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RE: Placebo - rp - MoZ - 15-12-2015 Les plombs avaient sauté et un vent de panique avait donc secoué tous les petits habitants du manoir désormais plongé dans le noir (sauf Lee, pour qui la situation restait approximativement la même qu'avant). Tous les enfants qui s'étaient courageusement cachés s'éparpillèrent dans l'effroi, leurs cris éclatant comme des dizaines de bulles sonores dans les grands corridors du manoir qui avaient été des plus silencieux pendant un certain temps. S'il y avait bien un truc que Clarence détestait, c'était le bruit. Et là, il était servi. Grommellant, il enfonça par réflexe sa tête dans ses épaules.
Depuis leur cachette, Lee et lui entendirent le vieil Émile et la grosse Garance hausser la voix dans une vaine tentative de ramener le calme parmi les moussaillons effarés qu'étaient les pensionnaires de ce qui semblait à cet instant précis être un bateau au bord du naufrage. Clarence crut distinguer la voix de Rixon qui, contrairement à son armada de surveillants, restait calme et méthodique en organisant un rassemblement dans la salle commune. Alors que les battues à travers les couloirs ramenaient chaque fois plus d'enfants perdus qui piaillaient à chaque nouvel coup de tonnerre, Clarence décréta qu'il était temps de décamper d'ici. Il extirpa tant bien que mal son mètre quatre-vingt-douze de l'exigu abri qu'ils avaient trouvé. Après avoir aidé Lee à se relever, il lui tapota vaguement l'épaule : -Désolé mais tu vas devoir t'en remettre à ton caniche à partir de maintenant, je vais profiter de ce bordel pour aller me coucher. Ciao. D'un geste fluide, Clarence fit volte-face, bien déterminé à regagner sa chambre pour s'y installer tranquillement, et profiter de l'absence de Drew dans leur chambre pour lire. En. Silence. God Bless. Sauf que. Les deux livres qu'il préférait avaient été oubliés à la bibliothèque le matin même. Merde. Marmonnant, il fit demi-tour, re-croisa un Lee un peu hagard. Du haut des marches, accroupi, il guetta le moment où la grosse Garance, Émile et Rixon se répartissaient une énième fois dans les couloirs pour faire le dernier ratissage, lui laissant le champ libre dans le hall désert (passage obligé pour aller à la bibliothèque) puis dévala les escaliers à toute vitesse. Pendant quelques secondes il fut comme replongé en enfance, pendant ses premières années ici, lors desquelles son insouciance et sa vivacité d'enfant n'avaient pas encore totalement disparu ; il se revit jouer aux espions avec Mark et William, l'un maintenant mort, enterré et décomposé depuis longtemps, et l'autre disparu à tout jamais dans le jeu. Il se prit à s'accroupir à nouveau au pied des marches, se déplaçant à la manière d'un espion sur quelques mètres avant de se relever, sourire un peu, et reprendre sa route sur la pointe des pieds vers la bibliothèque. Il ne s'expliquait plus trop ces quelques éclat de bonheur qui lui parvenaient parfois, bien qu'ils se fassent de plus en plus rares les années s'écoulant. Lorsque la porte de la bibliothèque tourna bruyamment sur ses gonds, il maudit la piètre qualité de l'entretien de cette foutue porte et s'engouffra rapidement dans les entrailles sombres de l'immense pièce. L'air était comme d'habitude embaumé de l'odeur presque végétale du mélange subtil de la poussière, du renfermé et des vieilles pages de grimoires. Inconsciemment, rassuré par l'idée qu'il était seul, il se laisser à aller à un léger sifflement en cadence de la valse n°2 de Chostakovitch, chanson qui tenait très à coeur à Rixon depuis toujours, et au gré de laquelle il avait finalement grandi. L'atmosphère du manoir était si différente lorsqu'il était si silencieux, plongé dans l'obscurité. Ça lui rappelait ses premières nuits à s'échapper de la chaleur de son édredon pour apprécier comme il le faisait présentement l'immensité grandiose imperturbable et si calme du manoir en pleine nuit. Ses yeux plissés, le jeune homme cherchait tant bien que mal le livre qui l'intéressait parmi les rayonnages quand le petit bruit sourd d'un livre qui heurte le sol brisa le silence et le fit s'arrêter soudainement de siffler. C'était soudainement plus angoissant. -Y'a quelqu'un? demanda-t-il, tendu, sur la défensive, prêt à en découdre. RE: Placebo - rp - WendyDarling - 29-12-2015 Et puis il y avait ces jours maudits où le monde réel tournait encore moins rond qu'un monde virtuel. Quelqu'un avait crié. Deux mots qui signaient l'explosion de son répit ; car Antigone avait juste envie de se glisser dans son lit. Juste histoire de retrouver un simulacre de silence. Elle savait qu'elle ne s'endormirait pas de sitôt, qu'elle tournerait six cent soixante-six fois ses pensées et son corps entre ses draps avant de se rendre compte que non ; décidément, ce ne serait pas pour cette nuit là. Pas celle-là, et sûrement pas celle d'après. Faut dire qu'à tous les trucs qui lui pourrissait la vie y'avait aussi les insomnies. Mais elle s'estimait heureuse dans tout son égoïsme ; elle préférait vendre ses nuits plutôt que se retrouver aveugle comme Lee.
« Cache-cache »
& vas-y donc que je te pousse, qu'on courre, qu'on hurle, la cohue et le brouhaha et qu'elle pose ses mains contre ses oreilles, petite silhouette égarée dans l'agitation. Elle s'évapore parmi la foule et tombe sur Octavie qui lit une histoire à une bande de gamins obnubilés. Elle a pas le temps de se dire que tiens donc, Octavie aurait-elle donc un cœur ? qu'on l'a déjà poussé dans un autre espace.
Elle fini par s'élancer hors du circuit de la cohue et tombe nez-à-nez avec le silence au détour d'un couloir. Salut vieil ami, tu m'avais manqué. Ses pieds effleurent le parquet qui grince à peine. La pleine lune projette des ombres géantes qui viennent mordre sa silhouette. L'obscurité s'y engouffre corps-et-ame et semble par une fissure en son sein lui indiquer le chemin de la bibliothèque. A moins que ce ne soit un simple rayon de lune. Elle transgresse les règles d'un léger tressautement d'épaule et ses mèches écarlates se remettent bientôt en mouvement.
Elle retrouve toujours les vieux rayonnages de la même façon.
Avec passion.
Sans allumer la lumière elle se glisse dans le peu de lumière qui trouve son chemin sans mourir et elle se met à lire. Ses genoux sous son menton et l'esprit perdu dans l'espace-temps. Comme si tout livre enfermait en lui un micro-univers ; une parcelle de mer.
& la seconde valse de Shostakovitch s'invita dans son rêve.
- Y'a quelqu'un ?
Antigone se réveille en sursaut ; recroquevillée dans le rayon de lune et son bouquin en vrac à ses cotés. Elle secoue son visage engourdi et cherche à tâtons un rayonnage pour se relever. Les livres tombent en rafales sur son corps et elle se protège comme elle peut de ses avant-bras squelettiques.
Antigone lève les yeux et se rend compte que face à elle ; c'est tout bonnement Clarence et la valse qui achève de mourir sur ses lèvres.
« Shostakovitch, c'était toi ? » Elle trouve que ça à dire, gamine perdue au milieu d'un champ de livres fraichement tombés. « C'est vrai que tu es là depuis longtemps toi aussi.. » Comment oublier après tout ? « Rixon a toujours aimé cette chanson. »
Et ils te reviennent à la face, les souvenirs de cette waltz. Le rythme indolent ; la mélodie qui n'a jamais aussi bien rimé avec mélancolie. Et quand tu dansais, car tu aimais ça, danser. Tu te demandes même pourquoi tu as arrêté. Peut-être les moqueries des autres qui te trouvait gauche, maladroite.
Encore un peu ensommeillée, Antigone repousse ses cheveux en arrière. Elle n'imagine même pas la dégaine qu'elle doit avoir, à peine tirée de son sommeil.
« J'espère que le livre que tu sembles chercher n'est pas dans le rayonnage que je viens de faire tomber, aha. » Mais non idiote, ce n'est pas drôle. Elle se baisse pour cacher qu'elle rougie à travers ses cheveux écarlate. Elle ramasse un livre du bout des doigts et toujours dissimulée par ses cheveux le remet sur son rayonnage. « Tu ne joues pas avec les autres ?
Sous-entendu ; pourquoi restes-tu ainsi planté là ?
RE: Placebo - rp - MoZ - 13-01-2016 Un sifflement qui se meurt et une avalanche de bouquins dégueulés par une étagères bousculée, envoyés partout dans une explosion de poussière et de vacarme ; puis Clarence qui observe béat la bataille des boucles rouges contre le courant furieux des événements.
-Shostakovitch, c'était toi ? C'est vrai que tu es là depuis longtemps toi aussi... Rixon a toujours aimé cette chanson. Cette chanson c'est la valse des oubliés, la mélodie des partis trop tôt, la litanie des "on aurait pu" de l'enfance avalés par la fatalité cruelle de la vie, c'est même un peu le désespoir incarné, le fourmillement brûlant des larmes contenues au creux de la gorge, le pincement d'un coeur brisé depuis le départ qu'on piétine encore, la mise en musique des mauvaises nouvelles qu'on jette à la mer des infortunés événements du quotidien du Manoir Rixon. L'hymne de l'acharnement à vivre dans ces conditions, le refrain des "à quoi bon" et des "ça ira mieux demain". Clarence est immobile, un peu stupéfait, les mots lui faisant, comme toujours, défaut. "Oui c'est vrai" ? "Tu te souviens quand Matt la jouait au piano?" "Pourquoi tu ne danses plus quand Rixon la met ?" sont tout autant de possibilités que les occasions qu'il avait ratées depuis le temps qu'il observait Antigone de loin, et qu'il demeurait toujours aussi incapable de saisir maintenant que le destin se faisait un point d'orgue à faire enfin s'emmêler leurs fils rouges. Antigone elle, est plus vaillante que lui. Ses tentatives sont peut-être toutes aussi innombrables que ses boucles rouges qui se balancent sur sa petite tête alors qu'elle s'agite dans l'océan de livres épars. -J'espère que le livre que tu sembles chercher n'est pas dans le rayonnage que je viens de faire tomber, aha. Tu ne joues pas avec les autres ? Clarence ne répond pas, se contente de hausser les épaules. Expliquer le pourquoi du comment de sa présence ici, ou même de son absence auprès des autres serait plutôt vain, et assez éreintant de son point de vue. Toujours silencieux, il se baisse d'un coup près d'elle et commence à collecter les ouvrages un à un. Il ne manque pas le sursaut de la fille, qui se recule par réflexe quand il arrive à sa hauteur. Le ramassage de livre se prolonge dans un grand silence seulement perturbé par le glissement des couvertures les unes contre les autres et des pages qu'on défroisse. Puis Clarence reprend la valse là où il s'était arrêté, et le sifflement envahit doucement le silence, rythmé par les livres qu'on pose sur l'étagère. Assez vite, il entend le léger fredonnement d'Antigone qui, elle aussi, est happée par la mélodie qui transforme leur duo bien silencieux en une symbiose discrète, modeste. Le dernier livre au sol, la valse arrive à son terme alors que leurs mains précipitées se rencontrent sur le cuir passé de l'ouvrage. Il y a un moment de latence. -Tu dansais bien. Tu aurais dû continuer. Ça associait de bons souvenirs à cette valse. Clarence se saisit du livre et tend son bras pour le replacer sur l'étagère la plus haute du rayonnage, comme dans une tentative d'atteindre une hauteur si vertigineuse pour en oublier le tournis provoqué par le courage que lui avait demandé cette subite phrase lâchée sans prévenir. RE: Placebo - rp - Wenka - 23-01-2016 Octavie Le bus avançait lentement le long des routes de campagnes : une heure et demie qu'ils roulaient, ballottés par le bus, qui buttait sur toutes les aspérités des routes. Impossible de dormir. Pour Octavie, qui avait passé la veille à lire, sans doute au grand dam de Rheia, c'était un vrai cauchemar. Elle était exténuée, ayant planifié de rattraper ses heures de sommeil dans le bus. Bien joué. Mais au final, tout l'empêchait de dormir : l'agitation des mioches – parce que bien évidement, ils l'avaient collé dans le bus des gamins – mais aussi et surtout l'état désastreux des routes – qui entraînait de fréquents arrêts pour laisser Scott vomir, parce que bien évidemment elle était dans le même bus que les élèves ne supportant pas les longs trajets – mais aussi le soleil qui lui arrivait en plein visage. Jamais un trajet n'aurait pu être pire pour la jeune fille. Déjà une heure qu'ils voyageaient, et il restait encore deux longues heures pour rejoindre la capitale écossaise – autant dire pour la boule de bonheur qu'était Octavie, une pure partie de plaisir. Elle poussa un profond soupir, qui se noya dans les cris des gosses que les enseignants peinaient à réprimer. Sales mioches. Elle serra les dents et jeta un regard noir à l'assemblée, qui en fit taire quelque uns, rire d'autres. Parmi eux, celui, retentissant d'Achilles, qui non content d'avoir un prénom ridicule parfaitement assorti à son visage recouvert d'un acné répugnant, avait aussi une voix en plein mutation qui lui donnait un air absolument insupportable. Octavie entendit vaguement parler d'elle, et le fusilla du regard, avant de retourner à son livre – un ouvrage passionnant sur l'histoire de l'Europe – qu'elle peinait à terminer. Malheureusement pour elle, un projectile non identifié heurta l'arrière de sa tête, la faisant sursauter. Ma-gni-fique. Elle passa une main dans ses cheveux, et bien évidemment, parce que sinon, c'est quand même beaucoup moins drôle, la supposée boulette de papier était bien emmêlée dans ses cheveux. Octavie serra les poings en entendant les élèves – surtout l'autre con d'Achilles – redoubler de rire, et se sentit soudainement trembler. Le bus entier riait, et il riait d'elle. Ce fût sans doute l'une des rares fois de sa vie ou elle fût heureuse d'avoir la peau sombre, afin que personne ne puisse voir le rouge qui lui montait aux joues. Elle ferma les yeux, tira finalement sur l'objet emmêlé dans ses cheveux, arrachant quelques uns au passage. Derrière elle, d'autres s'amusaient à encore lancer des projectiles, visiblement amusés qu'ils se prennent dans les cheveux de la jeune fille. Les professeurs, trop occupés à tenter de se repérer – oui parce qu'ils avaient naturellement choisi les plus empotés pour les mener jusqu'à Edimbourg – ou d'empêcher le petit Scott de vomir – quelle idée de l'emmener aussi – semblaient se contreficher des élèves, et de ce qu'ils faisaient à l'adolescente. Comme d'habitude. Octavie soupira, et reprit son livre, appuyant ses doigts sur les pages brillantes pour les empêcher de trembler. Elle tâcha de se concentrer sur les mots, mais les fabuleuses péripéties de Guillaume le Conquérant semblaient bien fade a côtés des rires qui fusaient de toutes parts. RE: Placebo - rp - WendyDarling - 19-06-2016 Antigone trépignait alors que le car des bras cassés roulait dans la campagne profond. Faut dire que le manoir était bien caché, comme si la nation avait honte d'eux ; et tout compte fait c'était sûrement le cas. Pas de civilisation, pas franchement de réseau, un retard sur le présent et des conventions vieillottes. Au final la seule technologie qu'ils connaissaient, c'était Ethnolia.
Ethnolia, un manoir en ruine, des prairies et leurs maladies. Alors ouais ; ça faisait juste du bien de laisser tomber une journée l'environnement pesant dans lequel ils étaient enfermés. Antigone s'était laissée tomber sur le seul siège vacant qu'il restait ; à coté d'Octavie. Elle était une des seules, au final, qui n'avait pas peur d'elle. Surement car elle était trop décalée ou trop gentille pour ignorer qui que ce soit. Octavie c'était un peu l'ombre carnassière du manoir ; les mots amers et le regard qui te tue. Alors on se moquait, on riait, au final seul et face à elle personne ne faisait le fier. Pourtant Octavie au fond, elle respirait juste le mal-être. Après tout ; qui dans ce manoir pouvait honnêtement se vanter d'etre bien dans sa peau ? Antigone lança un sourire à la jeune métisse avant de se lancer à la recherche de ses gants en caoutchouc. Elle releva la tête – alertée par un éclat de rire général qui percuta Octavie comme une bombe. Cette-dernière avait baissé la tete et elle releva le tremblement persistants de ses mains, crispées sur un bouquin. Quelques abrutis s'amusaient vraisemblablement à balancer des objets dans la chevelure crépu d'Octavie. « Foutez-lui la paix » jeta Antigone avec férocité alors qu'elle se retournait. « Ou je vous le ferais regretter. - Ah bon et comment ? jeta Achilles à la cantonnade. Toi, 1m65 et 35 kilos ? - J'aurais juste à inter changer quelques pilules, répondit-elle avec l'ombre d'un sourire. - Psychopathe. - Viens pas me faire croire que toi, tu es sain d'esprit, dit-t-elle avec férocité. En tout cas, trouve-toi une autre occupation ou j'me débrouillerais pour te faire avaler le mauvais traitement. Elle se retourna dans un tourbillon de mèches folles et retourna sans un mot de plus à ses occupations. Dans son dos se brisa une vague d'insultes ; moche sale conne coincée abrutie folle à lier. Mais Antigone faisait comme elle avait fait depuis tant d'années ; elle se muait rocher. Et le bus continua de crapahuter vers Edimbourg. « Ils sont cons, murmura Antigone à Octavie avec un haussement d'épaule en guise de conclusion. « Te laisse pas faire par eux, ils méritent pas que qui que ce soit les respecte. RE: Placebo - rp - Wenka - 19-06-2016 Octavie eût un léger mouvement de tête vers Antigone, qui visiblement, avait revêtu une belle armure de chevalier servant pour voler au secours de sa pauvre personne. Un coin de lèvre se souleva lorsque la belle rousse menaça la bande d'imbéciles, retombant tout aussi vite. Les chevaliers servants, elle en avait eu, beaucoup, et tous partaient. Peut-être que si elle avait était plus sympathique avec lesdits chevaliers, ils seraient restés. L'auraient protégée, comme dans les contes pour enfants. Mais il n'y avait pas de chevaliers au fond, pas plus qu'elle ne pouvait prétendre être une princesse. Octavie était incapable d'être sympathique, puisqu'elle détestait simplement que les gens la prennent en pitié. Elle n'avait pas besoin de ça.
Même dans le cas d'Antigone. Même quand les gens étaient juste gentils. Octavie les détestait, ces gens gentils. Sans doute parce qu'elle, elle était incapable de l'être. « – Ils sont cons, lui souffla Antigone doucement. Te laisse pas faire par eux, ils méritent pas que qui que ce soit les respecte. » Octavie tourna la page de papier glacé, ou s'étendait une photographie d'une tapisserie, ou l'on devinait Guillaume sur un cheval, s’élançant fièrement à l'assaut, au devant d'une cohorte de chevaliers en armure. Elle entreprit de reprendre sa lecture sans même répondre à Antigone, mais, étrangement, des mots décidèrent de franchir ses lèvres, sans que la jeune fille ne le contrôle réellement. Elle ne comprenait même pas. « – Ils ne méritent même pas mon attention. » Pourquoi lui avait elle répondu, elle ne savait pas trop. Elle n'appréciait même pas Antigone. Peut-être parler durant le voyage le ferait devenir moins insupportable au fond. Ou peut-être pas. RE: Placebo - rp - MoZ - 20-06-2016
Aussi loin que remontaient ses souvenirs, Clarence était incapable de se rappeler la dernière fois qu'il était sorti du manoir Rixon. Oh, il se souvenait bien les premières semaines, celles après que ses parents l'aient laissé derrière, où il s'échappait dès qu'il le pouvait et cheminait des heures sur la vieille route de campagne qui, serpentant au milieu des centaines de kilomètres carrés de bruyère, était le seul lien entre ce manoir de malheur et la vie réelle. Il en avait arpenté des kilomètres sur cette petite voie même pas goudronnée, jusqu'à ce qu'on se rende compte de son absence, parfois après de nombreuses heures, et que Rixon arrive dans sa vieille Rolls Royce noire, souriant et léger. Souvent il lui disait « bien marché mon petit gars ? C'est beau, l'Écosse, hein? » À chaque fois, alors qu'il était assis dans sa voiture, la vitre conducteur baissée, le coude nonchalamment sorti, Rixon laissait ses yeux gris se perdre sur l'immensité du rien qui les entourait, un sourire rêveur aux lèvres alors qu'il lâchait son commentaire paternaliste. Après, il attendait que Clarence ne se saisisse de la porte arrière ouverte, puis ils rentraient en silence.
Jamais ces fugues n'avaient abouti, et à chaque fois Clarence retrouvait les couvertures molletonnées de sa chambre, l'ambiance lourde du réfectoire, et à chaque fois l'intérêt et l'affection qu'avait Rixon pour lui en semblaient augmenté. L'homme était bon, gentil, attentif, mystérieux parfois. Il s'occupait de chaque pensionnaire avec cette même égalité d'esprit, cette bonté apaisante, ce calme réparateur. Mais pour Clarence, et comme pour les quelques plus anciens pensionnaires, qui mourraient les uns après les autres, l'affection ne se bornait pas à la bienveillance et à la gentillesse : elle était paternelle. Il n'avait jamais compris pourquoi cet intérêt, cette attention si forte pour lui ; l'avait même niée, rejetée, et se trouvait encore en difficulté pour l'accepter réellement. C'est peut être la raison pour laquelle Clarence se traînait ce mauvais pressentiment depuis qu'on leur avait annoncé une sortie à Edimbourg, sentiment qui se confirma et empira lorsque le regard de fer du patriarche les couva, lui et Antigone, alors qu'ils grimpaient dans le bus. À la surprise générale, Rixon venait avec eux : il avait d'ores et déjà pris sa place sur les deux sièges du tout premier rang et attendait, patient, que les aides soignantes finissent de leur expliquer le déroulé de la journée et leur rappellent sévèrement les diverses recommandations du jour. Clarence, qui faisait partie des derniers montées, n'eut d'autre choix que de s'asseoir à côté d'Elena, une des pensionnaires avec le courant était des plus glaciaux depuis qu'elle s'était amusée à enfoncer des épingles dans l'un de ses bras alors qu'il regardait ailleurs. Elle faisait partie de l'un des groupes qui se considérait adverse du leur dans le jeu, et prenait un malin plaisir à les malmener, lui et ses coéquipiers, dans la vraie vie. -Par ailleurs mes chers enfants, continua Rixon qui s'était enfin levé et leur faisait face, tout au bout de l'allée du bus, pour que la journée se passe au mieux même lorsque je ne serai pas avec vous, je délègue ma responsabilité à Clarence et Antigone qui deviennent préfets des pensionnaires à compter de maintenant. J'ose croire qu'ils sauront endosser leur rôle avec sérieux et conviction. Quelques rires s'élevèrent alors que Clarence voyaient des têtes se tourner ou jaillir par dessus les sièges en sa direction. Ce sempiternel fin sourire qui régnait sur les lèvres du vieil homme ne disparut pas, et Clarence jura qu'il vit dans son œil un éclat de satisfaction. Il n'avait même plus la force de s'énerver : ces petits tours de Rixon lui étaient devenus routiniers mais, quand même, être une sorte de préfet, de pair avec Antigone -comme toujours- qui plus est, ne l'arrangeait pas des masses, si ce n'était pas le paniquait au plus haut point. Les rires et les chuchotis continuèrent alors que Rixon poursuivait les dernières explications, mais Clarence n'écoutait plus. Ses yeux étaient tournés vers la fenêtre, fixant avec lassitude les plants de bruyères qui semblaient s'étaler sur des kilomètres. Il entendit Elena marmonner quelques insultes et autres mots doux à ses côtés et braqua son regard vert furieux sur elle. Il ouvrait la bouche pour la rabrouer méchamment mais, déjà, une petite voix timide hélait son nom avec affolement. La fille, pourtant pas impressionnée, émit une sorte de glapissement étouffé alors qu'il se levait et l'enjambait. Si cette fonction de préfet lui permettait de se déplacer à loisir et rester à une distance plus que raisonnable de cette débile, il n'allait pas laisser passer sa chance. -Quoi ?! Tonna-t-il avec mauvaise humeur, ayant préféré pouvoir s'enterrer dans un coin du bus et renier ses fonctions de « préfet » qu'il trouvait tout à fait inutiles. -Drew fait une tête b-bizarre... je... je crois qu'il va vomir ?!! balbutia la fillette, affolée à l'idée que Drew répande le contenu de son petit-déjeuner près d'elle. En effet, constata Clarence, son colocataire semblait tirer sur une belle teinte de vert, comme la fois où il s'était empiffré de chocolats à Pâques et n'avait trouvé meilleure idée que de vomir par la fenêtre de leur chambre. Un peu déconcerté par cette nouvelle responsabilité qui lui tombait dessus et avec la furieuse envie de fuir tout ce capharnaüm, Clarence se pencha quand même vers Drew (parce que c'était Drew, fallait pas déconner, il avait quand même une certaine compassion pour son colocataire). -Euh...Drew... mec.... ça va ? Demanda-t-il, chichement, ne sachant pas trop quoi faire. Le moment où Drew allait lâcher son petit-déjeuner semblait imminent, ce qui rajouta un sentiment d'urgence à Clarence alors que toutes les petites têtes avoisinantes paniquaient et qu'un vent d'affolement se levait sur le bus. Plusieurs pensionnaires, petits ou plus vieux, se levaient pour observer ou s'éloigner de Drew, faisant monter la cacophonie à un niveau graduellement plus haut, qui tirait lentement vers l'insupportable pour Clarence. Vaguement, il essaya de leur demander de s'asseoir, les intima de regagner leurs places mais sa voix rauque et basse, qui ne criait jamais -ou presque- passait dans le bruit ambiant aussi fluidement qu'une lettre à la poste. Alors, un virage difficilement pris les chahuta, envoyant les quelques curieux debout ou mal assis projetés près de leur camarades, ce qui provoqua cris, plaintes et surtout un haut-le-coeur de mauvaise augure à Drew. L'avant du bus, où étaient notamment assises Octavie et Antigone, sembla s'intéresser au raffut qui prenait place derrière car de nouvelles têtes curieuses étaient tournées vers eux. -Ça suffit! retenta Clarence, dont l'autorité était assez ridicule. Asseyez-vous maintenant! Un nouveau virage, de nouveaux cris, des protestations ; et Clarence qui était debout se cramponna tant bien que mal aux sièges alors que sa patience s'émoussait de plus en plus. -OH ! J'ai dit ça SUFFIT alors maintenant vous vous asseyez tous et je veux plus en voir un seul bouger, hurla-t-il d'une voix si étonnamment forte (et si peu utilisée à une telle puissance) pour couvrir le vacarme que mêmes les plus récalcitrants s'exécutèrent, muets de stupeur. Après avoir toisé d'un œil noir faussement très assuré tous ces regards écarquillés (alors qu'en fait lui-même était complètement perdu et remué par ce qu'il venait de se passer) Clarence se recentra sur Drew qui verdissait toujours à vue d'oeil et dont le simple fait de déglutir devenait apparemment de plus en plus compliqué. Clarence commençait à être dépassé par les événements. Il ne s'étonnerait pas si Drew lui dégueulait ses Cocopops sur les chaussures et, pour avoir déjà assisté à Drew malade, il aimerait bien éviter à nouveau autant que possible. Ne perdant pas de temps à lui demander si tout allait bien, il ouvrit les fenêtres à proximité et, quasiment par réflexe, se tourna vers l'avant du bus. -Antigone, est-ce que t'aurais un sac plastique ou un truc du genre ? Antigone avait toujours tout sur elle à chaque fois qu'on avait besoin de quelque chose. Trop concentré sur le cas de Drew, il n'avait même pas capté la facilité déconcertante (et le réflexe quasi-total?) avec laquelle il s'était adressé à Antigone sans réfléchir. -Allez Drew, mon pote, un peu de courage on y est presque. À vrai dire il en avait aucune idée, ils n'étaient pas partis depuis longtemps et le manoir était vraiment isolé, donc il disait ça seulement pour encourager son pauvre colocataire qu'il prenait en pitié, il fallait le dire car s'il ne se l'avouerait jamais, Clarence s'était pris d'une involontaire affection pour ce mioche terrible et hyper-actif avec qui il vivait 24h/24. RE: Placebo - rp - Edeen - 28-06-2016 En se levant ce matin là, Drew était particulièrement excité, à conditions bien sûr que l'on puisse faire plus excité que son état habituel. En effet, ce jour-ci était le jour de la sortie scolaire à Édimbourg, et d'aussi loin qu'il puisse se souvenir, Drew n'était jamais allé aussi loin depuis son arrivé au manoir. En réalité, il n'était même pas sûre d'être vraiment allé plus loin que la falaise, aussi, l'idée de partir explorer la capitale de l'Ecosse l'enchantait, d'autant que pour le super-actif qu'il était les murs du manoir devenaient vite étouffants. La nouvelle du voyage le faisait sauter partout depuis plusieurs jours, si bien qu'il était impossible de le tenir plus de dix secondes au même endroit, et pour le faire taire n'en parlons même pas ! Clarence avait bien tenté de l'étouffer avec son oreiller mais Drew n'avait même pas sourcillé et avait continué de lui conter ses différents plans pour cette journée, lui racontant à quel point explorer les petites ruelle des villes était toujours plus intéressant que d'aller voir les attractions touristiques et qu'il fallait absolument prendre une glace, c'était un rituel très important, et qu'il ne fallait pas s'attarder à prendre des photos, tout un tas d'informations dont son colocataire n'avait cure en somme. Enfin, toujours été que c'était le grand jour, et en prévision d'une journée bien chargée, le jeune homme ne c'était pas gêné pour manger comme quatre au petit-déjeuner, mais petit tracas, car, comme souligné plus tôt, cela faisait très longtemps que Drew n'avait pas voyagé. Et Drew était malade en voyage. Cela ne lui avait même pas traversé l'esprit, mais enfoncé dans son siège de bus en compagnie une nausée de tout les diables le souvenir douloureux de ses trajets en voiture pendant son enfance lui revenait soudainement en mémoire. Il avait la désagréable impression que le bus s'amusait à tourner et sautiller sur la route pour lui faire rendre son petit déjeuner de champion, aussi avait-il décidé de fermer fort les yeux jusqu'à ce que le bus n'arrive à destination. Cela faisait plusieurs minutes qu'il attendait et sa peau avait prise une couleur verdâtre, et bien qu'il appréciait tout particulièrement cette couleur, il n'était pas sûr d'être ravi quant à cette idée. « -Allez Drew, mon pote, un peu de courage on y est presque. » Il reconnu la voix grave de Clarence dans ses paroles très utiles, vraiment. Il ouvrit un œil, et sa seule oreille ne l'avait pas trompée, devant lui se trouvait son colocataire qui, étrangement, avait l'air un petit peu paniqué. Drew, lui, était trop occupé à feindre la mort pour s'inquiéter de si il allait vraiment rendre ce qu'il avait sur l'estomac ou non.
« - Carole... S'il-te-plait... Dis à ma femme et mes enfants que je les aime, et que je ne les oublierai jamais... »
Après cette théâtralisation digne de Roméo, il mima un hoquet qui fit reculer toutes les pensionnaires agglutinés autour de lui. Il se mit à rire avant de s'arrêter soudainement, encore plus pâle. Peut être allait-il arrêté les singeries ici avant d'avoir un fâcheux incident. Le reste du voyage se passe dans le silence complet, du moins pour Drew qui regrettait de plus en plus d'avoir finit le plat de pancakes au sirop d'érable à lui tout seul. Malheureusement pour lui, Clarence resta à ses côté, lui tapotant maladroitement le dos avant de se rendre compte que cela pouvait s'avérer fatal et décida donc de lui demander tout les cinq minutes si il avait besoin de quelque chose.
Oui.
De l'air.
Lui qui faisait usuellement tout ce qu'il fallait pour qu'on lui porte de l'attention se serait retrouvé parfaitement à son aise dans la plus grande solitude. Quand le bus arriva enfin dans le centre d’Édimbourg après ce qui lui parut une éternité, il n'attendit même pas les instructions de Rixon qui de toutes façons étaient sûrement « faites attention, ne vous perdez pas et amusez vous honhonhon » et se rua en dehors du bus pour vomir avec toute la grâce et la discrétion dont il était capable.
C'est à dire aucune.
Ce n'est qu'après avoir rendu les pancakes à la terre, là où toute chose finissent forcement par retourner, il retourna vers le bus.
« - Bon les enfants, qui est motivé pour trouver tous les marchants de glaces de cette ville ? »Il n'apprenait jamais. RE: Placebo - rp - Wenka - 28-06-2016 Enfin.
Enfin, le voyage touchait à son terme. Non sans un soupir de soulagement – ils allaient enfin pouvoir s'arrêter et enterrer Scott quelque part – Octavie rangea son livre dans son sac, qu'elle posa sur ses genoux, l'enserrant de ses bras, posant son visage contre la vitre pour observer les rues d'Édimbourg qui s'étendaient devant eux. Ça les changeait tant du manoir, et la jeune fille était aux anges de se trouver dans une telle ville – emplie sans doute de librairies, musées et bibliothèques. Un tout petit sourire se dessina sur les lèvres d'Octavie lorsqu'elle vit les grands bâtiments de pierre, et lorsqu'ils passèrent devant une vieille librairie qui, elle s'en doutait, devait être le paradis de tout bibliophile se respectant. Elle avait hâte de pouvoir se rendre dans ces boutiques, mais par dessus tout, était surexcitée à l'idée de visiter de nouveau le musée national d'Écosse. Elle adorait les collections d'art ou d'histoire naturelle qu'on pouvait y trouver, et se sentait toujours incroyablement bien au milieu de ces grandes galeries – même si elle était probablement l'une des seules à rêver de ce musée. Lorsque finalement, elle sentit le bus s'arrêter, Octavie sauta presque sur ses pieds, plus que ravie de pouvoir quitter cet enfer nauséabond, sentant sueur mêlée de vomi – encore la faute de Scott. Elle attendit qu'Antigone ne sorte, se précipitant à sa suite, refoulant une moue dégoûtée en voyant que Drew, comme à son habitude d'une délicatesse particulièrement distinguable, avait décidé de rendre son petit déjeuner juste devant les marches du bus. Mais quel crétin. Octavie sauta par dessus la flaque de vomi, ou qu'en savait-elle, s'autorisant cette fois un air dégoûté et rempli de pitié lorsque Drew revint tout sourires, pour leur demander le plus naturellement du monde pour leur proposer de faire la tournée des glaciers. Des glaces ? Il se trouvait dans la capitale du pays, et la seule chose qui lui venait à l'esprit était de manger des glaces ? Était-il à ce point stupide ? Octavie soupira, et lança un regard hautain et cinglant vers Clarence, qu'elle jugeait en partie responsable de Drew. « – Tiens ton gosse Clarence, qu'il ne nous fasse pas honte. » Il ne manquait plus que ça. Elle n'osait imaginer la gêne qui s'emparerait d'elle, et probablement des enseignants, si Drew venait à faire le gamin lorsqu'ils visiteraient la vieille ville. Non, mieux valait ne pas y penser. |