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Sauvegarde des cartoon de Lak : ...


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Farewell † [rpg]
#11
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Ma tête en lisant ce post : ERROR 404 ERROR 404
Bref sinon je rajoute des choses qui ne se sont pas rp mais on va faire genre hein, bonne lecture.

Le regard morne de Jill dériva lentement sur Nathan, qui désertait le couloir d'un regard significatif à l'égard de Jude, et à peine fut-elle seule à seule avec ce-dernier, qu’il lui sembla perdre l’infime reste de sa crédibilité, et de son assurance. A un rien près, elle aurait aimé être coulée dans un bain de ciment par le prochain dictateur ou être attaquée sauvagement par une bande de demi-vivants assoiffés de sang, plutôt que de devoir affronter ce regard plein de dédain. L’unique œil de Jude Sheridan la jugeait, et il était grande tentation de vouloir s’y plonger, malgré le transpercement glacial de tout son corps qu’il obligeait. Et réfrénant le monceau d’émotions qui lui parcourait son être, elle osa reprendre la parole, quoi qu’on pût distinguer dans sa voix, une ultime hésitation.
-Les choses sont claires pour ceux qui te disent qu’elles le sont, mais pour toi ? S’entendit-elle prononcer, leurs deux regards bleus ancrés l’un dans l’autre, et celui de la blonde aux bords des larmes. Sa prise de parole aurait pu être entendue comme lassée et moralisatrice, en réalité, elle le lui demandait sincèrement. Je te demande simplement de me laisser te donner mes propres explications, rien d’autre.
Leurs regards s’échangèrent encore quelques instants, sans que ni l’un ni l’autre ne cille, et finalement, Jill entreprit de marcher la première vers l’une des portes du couloir, tandis que Jude à sa suite, semblait plus impatient, blasé et énervé au fur et à mesure des minutes.
-J'ai parfaitement conscience de ce que tu penses ou de ce que tu ressens, tout de moins, je le devine avec... ta façon de me juger du regard, mais s’il te plaît crois-moi, je suis en aucun cas partie par envie comme vous avez tous l’air de le croire, commença-t-elle pressée, connaisseuse du peu de temps qu’il lui accorderait. Elle crut ouïr un cliquetis semblable à un tic agacé, mais essaya de passer outre, encore une fois, elle n’avait pas l’éternité devant elle. Elle n’avait plus l’éternité qu’ils s’étaient promise. Jamais je n’ai choisi ce pseudo-camp de vainqueurs par lâcheté, et je ne prétends d’ailleurs pas non plus être courageuse mais… Elle n’y arrivait plus. Elle ne pouvait tout bonnement plus soutenir ce regard rude sur elle. Aussi baissa-t-elle le regard, s’empêchant de relever les yeux une fois de plus, ne profitant non pas de ce corps parfait tout près d’elle, mais de son unique présence, pour évacuer enfin les sordides idées qui la tourmentaient. A peine ais-je sus la guerre déclarée que j’ai commencé à paniquer. J’ai eu peur des conséquences, peur de ce qu’on nous réserverait ; on m’annonçait déjà la défaite, on me demandait de fuir. Elle soupira longuement, l’histoire il la connaissait parfaitement pour en être le premier concerné, cependant, elle n’arriva pas à trouver la force de s’arrêter, et c’est sans doute la plus longue tirade de sa vie qu’elle bredouilla, loin de ces grands discours d’oratrices habituels. J’avais peur, Jude. Je ne sais pas si tu te souviens de lui, Snyder, c’était le chef de la brigade de nuit à Berestford, il m’a assuré l’escorte jusqu’à Toronto, et je suis allée le voir. C’était sans doute absurde de ma part, mais je me disais qu’il pourrait m’aider. M’aider à garder ce que je voulais garder : vous. Je lui ai promis absolument tout, aussi bien les choses qu’il était assuré d’avoir, nos richesses et nos armées, que mon savoir sur Estbury et mon corps. Je me suis donnée à lui, en échange de vos vies. Un rictus de gêne arbora son visage, tandis que ses yeux fuyaient toujours la haine dans ceux de son frère. J’ai aucune idée des raisons qui m’ont poussée à faire ça tu sais, je ne réfléchissais plus, ou mal. Il s’est engagé à respecter ma demande, qu’il a finie par rompre rapidement. Et ce que je croyais être une habile ruse de ma part s’est retournée contre moi. J’ai commencé à entendre des rumeurs courir, «Jill Foster abandonne les siens», «Jill Foster la traîtresse», «Jill Foster maîtresse de Greyson : elle avait tout prévu», j’étais piégée et incapable de réagir. Les jours ont passé, de longues journées, et on m’a amené à ton corps, Jude. Je te voyais devant mes yeux, souillé de crasse. On te crachait dessus, on t’humiliait devant moi, et je ne le supportais pas. On m’avait appris la défaite et la mort de Nick un peu avant cela, et même si je n’avais pas son corps rouge de sang devant moi, je me suis laissé à croire à ce qu’on me disait. J’ai compris que j’avais tout perdu. J’avais perdu notre guerre, j’avais perdu notre pays, j’avais perdu mon honneur et je vous avais perdu vous. Elle s’arrêta, déglutissant lentement, les yeux toujours fixés sur un point dans le vide. A partir de là, il m’a semblé inutile de me voiler la face, continuer à croire en des idéologies tordus de vengeance. Et pourtant j’ai essayé, j’ai prévu mille plans d’assassinat, je voulais le détruire, et j’aurais réussi, si je l’avais vraiment voulu. A quoi bon ? Et après ? Vous n’auriez pas été de nouveau là avec moi. J’ai continué de travailler pour lui, pendant cinq ans j’ai fait semblant d’avoir oublié, je continuais de jouer, je continuais de tout lui donner. Je pense que j’aurais eu trop mal, de me retrouver seule une fois qu’il serait mort. Il était, en quelque sorte, mon dernier lien avec vous. J’étais déjà morte, de toute façon. Puis j’ai rencontré Sally, et j’ai su très vite qu’elle serait ma dernière attache avec moi-même. Mon véritable moi. Et un jour, Jude, un jour j’ai compris que tout ce en quoi j’avais cru pendant toutes ces années, que tout ce qu’on m’avait affirmé, prouvé même, était faux. Tu étais vivant, et je t’ai revu. Tu n’imagines même pas ce que j’ai ressenti, à l’instant où je t’ai vu bien en chair et en os devant mes yeux. Je hurlais de joie, je retrouvais l’espoir, et je revoyais notre famille déjà reconstituée. Un semblant de sourire perça ce visage triste et vide. Tu m’as regardé, et ces sentiments ont disparu. Je me suis senti coupable tout de suite, complètement stupide d’avoir fait une chose pareille. Tu étais au courant, de ce qu’on racontait, je le savais, et tu les croyais tous. Tous ces mensonges Jude, tu les as crus. Ceux qui disaient que l’Azur avait été trahi, que je vous avais abandonné pour toujours être plus puissante. Pour toi, je ne suis plus rien. Pour toi, je ne suis plus qu’une sale traitresse. Et pourtant, elle releva difficilement ses yeux mouillés vers lui, c’est faux, Jude. Crois-moi, je t’en supplie….


 
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#12
Aussi, plus ou moins délibérément, Jude se trouva-t-il piégé dans la même pièce qu'Elle. Pourquoi docilement avoir accepté de la suivre ? La question demeurait entière, et la réponse continuait de lui échapper exhaustivement.
Et le discours de Jill s'amorça, tandis que le brun, avec tout le dédain que lui avait forgé cinq ans à méditer et ressasser sa rancœur, passait une main dans ses cheveux, l'expression orgueilleuse. Si elle pensait pouvoir chasser la blessure qu'elle avait pu lui asséner, qu'elle le sache avant d'aller plus loin ; ses efforts étaient vains.
Son demi regard océan la considérait de toute la hauteur dont James n'avait pas eu le temps de le priver. Et à travers sa seule pupille transpirait son amertume, mais aussi un autre de ses sentiments, qu'à défaut de n'avoir jamais fait savoir, les souvenirs de la voix de Jill réveillaient en lui : l'étendue de sa peine.
Parce que s'il n'avait jamais fait acte que de sa haine, celle-ci trouvait tout son fondement dans sa tristesse. Et tandis qu'il continuait de la toiser, elle, ses yeux maritimes qui faisaient échos aux siens, ses beaux cheveux blonds et ses traits harmonieux qui lui remémoraient une époque lointaine -et celle-ci était autant synonyme à son cœur de mélancolie que de douleur-, sans masque ni façade, il n'aurait pas fallut être un génie, pour voir à travers le regard de Jude s'exprimer tout son chagrin.
Elle avait été sa sœur, il avait tenu à elle comme à une perle, durant sept ans. Ils avaient été liés par les morts réciproques des personnes qu'ils aimaient le plus au monde, et s'étaient plus d'une fois jurés respectivement de se faire l'un et l'autre périr de chagrin, en dépit de quoi, plus que de se haïr, ils s'étaient aimés avec toute la conviction du monde.
Ou tout du moins Jude l'avait-il aimé.
Il s'était reconstruit grâce à Nick, grâce à elle. N'avait-elle jamais eu conscience de ce que ça avait pu signifier, pour lui ?
Il n'y avait jamais eu que deux uniques supports sur lesquels Jude n'ait jamais eu la foi de se reposer, durant son existence entière. Il y avait eut Drake, durant dix neuf ans. Et après l'avoir perdu, après avoir par la même occasion perdu la plus belle partie de lui même, il y avait eu l'Azur.
Et quand Jude comptait se laisser mourir, il les avait rencontré, eux deux. Nick. Jill. Eux aussi n'avaient plus espoir en rien. Eux aussi erraient, sans but. Mais ils lui avaient montré quelque chose de beau, il lui avaient montré qu'après avoir perdu la raison entière de son existence, il était peut-être encore possible d'accomplir quelque chose.
Ils lui avaient montré que son heure n'était pas encore venue.
Elle lui avait montré tout ça.
Sa sœur, sa perle, il se serait sacrifié, pour elle, il se serait jeté dans la cage des fauves, si ça avait été nécessaire pour la préserver. Elle avait été la seule, l'unique femme qu'il ait autant chéri, chaque seconde, chaque instants durant sept ans.
Il aurait donné tout ce qu'il pouvait, pour la sauver. Pour retrouver ses bras tendres, un soir de plus, pour la voir sourire encore une fois, et s'assurer qu'elle était heureuse, au moins aussi heureuse qu'elle n'avait pu le sauver.
Comment avait-elle pu tirer un trait sur ça ? Sur sa dévotion, celle, si rare, qu'il lui avait accordé, sans limite, sans mesure ? Ou alors n'avait-elle jamais pensé les mots qu'ils avaient pu s'échanger ? Ou alors n'avait-elle jamais considéré l'Azur comme lui avait pu le faire, ou alors s'était-il trompé ?
Et elle continuait de parler, mais quand bien même Jude ne voulait plus entendre ses mots, parce que c'était difficile de se ressasser encore et encore sa peine, les phrases de Jill résonnaient en lui. Il tourna la tête sur le côté, elle ne l'aurait pas, elle ne l'aurait plus. Pas avec ces mensonges trop simples, pas après ça. L'entaille qu'elle avait creusé en lui était trop profonde pour être pansée par de simples simulacres qui voulaient la faire passer pour malheureuse victime.
Et pourtant, ces simulacres étaient assez réfléchis pour ne laisser aucune place à l'invraisemblance.
Mais Jill avait toujours été intelligente.
Et pourtant, il discerna sans difficulté les tremblements de sa voix, et lorsque de nouveau, il osa la regarder, il ne pu que constater ses larmes.
Mais Jill avait toujours été excellente comédienne.
Et pourtant, et pourtant, et pourtant, et pourtant ferma-t-il les yeux, chacune de ses convictions ébranlées, tandis que sa main se portait à son front.
Il voulait la croire. Cette vérité là semblait tellement belle, et cette vérité la lui aurait accordé le privilège de de nouveau pouvoir la porter dans son cœur et lui accorder toute la tendresse qu'aucune femme de ce bas monde n'avait jamais eu le droit de connaître. Parce que la Jill qu'il avait pensé connaître lui manquait abominablement. Mais Jude ne voulait plus se laisser berner par les paroles idéales de cette femme de nouveau. Une seule fois lui avait déjà coûté assez cher.
-Arrête ça Jill, s'entendit-il dire, mais son ton ne ressemblait en rien à ce qu'il aurait souhaité qu'elle soit.
Il l'aurait voulu fort, déterminé et impartiale. Il était hésitant, ébranlable et vacillant. Il rouvrit les yeux, mais ne lui accorda pas son regard. Elle l'aurait fait flancher.
-Arrête, t'as fais tes choix y'a déjà bien longtemps, endosse les.
Elle avait été sa perle, son trésor. Et tout dans les accents de sa voix, ceux qu'il s'efforçait encore à essayer de masquer, intimaient qu'elle l'était encore.
hey

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#13
Tant bien que mal, Jill canalisa la violente vague d’émotions qui la fouetta en plein visage, brouillant les mots qu’elle souhaitait faire parvenir aux oreilles de Jude, une bonne fois pour toute. Et dieu sait qu’il aurait été fou de chercher à les nombrer, et qu’à l’instant, tous s’emmêlaient les uns aux autres, tel un nœud de Carrick indénouable. Jude ne croyait pas même une infime partie de ses dires, des vérités qu’elle venait de lui livrer enfin. Il persistait dans l’idée de son hypocrisie, de son infidélité, il s’entêtait à la haïr comme jamais il ne semblait l’avoir fait. Chacune de ses paroles demeurait en tout point controversées par la perversion manipulatrice de ces autres abrutis, comme si le sens qu’elle employait s’obligeait à être entendu dans son contraire. Et encore une fois, Jude ne percevait pas sa sincérité, se laissait berner par une après-vie Estburienne de rancune et d’amertume.
-Mais je les endosse. Depuis plus de cinq ans, je les endosse, révéla-t-elle, ses yeux rouges fixés sur lui, sa voix brisée de chagrin. Que pouvait-elle ajouter à cela ? Il lui paraissait que, ne serait-ce qu’aucune ridicule miette de son discours n’avait été entendue, qu’elle avait parlé dans le vide, et qu’il en serait ainsi de longues perpétuités encore. Je suis coupable, je le sais mieux que personne, mais j’avais terriblement peur. La seule raison pour laquelle j’ai quitté Berestfort, la seule chose que je voulais, même si je devais pour cela sacrifier des centaines de milliers de personnes, c’était de vous savoir en vie, tous les deux. De te savoir en vie. Et ce qu’elle racontait prenait une définition exécrable de mille condamnations égoïste. Et ça l’était. Quel qu’en soit le prix, quel qu’en soit les conséquences pour le reste de l’Humanité, quel qu’en soit le nombre de victimes, elle n’avait voulu que le bien de deux uniques personnes, et elle se rendait compte maintenant de sa monstruosité, et de l’ampleur des dangers et des crimes que lui poussait à commettre son amour irréversible pour sa seule famille. Je me suis rendue compte de certaines choses, avant de partir, et j’ai redouté d’autant plus le fait de pouvoir vous perdre. De pouvoir te perdre. Vous êtes absolument toute ma vie, les seuls pour qui j’aurais accompli les pires abominations, les seuls pour qui j’aurais construit les plus belles choses, les seuls à qui j’aurais juré tout et n’importe quoi. Sa voix se perdit dans un silence stressant quelques secondes. Quelques secondes durant lesquelles elle tenta vainement de trouver un point à accrocher du regard dans la pièce. Mais la seule chose qu’elle n’ait réellement envie de regarder baignait du bleu le plus azur et le plus pur qui soit, et il était impénétrable. Et serrant ses mains moites, inspirant difficilement, déglutissant lentement et mourant de l’intérieur, elle reprit, la voix déchirée. Je suis à bout. Je n’en peux plus de ces journées à te regarder me cracher ton mépris et ta haine en restant silencieuse, en souffrant intimement de te voir heureux avec ta nouvelle famille, sans moi. Je n’ai rien fait contre vous, mais pour vous. Pour toi. Et c’est choses, tu les sais mieux que personne, parce qu’on s’est toujours tout dit, on se l’a promis, parce qu'on s'est toujours fait confiance. Cette fois-ci, ses tremblements s’amplifièrent, les crispations de son corps avec. Elle était démunie de tout, de son assurance, de son contrôle de soi, et elle crut bien défaillir dans les secondes qui suivirent.
-Je dois te dire quelque chose, annonça-t-elle. Juste à toi, Jude. Je te le cache depuis trop longtemps, aussi longtemps que je me le suis cachée.
Une première seconde passa, puis une deuxième, une troisième, et ce fut bientôt une dizaine, sans qu’elle ne pût continuer.
Elle allait lui avouer.
-Tu as longtemps été mon frère, comme l’Azur le démontrait si bien. C’était ce qu’on s’était toujours dit. Mais cette nuit-là, quand je suis partie, j’ai compris que c’était bien plus que ça. J’ai pensé chaque nuit à vous deux, là-bas, chez nos ennemis, mais toi Jude, si tu savais à quel point j’ai pu penser à toi. J’aurais dû te le dire bien avant, peut-être qu’on serait dans une situation différente, toi et moi. Ce que je ressens est en rien comparable avec ce que je suis capable d’éprouver pour Nick, par exemple. Tu es le seul pour qui c’est aussi inexplicable, et indéfinissable. Ton corps, ton visage, ce regard que tu posais autrefois sur moi, tes lèvres, ce sont les seules choses dont j’ai vraiment envie. Toi. Jude, c’est toi que je veux. Contre moi, auprès de moi, avec moi, mais rien que toi. Je ne te veux rien qu’à moi, comme je ne suis qu’à toi. Parce que je le suis, Jude, quoi que tu penses de moi, je serais toujours entièrement à toi. Je suis à toi.
A peine une seconde plus tard, perdant absolument tout le contrôle de son corps, elle se jeta corps et âme contre lui, plongeant son visage au creux de son cou, ne retenant plus aucune de ses larmes. Et le sentiment qui s’empara d’elle fut de loin, le plus intense qu’elle n’ait jamais connu : la peur d’être rejetée combiner à l’exaltation de son amour.
-Je t’aime, Jude. Je t’aime vraiment, et j’ai besoin de toi.
Il avait été son ennemi, il était devenu son frère, il était l’homme qu’elle aimait.
Et il y avait ces choix qu’elle regrettait, et ces sentiments qu’elle n’avait pas choisis et qu’elle ne blâmait pas.
 
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#14
La sensation fut distincte et se fit précise, cette fois-ci : quand bien même s'essayait-il encore à les faire tenir debout, chacune de ses certitudes s'effritaient. Peut-être, et cela était plus que possible, Jude se laissait-il aller à faire passer sa mélancolie et ses souvenirs au devant de sa raison, mais croire encore Jill aussi coupable qu'il ne l'avait pu penser durant près de cinq ans relevait désormais du chimérique.
Encore réticent quelques instants à se laisser embarquer sur le doux flots de mots que la blonde lui livrait sur un plateau doré, il faillit bien vite, quand se présenta à lui, comme une preuve suprême de ce qu'elle avançait, une fois de plus, ses yeux rouges, sa voix écorchée, les spasmes nerveux qui l'agitaient. Ce dû être la vision du trouble d'une femme qu'il ne connaissait que puissante et fière, qui fit se déchirer l'épaisse cuirasse de convictions tristes dans lesquelles il s'était enfoncé des années durant.
Et désormais, presque se sentait-il bien naïf, de s'être fait, une fois de plus, dupé par la mascarade des apparences.
Et tandis que devant ses yeux, l'aveuglant presque, se ressassait chaque souvenirs de ce qui avait pu être sa vie, au Canada, dans une demeure blanche aux reflets turquoise, en face d'une colline où s'élevait un aigle, c'était une nouvelle certitude qui venait le bercer : Jill ne les aurait jamais trahis.
Il la revoyait, il revoyait tout. Chacun des moments passés ensembles, avec Nick. Leurs mois de mésaventures, et ô dieu qu'ils avaient pu en vivre, tandis que dans leurs esprits se dessinait parallèlement un idéal : une ville, la ville des survivants, ambition qui les avait unis par un lien que peu connaissait. Il ne s'agissait ni de passion ni de sang, il s'agissait d'âme sœurs. Un écho qu'ils avaient pu trouver, résonnant en deux seules autres personnes qu'eux.
Et il revoyait les yeux de Jill, son regard doux se poser sur lui chacune de ces nuits où il se réveillait en sursaut, chacune de ces nuits où son crâne le faisait souffrir le martyre et chacune de ces nuits où Drake venait le hanter avec plus de violence encore. Il sentait de nouveau toutes ses étreintes, lorsqu'elle l'enlaçait sans jugement, sans présomption, seulement pour le rassurer, lorsqu'il faillait à son rôle de protecteur pour céder à ses vieux démons. Il revoyait son sourire doux, des sourires qu'elle n'adressait qu'à Nick et lui, et qui avaient la valeur de tout l'or du monde.
Il se revoyait lui lancer un nombre de piques incalculable, auxquelles elle n'avait jamais réagi, parce qu'elle était trop maline pour se laisser aller à ses jeux enfantins. Et de nouveau, une fois de plus, ils ne l'avaient jamais fondamentalement quitté, sans doute, il entendait les mots qu'ils s'étaient échangés, pour se donner courage, pour se faire sentir l'un et l'autre qu'ils n'étaient plus seuls, qu'ils s'étaient trouvés.
Jill ne l'avait pas trahi, il en était convaincu désormais, et s'il se trompait, qu'on ne le lui dise pas ; il voulait retrouver sa sœur maintenant, plus que de vouloir se venger.
Jude était immobile, désarçonné, et ses yeux azurs se laissaient désormais allégrement aller à se plonger dans ceux de Jill. Et plus que d'entendre ses mots, cette fois-ci, il les écouta, parce qu'ils ne voulaient dire qu'une chose ; c'en était fini de de leur séparation.
Mais ils ne furent pas ceux auxquels Jude s'attendait. Que disait-elle ? Qu'insinuait-elle ? Il n'eut pas le temps de réagir d'une quelconque façon que ce fut, que, soudainement, elle se trouvait contre lui. Mais si ses dernières déclarations ne faisaient que répandre le trouble en lui, loin de Jude était désormais l'idée de la repousser. Quelques secondes encore pétrifié, n'osant pas croire à l'évidence qui venait de lui être énoncée, il chercha des excuses et contournements aux sentiments qu'elle prétendait ressentir, mais lorsqu'une dernière fois, il entendit ses plaintes, son sang ne fit qu'un tour : brusques, ses bras vinrent s'enrouler autour de son dos frêle, et de la serrer contre lui, aussi fort qu'il ne l'avait trop longtemps plus pu faire.
Qu'importait, qu'importait de ce qu'elle voulait insinuer. Qu'importait de tout, elle était sa sœur, sa perfection, et sans elle, sans doute aurait-il trépassé depuis bien des années déjà.
-Excuse moi Jill, je suis désolé, je suis tellement désolé, formula-t-il, la voix bien tremblante, tandis que sa main venait se glisser dans ses cheveux blonds, puis son dos, et de nouveau ses cheveux, et il continuait de la blottir contre lui. J'ai été un royal sonar, je suis désolé, j'aurais dû comprendre, je suis désolé...
Et son propre visage vint se réfugier dans son cou fin, parce qu'il ne trouvait de mot, il ne pouvait pas l'exprimer ; il se haïssait une fois de plus, et elle était son trésor.
hey

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#15
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Voici ma tête actuelle : laissez moi le temps de poster svp :'(
 
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#16
Ce fut comme si on la réveillait du pire cauchemar qui puisse exister. Un cauchemar infernal dans lequel on l'avait condamnée à être noyée de tourments pendant plus d'une demi-décennie, sans pouvoir hurler, sans pouvoir s'en libérer. Jill avait purgé sa peine, enfin, et aujourd'hui, il ne restait plus rien de ces flammes démoniaques qui l'avaient consumée de l'intérieur, qui avait dévoré la plus belle partie de son âme. Ne demeuraient de ce passé douloureux, plus que de vieilles braises encore chaudes et un tas de cendres grises duquel on pourrait bientôt voir renaître la plus pure des créatures qui n'existeraient jamais : le précieux lien de confiance et de complicité qui les avaient toujours unis.
Depuis combien de temps, cette singulière idée s'était-elle accaparé de son esprit, pour devenir très vite l'unique chose à laquelle elle n'avait jamais aspiré ? Et depuis quand avait-elle délaissé ce désir illusoire d'un jour le retrouver ? Jill avait déjà fait abstraction de tout cela. Elle s'apprêtait à s'initier pour la première fois depuis des lustres, à ce qu'on appelait communément «la vie», les bras de Jude le présageaient, ses mots le confirmaient.
Les secondes se renouvelaient toujours plus rapidement, les longues éternités qui avaient précédé étaient du tout au tout inversées, et Jill versait toujours ses larmes chaudes dans le creux de chair où elle avait plongé son visage humide. Et tantôt passait-elle ses longs doigts aux ongles rongés de peine dans les cheveux devenus noirs de Jude, tantôt venait-elle caresser de ses paumes de mains, son dos qu'il cassait à la blottir contre lui. Elle ne se défaisait plus de lui, jamais plus elle ne le ferait, et elle le serrerait toujours plus fort afin qu'il ne soit plus jamais loin d'elle. Elle avait déjà bien trop souffert d'une seule séparation ; une deuxième aurait causé sa perte. Jude était tout ce qu'elle avait toujours désiré, si ce n'était l'amour réciproque de son autre frère, et il avait sur elle, à la fois les meilleurs et les pires effets.
De longues minutes s'étaient écoulées, depuis le début de leur étreinte, et Jill au-delà de ses sanglots, était restée sous silence, n'ayant pas même répondu au réconfort des mots qu'il avait prononcé à son égard. Elle releva les yeux, lui en fit autant, et Jill redécouvrit son visage parfait, à quelques centimètres d'elle. Ses yeux encore rouges et gonflés parcoururent lentement toute sa surface. Ils s'arrêtèrent plus spécifiquement sur ses lèvres beiges, qui tant de fois lui avaient procuré mille et une sensation d'extase, et que tant de fois elle avait eu envie de dévorer par les siennes. Puis ils dérivèrent rapidement vers cet unique œil valide, qui n'en perdait pas moins la puissance de ses pigments bleus. Combien de fois, encore, arriverait-il, rien qu'avec ce regard azuré, à la charmer plus qu'elle ne l'était déjà ? Et combien de temps, encore, aurait-elle envie de se perdre au plus profond de ce qu'il dégageait ? Jusqu'à ne plus pouvoir, certainement.
Délicatement, ses mains quittèrent son dos pour venir parcourir ce visage qu'elle chérissait tant. Et débutant par son front, glissant le long de ses joues, elle toucha ses lèvres du bout des doigts, pour finalement s'arrêter sur cet œil qui ne servait plus. Et de nombreux souvenirs lui revinrent en tête, des souvenirs obscènes qui ne provoquèrent en elle, absolument rien de déroutant. Rien ne comptait plus que le présent, et peut-être verrait-elle la marque de leur passé à chaque fois qu'elle poserait les yeux sur lui, -et qui sait combien de fois le ferait-elle-, mais cette époque était définitivement révolue. Et ce fut une nouvelle fois que Jill se plongea dans ses bras, le cœur moins lourd et l'esprit guérit.
-Tu m'as tellement manqué.
 
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#17
Il ébaucha un sourire, posant ses mains sur ses joues pour embrasser son front.
-Toi aussi.
Ils prolongèrent ainsi leur étreinte, de longues minutes durant, se suffisant au silence désormais réciproque de l'un et l'autre, parce qu'aucun mot ne semblait adapté à la situation. Et que par ses excuses, Jude était effrayé de rompre leur instant ; il devinait qu'elle pouvait ressentir le poids de toute sa culpabilité, de toute façon. Il était présent de chacun de ses gestes, et dans la façon douce dont, par la retenue de ses mains, il s'inquiétait de de nouveau la briser.
Et finalement, après de longs instants, finirent-ils d'un accord implicite par s'écarter l'un de l'autre. Un nouveau sourire, un nouvel échange de regard qui en disant bien plus qu'encore aucun mot, et une dernière fois, un baiser qu'il déposa sur son front. Il posa sa main sur sa joue et la laissa glisser sur sa peau, avant de s'engouffrer dans le couloir.
Épris d'une sensation de sérénité coupable plus singulière encore que quelques minutes auparavant, il entendit de nouveau des voix s'écorcher, dans le salon ; ne pris pas peine de les écouter. Il n'avait qu'une envie, présentement ; aller se réfugier dans les boobs de son Nate, et s'y noyer pour une éternité ou deux. Aussi ne mit-il pas plus d'une seconde à entrer dans la chambre que le portugais occupait, et ferma sans bruit la porte derrière lui, pour en définitive se jeter sur Ellidson comme une masse. Sans un mot, pris d'un élan de spontanéité rare, il enfoui sa tête dans le creux du cou et de l'épaule de l'intéressé, et choppa ses poignets, qu'il enroula manuellement autour de son dos.
Voilà.
Il avait envie de rester à peu près comme ça pendant à peu près 24h.
Avec son Ellidson.
hey

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#18
Nate allait s'endormir. Vraiment. Ça faisait au moins trente minutes qu'il attendait seul dans la chambre, aussi avait-il un peu perdu espoir de revoir débarquer la petite tête de con de Jude. Mais enfin, après un instant de somnolence, une masse vint s'écrouler sur lui. Comme ça, et au final, ce poids avait rien du tout de désagréable.
Un léger sourire étira ses lèvres. Il hésita, plusieurs secondes, à ouvrir les yeux. Après tout il aurait pu rester des années ainsi, endormi, le visage enfoui dans ses cheveux bruns. C'était le genre de moment qu'il aurait pu croire, quelques mois plus tôt, complètement oublié. Des moments courts, mais importants, trop importants. Le genre de truc qui arrivait finalement à lui faire penser que ce monde pouvait bien être complètement foutu, tout irait toujours bien. Tout irait toujours bien tant que y'aurait Jude.
- La Belle au bois dormant elle va devoir se réveiller, hein, parce qu'on a des trucs à finir ensemble. Ne put-il s'empêcher d'ironiser, en s'empêchant d'éclater de rire bien qu'il avait toujours les yeux complètement fermé. Si Nate était crevée, il savait pertinemment que ce genre de moment valait de l'or. Les fruits du passé, surement. Le fait d'avoir eu à supporter, toujours, et pendant des années, le sentiment de pouvoir tout perdre au moindre moment. Et Nate voulait pas perdre Jude. Jamais. Ça a été ? Ne put-il s'empêcher de demander par la suite, en passant sa main à l'intérieur des cheveux du tatoué pour ouvrir les yeux, et parler de Jill. Pas qu'il voulait s'occuper d'un truc qui le regardait pas, plutôt qu'il était inquiet. Inquiet que ça reparte comme avant à cause d'un mot en l'air, de paroles balancées à l'arrache, de trucs qui lui ferait péter un plomb. C'était le souvenir de ce regard indifférent qui lui faisait peur, et Nate ne voulait plus avoir à le supporter.
 
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#19

Jude grogna, se voulant aussi grincheux qu'il était humainement possible de l'être, mais son sourire le trahissait sans peine. Il pris autant de temps qu'on lui en accordait, avant de répondre, entre-ouvrant seulement les yeux, et resserrant leur étreinte un peu plus fort, parce que jamais il n'en aurait assez, de son Ellidson.
-Ouais..., commença-t-il sobrement, avant de se rendre compte que Nate méritait peut-être d'autres explicitations.
Il se redressa un chouilla, histoire d'entrevoir un minimum de la gueule de son Ellidson. Et elle était glorieuse, la gueule en question. Il rit d'ailleurs, un sourire béat en pleine face.
-Qu'est-ce que tu peux avoir un physique ingrat, mon pauvre Nate, pesta-t-il, en se penchant vers lui pour embrasser le coin de ses lèvres.
Il marqua une pause, un long silence, se suffisant au seul contact de leur regard respectif.
-Elle a dit qu'elle nous avait pas trahis, finit enfin par déclarer Jude, la voix basse. Elle avait passé un pacte avec Greyson. Pour nous sauver, Nick et moi.
Mais il ne laissa pas le temps à Nate de répondre, que de nouveau il plongeait son visage vers le sien, pour frôler sa bouche de la sienne, et l'embrasser. Une fois, deux fois, trois fois, fermer les yeux, passer sa main dans ses cheveux bruns, et se blottir le plus fort possible contre lui, sans un mot cette fois-ci, parce que s'il n'était pas à l'aise pour exprimer ce qu'il pouvait éprouver, il comptait une fois de plus sur ses actes pour en faire la démonstration à sa place.
De toute façon, il y avait certaines choses que Jude se voyait mal dire.
"T'es devenu toute ma vie, Ellidson" en faisait partie.
-Outcha, s'entendit-il cependant dire, dans un élan quotidien de se sentir obligé de tout casser, sourire cupide oblige. Ma jambe me refait super mal, Nate, t'avais pas dis que tu pourrais y faire quelque chose, rappelle moi ?
hey

http://image.noelshack.com/fichiers/2015/27/1435658570-heyy.gif
 
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#20
Léo avait l’air de s’être trouvé comme vocation de devenir l’âme damnée de la planque des Bass.
Il errait sans fin d’un salon à l’autre, son sourire indélébile au visage, cherchant à peine à tenter de comprendre ce qui agitait les autres habitants de la place. A la vérité, il y avait de quoi se sentir un peu seul. Jude avait Nate, même si ça ne lui plaisait pas, il ne pouvait pas aller contre. Haillie le fuyait consciencieusement, planquée dans les jupes de sa mère. Shang avait autre chose à foutre, probablement des trucs de cannibale, ou des trucs de mafieux, ou des trucs de chinois.
Et lui passait toute la sainte journée à constater la connerie humaine.
Les journées lui paraissaient bien longues. Il n’avait trouvé comme autre occupation que s’entraîner ponctuellement au tir, ne baissant pas les bras face à ses compétences dignes d’un bulot manchot, et compter les zombies qui passaient par la fenêtre.
Pas franchement de quoi remplir les jours d’un môme de 14 ans aux besoins aussi particuliers que ceux de Léo Sheridan.
C’était donc une longue et éreintante journée qui tirait de nouveau à sa fin pour Sheridan dernier du nom, une journée de glande au bilan plus ou moins encourageant (près de 102, 25 zombies sous la fenêtre de la cuisine, si on comptait le quart de cadavre qui était passé en rampant, et il avait presque réussi à toucher la bouteille vide qu’il visait le matin même). Il espérait, au moins, lui trouver une fin réconfortante en allant trouver le sommeil entre les bras de son papa, comme il avait l’habitude de le faire depuis cinq ans, depuis sa naissance.
Malheureusement pour sa gueule, lorsqu’il poussa la porte de la chambre de Jude, la place dans le pieu était déjà pris. Par une grande masse brune, qu’il ne mit pas longtemps à identifier comme Ellidson en personne.
Ah mais oui, bien sûr, il avait failli oublier.
Il y avait de la concurrence pour le pieu de Jude.
Il avait beau savoir que lui et Nate ne jouaient pas sur le même tableau, il ne put réprimer une moue agacée. Inconsciemment, certainement, il estimait qu’il en avait bien plus besoin que l’autre brun, là, de son Jude de père. C’était certainement déraisonnable et gamin de sa part. Pourtant, dieu savait que jamais Léo Sheridan n’avait été un gamin. (pour tout dire il était carrément né à l’âge de huit ans, difficile dans ces conditions d’expériencer ce que c’était que l’innocence et la candeur d’un bambin)
Alors, pour une fois dans son existence, Léo adopta l’attitude du morveux capricieux.
Parce qu’il n’avait pas envie, encore une fois, de se chercher un canapé dans un coin où passer la nuit en solo.
Résolument, il grimpa sur le lit, prenant soin de ne réveiller aucun des deux endormis. Il s’intercala avec méthode entre les deux, tournant le dos à Nate, le nez contre l’épaule de Jude. Là où il était le mieux. Là où il avait toujours été le mieux.
Et puis, si par la même occasion il pouvait faire le gardien de la vertu entre Jude et Nate, il allait pas se priver.
On n’était pas si mal, finalement.

Sous la lumière béate de la lune, un car blindé stoppa devant le grand bâtiment qui servait de planque aux Bass, dans un crissement de freins strident. Etouffée par les doubles vitrages, parvenait une vieille chanson des Stones, volume à fond.
On aurait pu rêver plus discret comme arrivée. Mais il revenait de loin, ce bus, comme en témoignaient les griffures et cabossures qui ornaient sa carrosserie, œuvre des morts rencontrés sur son passage. Il avait assez roulé pour avoir dépassé le stade où on s’inquiétait de savoir si, oui ou non, on avait attiré l’attention des indigènes.
C’était ça. Rien qu’à le voir, on pouvait dire que ce bus n’en avait rien à foutre.
Pas plus que son chauffeur et unique occupant, d’ailleurs.
Ce dernier mit un moment avant de réussir parfaitement à arrêter ses machines. C’était complexe, un bus de ce genre, et ça ne faisait pas si longtemps qu’il l’avait volé (enfin, débarrassé de ses occupants superflus, comme il aimait à le dire). Et on avait beau être Drake Sheridan, ça prenait un certain temps à capter, quand on n’avait pas son permis poids lourd.
Lorsqu’enfin eurent cessé de vrombir les moteurs du bus, le fond sonore de cette belle nuit à Dallas redevint ce qu’il avait toujours été, à savoir un confus ensemble de râles et de grattements, émis par les morts qui s’étaient rassemblés dans le secteur, attirés par les rugissements du bus.
Drake colla son front au pare brise, évaluant le nombre de cadavres sur pied qu’il lui faudrait éliminer pour se frayer un passage jusqu’aux portes du bâtiment. Il eut vite fait d’effectuer le calcul : beaucoup trop. Il tenait bien trop à sa vie récemment reconquise pour la risquer connement en se jetant au milieu des zombies, en comptant sur ses réflexes et sa rapidité pour sauver sa peau. Parce que les réflexes et la rapidité, c’était les petits talents de Jude. Pas les siens.
Pourtant, il allait pas se laisser ralentir par une poignée de non-morts. Surtout pas maintenant.
Car maintenant, il touchait au but. Il arrivait au bout de mois d’errance à travers le pays, à poursuivre une rumeur. Celle que son frère, malgré tout le bruit qui avait été fait autour de sa mort 5 ans plus tôt, vivait. Des mois à chasser un fantôme, lui qui n’était qu’une apparition du passé lui-même. Des mois à remonter la moindre piste, aboutissant bien souvent sur une déception monumentale, tout ça dans l’espoir de peut être, un jour, recroiser le chemin de Jude. Accroché à un espoir, résolument, obstinément, accroché à cette certitude qui habitait son cœur, qui lui soufflait que son frère ne pouvait pas être mort. Qu’il l’attendait, quelque part. Et qu’il devait le retrouver.
Maintenant il était plus proche que jamais. C’était la plus belle piste qu’il avait eue depuis qu’il avait été grossièrement tiré de son sommeil par un Européen patibulaire.
Alors ces quelques zonzons dans son chemin, c’était quantité négligeable.
Douze centièmes de secondes plus tard, il avait évalué les moyens les plus sûrs d’esquiver la horde de morts vivants. Et la solution lui était apparue tout naturellement.
Il plongea sous le tableau de bord, cherchant à tâtons les câbles reliant l’autoradio. Les Rolling Stones jouaient toujours, lorsque Drake arracha la radio pour la balancer toute grésillante le plus loin possible du bus, à travers la vitre conducteur, avant de se caler confortablement dans son siège, tâchant de faire taire jusqu’à sa respiration.
Au loin, l’autoradio crachait et stridulait, comme pour se plaindre des mauvais traitements qui lui étaient infligés. Les zombies, progressivement, commencèrent à se désintéresser du bus et de son occupant. Ils dirigèrent leur pas amorphe vers la nouvelle source de bruit, qui semblait les attirer tous comme un aimant. Drake les regarda tous converger vers la radio asthmatique d’un air tranquille. C’était ça, l’avantage du créateur sur la création. S’ils étaient tous autant qu’ils étaient des morts revenus à la vie, lui compris, Drake était le seul à avoir conservé ses cellules grises. Ces cadavres sur pattes pouvaient bien apprendre à courir, tant qu’ils n’apprendraient pas à penser, il n’avait aucun souci à se faire.
Lorsqu’il estima que la voie était assez dégagée, il reporta son attention sur la porte. En trois foulées, il pourrait l’atteindre. Le temps que les morts vivants fassent volte face, il serait à l’abri des murs épais.
Encore fallait-il qu’on lui ouvre.
Treize ans après sa mort, il doutait fort que son visage soit encore connu de la populasse. C’était souvent stupéfiant combien la plèbe avait la mémoire courte.
Personne n’avait dû leur dire que ceux qui oubliaient leur histoire étaient condamnés à la répéter. Et ils étaient sur le point de se prendre un Drake Sheridan 2.0 sur le coin de la gueule.
Il n’aurait aucun mal à se faire passer pour un inoffensif conducteur de bus, égaré au milieu d’une terre hostile, cherchant refuge et fuyant les zombies, et personne ne verrait en lui l’initiateur de l’apocalypse et le tortionnaire des peuples.
Seulement, si vraiment Jude se trouvait dans ce bâtiment, il y avait de fortes chances que le reste de l’Ordre s’y trouve aussi, et pourquoi pas tous leurs petits copains avec. Alors, entre Nicholas Blavatsky dont il avait torturé le frère et Jill Foster dont il avait exécuté les deux sœurs en direct sur un écran de télé, il doutait duquel lui réserverait l’accueil le plus chaleureux. Probablement un accueil assez chaleureux pour le brûler au 3e degré.
Pour lui, tout ça était du passé. Il estimait avoir assez payé pour ses menues erreurs de jeunesse, en mourant par exemple. Et même s’il n’éprouvait pas franchement de remords sincères ou quoi que ce soit d’approchant, il était prêt à rédiger une petite note d’excuse sur papier fleuri si ça pouvait garantir qu’on lui foute la paix.
Malheureusement il y avait peu de chances que ça soit aussi simple. Pour un peu, Drake se serait fait du souci.
Et puis ensuite, il se souvint qu’il n’en avait rien à branler.
Alors, tout alla mieux.
Il bondit de son bus, se lançant à toute vitesse vers les portes salvatrices, pour se mettre à tambouriner dessus comme un forcené.
Le silence lui répondit.
Dans son dos, il pouvait presque sentir les orbites sans yeux des zombies qui se tournaient dans sa direction.
Oh putain, il savait déjà qu’ils étaient mièvres, incompétents et demeurés, mais seigneur tout puissant, faites que ces abrutis de planqués ne soient pas lents.
Il répéta ses coups, plus forts cette fois ; mais il n’avait pas eu le temps de performer son solo de percussions intégralement que déjà le battant s’ouvrait devant lui.
Il s’engouffra à l’intérieur et referma derrière lui, pour se retrouver face à –oh, bingo - Blavatsky.
Drake prit le temps de le toiser. Evidemment, qu’il allait le reconnaître. Drake était exactement le même que treize ans plus tôt. La mort, ça avait la vertu de conserver plutôt pas mal. Nick, en revanche, avait pris un bon coup de vieux. Le brun eut la pensée fugace qu’il en serait peut être de même pour Jude.
- Tiens, Blavatsky, je te préférais en blonde, nota-t-il le plus naturellement du monde. Jude est là ?

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