Non seulement Kaleb eut un peu de mal à assimiler ce que l'autre fille lui affirmait haut et fort, mais en plus, lorsqu'elle tira une balle dans les câbles électriques, son expression se défigura, et il ne put contenir un sursaut de gros demeuré. Enfin. Il fronça les sourcils, et la regarda s'éloigner, en se disant qu'elle avait vraiment pas une tête inconnue. Et ce fut à ce moment précis, qu'il comprit qu'il s'était occupé de son cas (en même temps, ça semblait évident), et qu'elle n'était autre que la fille qui avait foutu un bon gros bordel chez les plus hauts placés de l'Arch (dont le chancelier), il y avait de cela quelques années.
Une grimace étira ses lèvres. Voilà. Il était condamné pour de bon, à cause de cette folle à lier, qui venait de TOUS les condamner. Sauf s'il trouvait quelqu'un capable de l'aider à monter une radio, Kaleb allait donc passer le restant de ses jours ici. Il resta longtemps assit contre le tableau de commandes du vaisseau, en priant pour se réveiller (parce qu'à ce stade, Kaleb croyait toujours se trouver en plein rêve). Mais voilà. Après de longs instants, plongés dans une attende lourde et vraiment ridicule, son ventre gargouilla. C'était évident : Il ne pourrait pas rester ici indéfiniment. Sauf s'il prévoyait de mourir de faim, mais autant se dire que mourir sous les balles/les coups de couteaux/ou d'autres trucs du genre, semblait bien plus alléchant que de crever parce qu'il avait zappé de prendre des trucs à manger avec lui. En même temps, on ne pouvait pas lui en vouloir : Si on ne l'avait pas OUBLIE à l'intérieur de ce trou à rat, il ne serait pas ici aujourd'hui.
Alors, en prenant son courage à deux mains (en réalité, il s'appuya maladroitement contre le mur, et tenta vainement de ne pas s'écraser à terre), Kaleb entreprit de se lever, et de marcher vers la sortie du vaisseau, en tenant son arme... Avant de juger qu'il ferait mieux de la ranger, pour ne pas :
1 - Se la faire voler par les autres.
2 - Se faire buter à cause des autres .
3 - Attirer les soupçons des autres.
En l'occurrence "les autres" ne signifiaient rien de bon. Mais enfin, Kaleb n'était pas lieutenant pour rien. Et il n'avait pas à craindre cette bande de gamins. Si on s'amusait à le faire chier, alors il répliquerait, voilà tout. Et puis merde : il était armé.
Lentement, Kaleb atteignit donc l'entrée, et ce fut après une longue (très longue) hésitation de plusieurs secondes, qu'il se décida à mettre un pied à l'intérieur du halo lumineux qui éclairait l'intérieur du vaisseau, et sortir dehors.
Plusieurs secondes adaptations lui furent nécessaires, avant qu'il ne puisse distinguer ce qui lui faisait face. Et comme Kaleb n'avait pas prévu ces "plusieurs secondes d'adaptations", il passa maladroitement une main devant ses yeux, se mit à avancer bien trop vite, trébucha par terre, s'étala dans la boue, mais réussit à se redresser, pour décaler sur le côté, et se foutre contre un mur. Tout ça, en espérant qu'on ne l'ait pas remarqué. Il passa la main qu'il avait placé juste devant ses yeux, sur son visage. Et là, dans sa cachette (c'est-à-dire derrière un mur), Kaleb entreprit de pousser un long, très long soupire. Avant que des pas ne se fassent entendre à proximité, et que deux abrutis ne passent juste devant lui, sans même lui accorder un seul regard. Kaleb aurait pu alors s'en sortir sans encombres, s'il n'avait pas purement, simplement et complètement débilement, sorti un vieux "ahah, salut". Et alors, les deux intéressés portèrent leurs attentions sur lui. L'un d'entre eux avait l'air blessé, et l'autre semblait l'aider. Ce fut seulement lorsque leurs regards se posèrent sur le badge qui ornait la poitrine de Kaleb, que ce dernier entreprit de baisser les yeux sur sa veste. S'en suivit un espèce de baffouillement du type "non mais vous savez enfin mais voilà", juste avant qu'il n'attrape un vieux cailloux, à ses pieds, et qu'il n'entreprenne d'essayer de découdre le badge. En vain. Il réussit seulement à s'ouvrir le pouce. Alors, en l'absence de réaction de ses interlocuteurs, Kaleb décala sur le côté, vers la sortie du vaisseau... Et là où semblait se trouver le reste de la foule. Il eut d'ailleurs le temps de constater : la végétation, la boue (enfin non, ça, il l'avait constaté plus tôt, en s'étalant lamentablement dedans), le ciel, les nuages, le soleil (pitié), et tout ce qui suivait. Kaleb pleura, mais seulement intérieurement. Du reste, il alla se cogner violemment contre un petit gars typé asiatique (Saul-Junior). Il ne chercha pas tout de suite à l'identifier, et porta son regard sur le reste du campement, en adoptant une allure parfaitement naturelle.
Après tout, ce n'était pas comme s'il avait l'impression qu'on avait écrit sur son front "Bonjour je suis Kaleb Harrisson je suis responsable de l'état de la plupart d'entre vous. Quelqu'un veut discuter avec moi ?".