIS JE FAIS QUE CE QU'ON ME DEMANDE ! Protesta Kaleb, en se protégeant la tête pour se jeter en dehors de la tente, en évitant habilement les projectiles que lui lançait l'autre folle-à-liée. Et voilà qu'au centre du campement, autour du feu, quelques mecs débiles riaient à gorge déployée, en le regardant se démener pour éviter la colère d'Anastasia... Qui s'était calmée, visiblement. Il était temps.
Kaleb poussa un soupire, et passa une main sur son visage, avant d'envoyer un magnifique doigt d'honneur aux abrutis qui se foutaient royalement de sa gueule, tout en essayant, un peu vainement, de lancer un cailloux sur le plus proche... Qu'il évita de justesse.
La vie était de toute façon, foutrement mal faite : Pourquoi fallait-il qu'il se retrouve sur Terre, en premier lieu ? Kaleb grogna des insultes étouffées, en marchant vers sa tente, et en entrant à l'intérieur. Il ne cherchait même plus à comprendre le pourquoi du comment. S'il avait passé toute la journée à paniquer à propos de sa survie, il se demandait, maintenant, pourquoi est-ce qu'on s'efforçait à ne pas le tuer.
- Qu'ils aillent tous se faire foutre, Assura-t-il, en parlant seul, et en se jetant dans son lit de fortune... Sa veste (la seule véritable chose qu'il pouvait encore considérer comme une amie, dés à présent).
Que les autres le veuillent ou non : Il dormirait. C'était ainsi, et ce n'était pas parce qu'ils avaient choisi de faire la fête, qu'ils l'empêcheraient de dormir. Et non. Kaleb avait déjà vécu, pire, de toute façon. Il n'était pas lieutenant pour rien, il avait une histoire, un passé. Et puis tout un prestige, mais ça c'était avant qu'on l'envoie sur ce vaisseau pourri. Peut-être qu'on avait profité du fait qu'il avait pas vraiment de famille.
Le brun grimaça. Ce n'était pas le moment de s'attarder sur les détails lourds, chiants, et tristes à mourir de sa vie. IL VOULAIT DORMIR. Mais voilà, les autres connards arrêtaient pas de gueuler... Et il n'en pouvait plus. Dans un grognement désespéré et rageur, Kaleb se redressa alors, pour sortir dehors, prêt à hurler.
Seulement, on lui fit signe d'approcher. Et ce fut à contre-cœur qu'il ne le fit, en ignorant les regards qu'on levaient dans sa direction. Il valait mieux que ça, bordel de merde de putain de...
- RAMÈNE-TOI HARRISSON ! ON PARI QUE TU TIENS PAS L'ALCOOL ! Gueula un débile profond, visiblement plus bourré que la moyenne, et sûrement plus con, aussi. Kaleb ne répondit pas, en se laissant tomber par terre, l'air las, blasé, et l'expression plus fermée que n'importe quel lieutenant de l'Arch aurait pu tirer, en se retrouvant coincé dans ce trou à rat.
S'ils pensaient qu'il allait se bourrer la gueule, ils se faisaient clairement des idées.
Kaleb entreprit d'attraper un bout de bois s'en répondre, et de le jeter mécaniquement dans le feu, pensivement. Il entendit l'autre débile gueuler "WOUHOU HARRISSON !!!! IL FAIT LA GUEULE HAHAAHH", mais l'ignora amplement, en grognant un truc inaudible, d'un air totalement ennuyé. Et puis, un miracle se produisit. Il remarqua un visage familier, pas loin, juste à côté d'Hortensia. Il remarqua d'ailleurs, qu'Hortensia ne semblait pas être très claire dans sa tête, mais n'eut même pas le temps de se faire à la réflexion que de s'approcher d'elle ne serait peut-être pas très avisé de sa part... Puisqu'il reconnut le visage de l'autre fille.
Erin Shao.
Putain de merde.
IL N'ETAIT DONC PAS SEUL ??????
Bon, dans la mesure où elle avait été faite prisonnière, elle-aussi (et qu'il avait un peu participé à cela), il l'était toujours encore un peu.
Mais il devait lui rester un bon élan de générosité, pas vrai ? Un peu d'esprit de camaraderie... Quelque chose dans ce genre là.
Alors, sans réfléchir, Kaleb se précipita entre Hortensia et Erin, joyeusement, le regard bourré de joie et d'espoir : Finalement, peut-être qu'il s'en sortirait.
- ERIN ! Chuchota-t-il, à son attention, surement tellement fort qu'on pouvait l'entendre à des kilomètres, mais enfin. C'EST MOI ! Tu me reconnais, hein ? Enfin, je sais qu'on a été plusieurs fois dans la même équipe. J'ai même été à la tête de certaines d'entre elles, C'était plus fort que lui, que de jouer avec son égo. Mais peu importe. C'est pas le sujet. Tu me reconnais, pas vrai ? Lança-t-il, plein d'espoir, en bousculant sans trop le vouloir, Hortensia, à qui il balança des excuses ponctuées d'un sourire un peu trop heureux pour avoir l'air naturel (Kaleb ne devait pas avoir souri une seule fois depuis son arrivée ici).
Sevastyan s'était, à son tour, retrouvé devant le gigantesque feu de bois. Et si leur arrivée ne semblait pas avoir fait plaisir à la grande majorité des 100 qui se trouvaient aussi sur place, il s'en foutait éperdument. D'un air clairement désintéressé, d'ailleurs, le blond entreprit d'attraper une bouteille, sans véritablement chercher à demander l'autorisation de qui que se soit. Ce qui leur appartenait, appartenait aussi à leur groupe, et ça, les membres de son camp l'avaient visiblement compris. Enfin. Il remarqua Basile, pas loin, qui semblait aussi prendre part à la petite fête, mais se contenta de l'observer du coin de l’œil, sans provocation. Il n'en avait pas envie. Sa discussion avec le brun aurait lieu, de toute évidence, d'un moment à l'autre. Si cela devait se produire, ce ne serait surement pas maintenant.
Il entreprit donc d'avaler plusieurs gorgées de la bouteille qui se trouvait dans sa main droite, sentant l'alcool lui brûler rapidement la gorge. Le genre de chose qui lui ferait clairement oublier toutes les blessures qu'il avait accumuler au cours des derniers jours.
Enfin, un gars l'interrompit, à sa droite, en pointant du menton Harrisson qui discutait avec deux filles (et que Sevastyan avait évidemment reconnu, en se demandant pourquoi ça n'avait pas été réciproque, mais vu la tête béate du Lieutenant, il devait probablement juste être occupé par ses instincts de survie).
- Il est de l'armée, Articula l'intéressé, comme si ce n'était pas déjà franchement évidant. Sevastyan haussa les épaules, en continuant de boire, sans faire trop attention à sa vision qui commençait légèrement à se troubler.
- On s'occupera de "ça" plus tard, Se contenta-t-il de répondre, sans s'embêter plus que cela. Il savait à quel point les gens qui s'étaient rangés de son côté étaient difficiles à maîtriser. Certains, en plus de cela, étaient des prisonniers franchement atteints mentalement. Le genre qui, et Sevastyan l'avait su depuis le début, finiraient forcément par crever. C'était aussi l'une des raisons pour lesquelles il avait décidé de revenir.
L'autre ne rétorqua rien en retour, et se contenta de retourner dans sa discussion, en se perdant dans les rires. Très vite, Sevastyan se joignit à eux, et ce fut seulement lorsqu'Anastasia débarqua, autour du feu, qu'il s'arrêta, pour porter son regard dans sa direction, clairement amusé par sa figure visiblement folle de rage, et par l'air agacé qui animait son visage. Ce fut, en plus, lorsqu'elle se mit à enchaîner les bouteilles, qu'il ne put s'empêcher de rire. Elle lui adressa alors la parole, et si le blond ne semblait pas encore avoir compris la moitié des choses qu'elle lui disait, il esquissa un nouveau sourire, en haussant les épaules.
- C'est pas super d'engager une alliance sur ce ton là, Rétorqua-t-il, clairement provocateur, en portant son regard sur elle, trop amusé pour avoir l'air un minimum sobre. Et t'es celle qui boit le plus depuis cinq minutes, alors je commence à douter de toi, Ana, Il repartit dans un fou rire, pour avaler une autre gorgée d'alcool. Il l'avisa trois secondes, en captant qu'elle avait une mèche de cheveux dans les yeux, aussi s'empressa-t-il, maladroitement mais d'un air assuré (il en jouait des tonnes, c'était marrant), de la lui retirer, dans un grand sourire. T'avais un truc sur le visage, Se justifia-t-il, sans la quitter des yeux, le tout étant franchement faussement cliché. Donc j'étais obligé de te venir en aide, hein. Entre alliés on se doit bien ça.