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Farewell † [rpg] - Version imprimable +- Forum de la Cartoonerie (https://forum.lacartoonerie.com) +-- Forum : Les cartooneurs parlent aux cartooneurs (https://forum.lacartoonerie.com/forumdisplay.php?fid=22) +--- Forum : Jeux en pagaille (https://forum.lacartoonerie.com/forumdisplay.php?fid=27)+---- Forum : Role Play (RP) (https://forum.lacartoonerie.com/forumdisplay.php?fid=35) +---- Sujet : Farewell † [rpg] (/showthread.php?tid=13) |
RE: Farewell † [rpg] - Agou - 11-05-2014 Et malgré le bordel, malgré ce que venait de balancer Connor à la cantonade et qui se révélait être terrifiant, malgré la tournure que prenait les événements, quelques uns fermèrent leur gueule alors que l'appel de la porte semblait attirer Nick. Il ne manquait plus que ça. Qui pouvait bien pouvoir se pointer maintenant ? Ils n'étaient pas une auberge, bordel, la ville entière n'allait pas passer par la baraque des Bass. Le regard d'Ally dériva donc vers l'entrée, pour froncer les sourcils, essayant de distinguer le visage de la personne qui venait de frapper, mais sa voix résonna avant même qu'il ne s'avance dans la lumière. Et alors la brune se rendit compte qu'elle lui était étrangement familière, et que ce simple fait était à la fois détestable et dérangeant. Il lui fallut une poignée de secondes pour comprendre de qui il s'agissait. Elle se figea. Non. Non, c'était une blague. Non, c'était impossible. Non, tout ça c'était des conneries, c'était les conneries de Matthew, mais ça ne pouvait pas être réel, ça ne pouvait tout simplement pas être réalisable, il était mort putain. Il était mort. Quand bien même elle en était la preuve du contraire, les morts ne revenaient pas à la vie comme ça. Il ne pouvait pas s'agir de lui, ils l'avaient tous vu crever, treize ans plus tôt, tout ça c'était de l'histoire ancienne, il ne pouvait pas faire de come back comme ça, parmi eux, après tout ce temps. Après tout ce temps. Drake. - C'est une blague, hein..? Demanda-t-elle, la voix tremblante, sans savoir si elle était réellement audible. Une immense blague, par pitié, mais pas la réalité. Comment il pouvait être là ? Comment il pouvait être vivant, comment il pouvait les avoir retrouvé, hein ? Il n'avait pas le droit. Quand bien même il voulait revenir parmi eux, il n'avait pas le droit. N'importe qui mais pas lui. Par pitié, pas lui. Pas ce mec là, avec sa nonchalance détestable, qui tenait debout, après ces années où il aurait du pourrir dans sa putain de tombe, ou dans les restes d'entrailles d'un zombie décomposé, à des milliers de kilomètres d'ici. Elle n'avait pas oublié. Elle n'avait rien oublié. Aucune des merdes qu'il lui avait fait subir, aucun des coups qu'il lui avait donné, aucun des mots qu'il lui avait adressé, aucune des menaces qu'il avait proféré, et aucune des violences qu'il avait fait endurer à son corps. Elle se rappelait de cet enfer avec toujours autant de précision. Celle d'une gamine à qui on avait trafiqué la mémoire pour des conneries, des raisons inconnus, des choses dans lesquelles elle n'avait rien à voir, en entraînant Ale dedans, alors qu'il n'y était pour rien. Ouais, c'était exactement ça, c'était toujours cette putain de mémoire, qui superposait des choses qu'elle n'avait pas vécu, avec leur réel passé. Elle s'était efforcée d'oublier tout ce qu'il s'était passé à New York, avec sa mort, avec leur fuite, avec sa grossesse, avec toutes ces choses qui avaient creusé un fossé entre elle et cette partie de sa vie. Comme ils l'avaient fait à chaque coup dur, elle s'était refusée de s'attarder sur cet épisode. Combien de temps son nom, ses actes, son visage, l'avait hanté ? Combien de fois elle s'était réveillée en se demandant si tout cela était réellement terminé ? Combien d'insomnies avait-elle enchaîné parce que rien ne se décidait à lui sortir du crâne ? Elle ne savait plus les compter. Il y en avait juste eu beaucoup trop. Si seulement ça lui était paru infiniment loin, si seulement il avait changé, peut-être qu'elle n'aurait pas eu autant mal qu'à cet instant précis, peut-être qu'elle aurait su refréner la terreur qui s'installait au fond d'elle, peut-être qu'elle aurait eu moins de mal à le dévisager. Mais il était resté exactement le même, une copie conforme de celui qu'ils avaient tous connu, sans doute grâce aux miracles de la conservation et de la résurrection, exactement le même, avec son sarcasme naturel, et son regard perçant, alors que la situation était totalement incongrue. Comme si son retour était normal. Comme si il avait réellement quelque chose à foutre ici. Comme si ils avaient eu besoin de son retour. - C'est pas possible... Et sa voix était carrément inaudible. On t'attendais absolument pas, t'as rien à foutre ici, t'étais censé être mort putain ! Elle fit un pas, et s'arrêta, finalement incapable de se rapprocher de lui, incapable de faire quoi que ce soit, figée dans la réflexion de tout ce que son retour signifiait, horrifiée. Tu dégages, Drake, tu vires de là et tu laisses Jude tranquille, mais tu restes pas ici, t'as pas le droit de revenir, tu devrais être... La brune ne termina pas sa phrase, passa une main paniquée sur son visage, et essaya vainement de ne pas se taper une crise de nerfs, juste là, alors qu'elle n'était en face de lui que depuis une minute tout au plus, de ne pas aggraver les choses même si elles semblaient déjà bien enfoncées. N'importe où, n'importe où mais pas ici... Il y eut une seconde de silence, puis la voix grave de Raphaël s'éleva juste derrière elle. - Ouais. Ouais tu vas dégager maintenant, et personne va chercher Jude. Personne, bordel. Sinon je vous jure que je le trucide, et toi avec. Et d'ailleurs, je sais même pas ce qui me retient, tu sais quoi. Affirma-t-il, en essayant de canaliser toute la rage qui semblait exploser à l'intérieur même de son esprit, se retenant pour ne pas lui sauter à la gorge. Drake allait devoir tourner les talons, et repartir de là où il venait. Personne ne voulait de lui ici, personne, et pas même Jude, certainement pas Jude. Pas après toutes ces années, pas après tout ce qu'ils avaient vécu. Il s'était reconstruit, il était heureux, il avait Nate, il avait Léo, il avait le groupe, il était stable et, plus que tout, il avait retrouvé une véritable vie. Après toutes les horreurs qu'il avait enduré, il était heureux. Heureux. Est-ce que quelqu'un pouvait seulement saisir le caractère crucial de ce mot ? Combien de personnes avaient une chance sur cette planète d'avoir droit au bonheur ? Jude faisait partie de ces personnes qui en avaient trop vu, trop vécus, qui avaient beaucoup trop souffert de ce monde merdique, trop supporté ces coups de pote que la vie leur offrait, des choses humainement insoutenables qu'il avait traversé ô combien de fois, et bordel il ne savait que trop bien à quel point il avait pu en pâtir, de ça et de tellement d'autres choses. Jude avait plus que n'importe qui le droit d'être heureux, putain, d'avoir une belle vie, de vivre son amour avec Nate, et Drake n'avait tout simplement le droit de détruire tout ce qu'il avait retrouvé depuis si peu de temps, au nom de son amour-propre. Jude était passé à autre chose. Jude avait tiré un trait sur tout cela. Jude n'appartenait pas à Drake. Plus jamais. Il n'était plus censé vivre ces conneries et se faire traiter comme une merde par son frère, et même si Raphaël connaissait la complexité de leur relation, de leur passé, de leur histoire, rien n'excusait ce qu'avait pu faire Drake, pendant toutes ces années. Et encore moins le peu qu'il avait pu observer lui-même lors de leur séjour à New York, et qui déjà n'en signifiait que trop. Et puis, ce type avait non seulement fait souffrir Jude, mais il les avait tous emprisonnés, avait plongé Pandora dans un état comateux, avait balancé Maya avec son ex, avait exploité Ale en tant que soldat, avait fait des choses indescriptibles au cerveau de Nick, avait violé tranquillement sa sœur comme si de rien n'était, avait tué de sang froid les sœurs de Jill sous leurs yeux, avait prévu de tous les buter sans rien cacher, et surtout, surtout, il avait éradiqué une bonne partie de la population mondiale. Sa mort était la dernière chose qu'on attendait de lui, la dernière chose qu'on aurait pu lui souhaiter. - Vraiment, Drake, retourne voir les merdes que t'as crée, elles attendent un repas dehors, et disparais pour de bon. Personne ne regrette ta mort, personne n'attendait ton retour, et absolument rien ne me dit que tu feras long feu ici, vu le nombre de personne qui te haïssent dans cette pièce. Alors nan, nan crois-moi tu tires une croix sur Jude, sur nous tous, et tu te barres, c'est tout. T'avais produit suffisamment de merde autour de toi, treize ans plus tôt, et personne n'en redemande. Reprit-il en s'avançant, les poings serrés, le regard fermé. A croire que ça te suffit pas, t'en veux toujours plus, hein ? Et il était dégoûté. Dégoûté, énervé, et amer. Et Nate, hein ? Est-ce qu'on avait seulement le droit de lui faire ça, à lui ? Comme si il n'en avait pas vu, des vertes et des pas mûres. Comme si il n'avait pas souffert, durant toutes ces années, dans des contextes différents, des batailles différentes. Peu importe si ils n'étaient pas aussi proches que Raphaël l'aurait voulu, il le connaissait tout de même un minimum. Nate était Nate, et il avait lui aussi vu trop de conneries, trop de désastres, vécu trop de malheurs. Il avait déjà été séparé de Jude deux fois, et qu'est-ce que l'arrivée de Drake était censée signifier, mis à part une fêlure dans leur relation ? Personne n'avait le droit de briser le cœur, de détruire quelqu'un, sous prétexte qu'il était de nouveau parmi les vivants. Nate et Jude. Pas Drake et Jude. Ils s'aimaient, bordel, pourquoi est-ce que toutes les barrière du monde s'obstinaient à se mettre entre eux ? De quel droit ce mec se permettait de briser tout ça d'un claquement de doigt ? Depuis quand il se permettait d'exiger de voir Jude ? Il irait se faire foutre. Au nom de n'importe quelle personne qui avait souffert à cause de ce sonar, dans cette pièce, il irait se faire foutre. - Va te faire foutre. Et fous-lui la paix, définitivement. Jude était son meilleur pote, et bordel ça ne se passerait pas comme Drake l'aurait décidé. Il n'avait pas la parole suprême. Seulement le don de se foutre là où il ne devait jamais être. Et Raphaël lui lança un long regard glacial, avant de finalement conclure. Et j'le répète, le premier qui prend l'initiative d'aller chercher Jude se prend mon poing dans la gueule. J'obéis à personne, pas même à Drake Sheridan. RE: Farewell † [rpg] - Nelka - 11-05-2014 Ce n'était pas exactement la réponse qu'il attendait, mais enfin, on lui avait répondu. Drake ne put empêcher son éternel sourire de lui revenir aux lèvres. Ce sourire, c'était le même qui traînait continuellement sur les lèvres de Léo, c'était le sourire qu'il avait eu en torturant Nick, en violant Ally, en tuant June et Maddie, c'était le sourire qu'il avait eu le jour où il avait découvert le Virus, c'était le sourire qu'il avait eu jusqu'à sa mort et qu'il aurait encore pour longtemps. C'était le sourire qui affirmait à tous que Drake Sheridan était de retour. Sorti tout droit de sa tombe, une cicatrice fine et précise encore à l'abdomen, congelé pendant treize ans, et prêt à recommencer exactement comme avant si on lui en donnait l'occasion. Son instinct ne l'avait pas trompé. Il y avait bien toute la petite compagnie à laquelle il avait eu affaire à New York, tous avec une quinzaine d'années de plus, mais apparemment, toujours aussi heureux de le voir. Il commença par laisser son regard trainer sur la petite brune à l'air déchiré autant qu'hargneuse. Ally. Oh oui, ils avaient quelques bons souvenirs ensemble. - Ally, ça alors, ça fait plaisir de te revoir, toi aussi, lança-t-il en inclinant la tête, toutes dents à l'air. Toujours aussi charmante. Et puis, vint l'invective du grand brun qui lui servait de frère. Qui semblait apparemment se prendre pour un caïd de la tess, ou quelque chose d'approchant. - J'en déduis que Jude est là. constata-t-il simplement, fourrant ses mains dans ses poches. Drake était entouré d'ennemis, bombardé de menaces, et pourtant, il continuait à maintenir son air arrogant et cynique. Parce qu'au plus profond de lui même, il ne croyait pas sincèrement qu'ils puissent lui faire de mal. Il était déjà mort une fois. Qu'est ce qu'ils pourraient lui faire de pire? RE: Farewell † [rpg] - Claaudie - 11-05-2014 Et Matthew allait répondre, sur l'ironie, évidemment, mais il fallut qu'un bruit ne se fasse entendre de l'autre côté de la pièce. Au niveau de la porte, plus précisément. Il aurait bien aimé dire à l'intéressé d'aller se faire foutre, mais le plus âgé des Blavatsky entreprit d'aller ouvrir. Une entreprise qu'il aurait jugé de futile et complètement stupide, si la personne qui se trouvait de l'autre côté n'avait pas été Drake Sheridan.Et la jubilation qui décida de s'éprendre de lui fut si forte, qu'il aurait vraiment adoré prendre en photo les gueules que tiraient tout les membres du groupe autour de lui. Plusieurs fois on l'avait pris pour un idiot, plusieurs fois on s'était littéralement foutu de sa gueule, et voilà que face à eux, à l'instant précis, se dessinait peu à peu tout ce qu'il avait juré de leur infliger, à tous, au retour de Drake. - Tu tombes au bon moment, Sheridan. Ne put-il s'empêcher de dire, sur un ton proche de l'amusement, s'empressant alors d'abaisser son arme, perdant tout intérêt auprès du petit débat qui avait prit place dans la pièce. De toute façon, le silence de plomb qui régnait autour semblait être plus significatif qu'autre chose : Pas besoin de relancer quoi que se soit, la présence de Drake venait de balayer toutes leurs doutes. J'étais justement en train d'expliquer à nos amis comment tu avais fait pour revenir à la vie. Ce fut alors au tour des Weaver de prendre la parole, et de cracher des idioties sans nom. Drake était revenu pour Jude, il repartirait avec, on prendrait Fennec avec eux, et on irait détruire l'Europe. C'était le plan, c'était ce qui était prévu, ces abrutis le comprendraient pas et auraient pas à le comprendre, de toute façon, parce qu'ils ne faisaient pas partis du plan. Alors qu'ils continuent avec leurs menaces, qu'ils fassent tant qu'ils le voulaient, Matthew savait pertinemment que les deux frères s'en iraient ensemble. C'était une évidence, et il allait gentiment le leur prouver. - Putain de merde, Réussit à peine à articuler Ale, en passant une main sur son visage. Putain de merde, putain de... JE VAIS TE BUTER ! Le brun serra les poins, se précipita dans la direction de Drake, prêt à lui faire la peau. C'était impossible. C'était impossible, tout bonnement impossible, que Drake ne vienne se pointer chez eux comme ça. C'était impossible parce qu'il était mort, et parce que cette partie de sa vie s'était effacé à partir du moment où cet enfourné avait crevé. C'était impossible, et le regard qui animait maintenant le visage d'Ally, cette expression détruite, en disait long, beaucoup trop long sur ce qu'elle ressentait actuellement. JE VAIS TE BUTER JE TE JURE QUE JE VAIS T’ÉCLATER TA SALE GUEULE DE... Mais Ale s'arrêta lorsque le cliquetis d'une arme se fit entendre, derrière son oreille. Matthew. Matthew et son sourire de merde, se sourire que Ale aurait adoré lui faire bouffer à l'instant. C'était impossible. Il tremblait. Il tremblait de tout son long, et pas parce qu'il avait peur, parce qu'il savait maintenant que rien ne serait aussi calme qu'il ne l'aurait espéré, que ce bordel reprendrait très vite, qu'ils avaient vécu dans une illusion, l'illusion de pouvoir échapper au passé. Pourquoi est-ce que Drake Sheridan n'était pas mort ?! Pourquoi est-ce qu'il se trouvait devant eux, là, maintenant ?! Ça n'avait même pas de sens ! Ça échappait complètement à la logique de la vie, putain de merde, et Ally devrait supporter ça, Ally devrait se retrouve face à ce fils de pote sous prétexte qu'il avait réussit à échapper à son destin ? Il aurait dû crever, il aurait dû péter avec son labo, et se faire pulvériser par ses putains de zombies. Il aurait jamais dû la ramener, il aurait jamais dû se repointer ici avec ce putain de sourire de merde, cette putain d'expression à la con qui en disait énormément sur ses intentions. Et il voulait retrouver Jude. Il voulait le priver du peu de tranquillité que tous avait retrouvé, avec la mort de Greyson ? Et est-ce qu'il était vraiment mort ? Est-ce qu'il allait pas revenir lui-aussi. Personne ne l'avait vu, après tout. Personne n'avait été témoin de cette mort. Personne. Et tout lui disait, maintenant, que les horreurs allaient reprendre, qu'ils allaient devoir fuir encore, et subir, toujours. Parce qu'on en aurait jamais assez de leur faire ressentir des trucs pareils. On aurait jamais fini de les confronter à tout ça. C'était complètement dingue, c'était complètement dingue et c'était trop lourd, trop pesant. Il ne réfléchissait plus, il voulait juste éradiquer cette image de sa mémoire, effacer le visage qui lui faisait face, qui se trouvait à même pas deux pas de son frère, et qui menaçait sa copine. Ally. Il avait menacé Ally, il l'avait violé, il avait abusé d'elle et s'était contenté de buter leurs proches pour des intentions complètement irréalistes, complètement inhumaines. C'était affreux, affreux parce que ce que ressentait Ale à l'instant présent le dépassait de toute part. Et il devrait annoncer ça à Nate ? Lui expliquer que Drake Sheridan de Jude était de retour, et qu'il avait comme idée de récupérer son frère ? C'était ça, qu'il était censé lui dire ? Nate le supporterait jamais. Nate péterait un plomb, trop de fois Ale l'avait vu à deux doigts de craquer. Et il allait craquer, son meilleur pote, un gars qu'il considérait comme un frère, un gars qui l'avait supporté trop d'année et qui jamais ne l'avait abandonné, allait finir par perdre la tête à son tour, parce que ce sonar venait de prendre la joyeuse décision de ressusciter ? CA N'AVAIT PAS DE SENS PUTAIN ! Ally avait pas à subir ça, Nate non plus, tout les autres aussi. Il était hors de question que ça se passe ainsi, hors de question que ça se déroule dans ce sens là, hors de question que tout prenne une tournure complètement dingue au point de perdre tout sens du raisonnable. Ce n'était pas normal, ce n'était pas humain, et ça n'avait pas de sens. Ça n'avait plus de sens. Tout avait perdu son sens quand Drake s'était pointé, quand il avait capter son visage, l'intonation de sa voix, et quand il avait compris que tout leurs rêves s'écroulaient. Jude était le premier que cet événement traumatiserait. Le premier qui allait en baver, et Nate passerait en second. Plus qu'une question de temps avant qu'il ne finisse tous par crever. Parce que ce mec était dangereux, ce mec était malade, ce mec était un psychopathe, et il devrait vivre avec ça sur la conscience ? Expliquer à Haillie la situation ? ET ELLE ÉTAIT OU PUTAIN ?! Elle était ou ? Pitié qu'il ne la touche pas. Pitié qu'il ne fasse rien à sa famille, qu'il les laisse tous tranquille, qu'il se casse loin, loin d'ici, qu'il retourne dans sa tombe et qu'il crève pour de bon. - J'EN AI RIEN A FOUTRE DE TON ARME DOBSON JE VAIS LE BUTER ! Hurla Ale, en se remettant à courir avant que le coup de feu ne parte : Tout droit sur sa jambe. Il ne le vit pas venir, s'écroula au sol. Et d'autres tintements se firent entendre. Les flingues de beaucoup d'entre eux, dont Nick. Et le regard du blond se trouvait toujours pourtant rivé sur Drake. Sur Drake, sur son visage, sur l'expression qui habitait sa figure souriante, et puis sur ce qu'il avait dit. Sur ce qu'il avait osait demander. Une question simple, banale à première vue, mais une question qui signifiait beaucoup trop de choses à leurs yeux. Il voulait Jude. Il voulait retrouver son frère. L'expression du blond peinait à rester impassible, tellement la pression était forte, tellement la situation perdait tout sens logique, et pourtant, il y arrivait. Il y arriverait toujours, parce que se laisser aller dans ses sentiments ne lui apporterait jamais rien de bon. Il le savait, pour cette raison aussi, son flingue vint viser le crâne de Matthew. Un point entre ses deux yeux, plus précisément. - A trois je tire. Se contenta-t-il d'articuler, les poings serrés, le visage dur, ferme, complètement effacé de toute expression, de toute humanité. Il était hors de question qu'il perde ses moyens. Hors de question qu'il laisse qui que ce soit en pâtir, aussi. Une fois que se serait terminé, il s'en irait. Il dirait au groupe de partir, loin, très loin, et on trouverait un moyen d'échapper à tout ça. Loin de Drake Sheridan. Peut-être qu'il n'était pas certain que cela soit suffisait, peut-être qu'il perdait à son tour, tout sens de la raison, mais son frère, sa famille, tout le groupe semblait peu à peu s'écrouler, au fur et à mesure que le temps s'écoulait juste devant eux.Et Jude en souffrirait. Nick le connaissait mieux que quiconque, il savait ce qu'il ressentirait. Et il était mort de peur. Complètement terrifié face à cette nouvelle meance qui se tenait sur le pas de la porte, complètement perdu parce qu'il savait pertinemment que Jude le suivrait. Il le savait, peut-être que son seul point d'appui serait Nate, mais Nate ne tiendrait pas le coup, Nate craquerait à son tour, et Jude repartirait à l'intérieur de la même boucle infernale qu'il avait connu plus tôt. Ce néant complètement chaotique duquel ils l'avaient tous sorti; Il était hors de question que Nick ne laisse cela se produire. Un, Commença-t-il, en serrant le poing su son flingue, sa main tremblant littéralement, sa voix complètement incertaine, et la pression qu'il avait sur le brun plus forte que jamais. Il refusait de regarder Drake. Il refusait de lui faire face, aussi se contenta-t-il de lui tourner le dos. Peu importe ses intentions, il refusait tout simplement de le laisser encore une fois dans sa vie. Le brun ouvrit la bouche, alors, prêt à continuer son décompte, lorsque la voix de Drake résonna. Juste à côté. Visant Ally presque directement. - Ta gueule, ferme ta putain de gueule... Articula Ale juste en face. Et la main de Nick devint moite, tordue, glissante. C'était impossible. Son frère pissait le sang face au plus gros taré de cette foutue planète, et il trouvait encore moyen de menacer, il trouvait encore moyen de faire paraître des choses plus horribles les unes que les autres juste sous ses yeux, il trouvait moyen de menacer Ally. Qu'il arrête de faire subir ça à son frère, putain ! - C'est bien, on dirait que vous vous connaissez. Nota Matthew, souriant quand bien même Nick avait toujours une arme belle est bien pointée dans sa direction. Blavatsky, fais moi plaisir, baisse ce jouet qu'on puisse tous parler... - TA GUEULE ! Hurla Nick, alors qu'on pouvait sans mal percevoir l'intonation rauque qui animait sa voix, l'air mal-assuré qui peignait son visage, alors que peu à peu, la carapace qu'il avait construit semblait s'estomper. On menaçait tout ceux qui lui étaient chers, et il essayait encore de tenir tête aux monstres qui lui faisaient face. - Maman, est-ce... Ce fut au tour d'Haillie d'entrer à l'intérieur, et de découvrir avec horreur ce qui se déroulait sous ses yeux. Son père, la jambe couverte de sang. Sa mère et son visage qui semblait à deux doigts de s'effondrer dans une avalanche de larmes. Et un parfait inconnu, un homme qui ne lui disait absolument rien, et qui se tenait là, debout, face à tous, qui semblait avoir une emprise considérable sur la moitié du groupe, mais qui ne lui revenait pas. Alors, ce fut en croisant son regard, qu'un détail la marqua. Le bleu de ses yeux, un bleu clair, trop clair, celui qui avait autrefois habité le visage de Léo, ce visage qui s'était déformé en ce même sourire menaçant, la fois où il avait tué deux hommes de sang froid. Ses mains vinrent se poser sur son visage, et une expression complètement perdue alla s'y dessiner. - Maintenant on est quitte, Blavatsky. Maintenant tu me laisses parler. Lâcha violemment Matthew, juste avant qu'un flingue ne vienne se diriger dans sa direction. Et tu me laisses appeler Sheridan. Cette phrase sonna la menace, et en écho à cette dernière, Nick brisa le silence. - Dobson, tu fais un geste, j'te promets que je... - Que tu quoi ? Que tu me bute ? T'auras pas le temps de tirer, que ta petite nièce sera déjà morte. - Papa, maman, c'est quoi ce bordel... Réussit à peine à dire la petite brune, sans oser bouger. - Le premier qui la touche, je lui fais bouffer ses coquilles. Connor s'avança, se plaça dans un automatisme certains entre Haillie et Matthew, le visant de son flingue, les traits figés. Ils subissaient tous un surplus d'émotions, c'était certain, mais l'expression du visage d'Ally ne lui plaisait pas, encore moins que le ton de l'inconnu qui s'était permis de foutre son cul à l'intérieur de chez lui, sans en demander la permission. Et puis on commençait à tirer sur tout ce qui bougeait : Evidemment que ça lui plaisait pas. Et le premier qui baisse pas son arme il se barre de chez moi et il va dire bonjour aux zombies. Hailie pleurait. Ally était à deux doigts de craquer, un bordel complètement malade régnait dans la pièce, et il savait même plus quoi faire. Tout ce qu'il semblait avoir compris, se résumait à "Drake Sheridan". Il savait pas ce qu'il devait en conclure, encore moins ce que ça signifiait, mais il savait que ça voulait rien dire de bon, parce que si c'était le Drake Sheridan dont tout le monde parlait -et trop d'indices le poussaient à croire que oui, alors il fallait qu'il se barre. Qu'il foute le camp, qu'il dégage de chez lui et qu'il revienne plus jamais. Si Connor était indulgent sur plusieurs trucs, ce gars faisait pas partie de la catégorie. - Oh mon dieu, oh mon dieu, mon dieu, oh mon dieu, mon dieu, dieu, oh mon dieu. Will, qui depuis le début, s'était retrouvé affalé sur le canapé, rapprocha ses jambes de son visage, passa ses mains autour, avisa Matthew, puis Drake. Puis Nick, puis Connor. Puis Matthew, puis Drake. Puis Nick, puis Connor. Puis Ale, Ale qui saignait, Ale qui hurlait, Ale qui semblait à deux doigts de péter un câble, comme beaucoup d'autres. Oh putain, Bronwyn... Bronwyn t'es où... Réussit-il à articuler, en jetant de vifs regards autour de lui. Il avait mal partout, à cause de sa crise, et il avait mal à la tête, parce qu'on gueulait depuis des heures.Son regard se posa sur Anderson, qui de son côté, semblait ne même plus comprendre ce qu'il se passait en face de lui. On pouvait croire que pour les gens qui n'avaient pas connu le groupe à ce moment là de l'Apocalypse, la situation n'avait pas de sens. Mais lorsque le blond déposa son regard sur Ale qui saignait trop abondamment, son réflexe fut de s'approcher de lui pour l'aider à se lever, et entreprendre de soigner la blessure, au milieu du bordel ambiant. - Quelqu'un m'aide avant qu'il se vide de son sang, putain ?! Grogna-t-il, en déchirant un morceau de tissus sur ses vêtements, pour panser la blessure. Si Tom ne comprenait pas un mot de ce qui se disait autour de lui, le visage de Drake Sheridan fut l'unique détail qui sembla frapper son esprit. Bien sûr qu'il savait qui était Drake Sheridan. Comme pour James Greyson, et beaucoup d'autres, on avait écrit son nom sur la liste des personnes à protéger. Son père, en accord avec les autres dirigeants européens, devait très probablement s'en être mêlé. Après tout, c'état le mot qu'il lui avait fait passé, avant que Tom ne soit envoyé en Amérique afin de réaliser sa mission : Protéger toutes les personnalités importantes. Les protéger à tout prix, et faire en sorte qu'aucune d'entre elles n'ait la possibilité d'échapper à l'emprise Européenne. C'était simple, clair et précis. Drake Sheridan avait même été le premier nom sur la liste, la première personne qui aurait dû, en temps normal, rejoindre l'Europe. Mais il n'en avait pas été ainsi, et ce fut pour cette raison, que ce détail le frappa à ce point. Drake Sheridan aurait dû avoir quitté l'Amérique. Tom avait brièvement compris qu'on comptait se servir de lui afin d'augmenter l'influence Européenne sur le monde. Pourquoi n'avait-il pas été déjà arrêté ? Et qu'en était-il de James, si même Drake avait été laissé pour libre ? Les agissements de son père lui paraissait confus, incertains. Peut-être, au final, qu'il préparait autre chose. Peut-être que ce délaissement des Etats-Unis au prix d'une multitude d'actes sans cohérences avait en réalité un tout autre but. Peut-être qu'on leur laissait du temps, après tout. Tom s'appuya contre le mur, baissa simplement les yeux, ce qui se déroulait devant lui n'ayant en réalité, que très peu d'importance à ses yeux. Il ne connaissait pas ces gens : Il ne leur devait rien. Tant que Fennec n'était pas impliqué dans leurs problèmes, sa présence ici n'était pas forcément utile. Pour l'instant, il voulait juste comprendre. Traduire, en un mot, les choses qui se tramaient du côté Européens, car si personne ne semblait en état d'être alarmé par ce qu'il venait de dire, c'était important. Bien plus important et bien plus grave que la cause de leur effroi, car au contraire de Drake Sheridan, il ne s'agissait pas ici d'une personne, mais d'une idée, d'une secte aux valeurs totalitaires, qu menaçaient le monde, drapé sous la parure de pays entier. RE: Farewell † [rpg] - Agou - 12-05-2014 C'était un cauchemar, un putain de cauchemar qui avait débuté à l'arrivée de Drake mais qui ne semblait jamais vouloir de finir. Et Ally était totalement paumée, à deux doigts de s'effondrer sur place, parce que c'était trop dur de supporter le regard de Drake, de devoir se tenir à trois mètres de lui, de se rendre compte qu'il était bel et bien vivant, et déterminé à rester ici, à chercher Jude, et que tout ce qu'il s'était passé à New York reprenait place dans cette pièce, au fur et à mesure que chacun d'entre eux se rappelait de ce qu'ils avaient vécus. Tous. Ils avaient tous subi Drake, peu importe comment, ils avaient tous terriblement souffert. Mais elle, elle était incapable de faire face au type qui avait l'avait manipulé pour pouvoir abuser d'elle en toute tranquillité. Elle n'était pas à la hauteur, elle n'avait pas le cran nécessaire pour faire face à tout ça sans ciller, en restant forte et en essayant de ne pas se laisser atteindre. Elle était déjà atteinte, depuis le moment où elle avait posé ses yeux sur lui. Alors comment aurait-elle pu se cacher derrière une façade ? Son regard venait de croiser celui d'Ale. Ale qui semblait malade de rage. Ale qui se jetait littéralement sur Drake. Le cœur de la brune s'arrêta de battre, ou peut-être était-ce seulement la peur qui lui nouait la gorge qui l'empêchait de s'en rendre compte, mais elle se figea en voyant le flingue de Matthew pointé droit sur Ale. Une poignée de secondes plus tard, il tirait. Et ce fut elle qui hurla, littéralement, alors que le brun s'effondrait. A quel moment est-ce que les larmes commencèrent à dévaler le long de ses joues ? Elle avait vu le sang gicler, puis Nick qui menaçait ouvertement Dobson, en réponse à ce qu'il venait de faire, et Drake qui reprit la parole. Comme si elle avait besoin de ça, comme si elle avait envie d'entendre ce qu'il pouvait dire à son sujet. "... Ça fait plaisir de te revoir, toi aussi." Elle tremblait. Elle tremblait, bordel, juste parce qu'elle faisait face à Drake. "Toujours aussi charmante." Et elle sanglotait. - Ferme-là, putain ferme-là, vous êtes tous des putain de malades... Et elle était incapable de dire quoi que ce soit de cohérent, parce qu'ils venaient de tirer sur son copain et que ça la tuait littéralement, parce qu'Hailie venait juste de faire irruption dans la pièce et que tout allait trop vite, qu'elle était incapable d'esquisser le moindre mouvement alors qu'on menaçait sa fille de mort. Elle n'arrivait pas à réagir, sûrement à cause de la terreur qui lui compressait la poitrine, de la vision de la jambe ensanglantée d'Ale, de sa fille avec le canon d'une arme rivé sur le crâne, au milieu de ce bordel. Elle était désolée. Désolée de ne pas arriver à faire quoi que ce soit pour empêcher tout ça d'arriver, désolée de ne pas savoir faire face à Drake, et désolée d'être inutile, au contraire de tous ceux qui intervenaient autour d'elle. Ale, Nick, Connor. Elle en était incapable, elle. Pas lorsqu'elle voyait ces deux yeux bleus, ce sourire, ce même putain de sourire qu'il avait eu à chaque fois qu'il lui avait fait du mal, à chaque fois qu'il avait passé ses nerfs sur elle, toujours ce même sourire, atrocement familier. Il aurait du mourir, encore une fois, tué par ses propres créatures. Il n'aurait jamais du exister, il n'avait rien à foutre ici, et... - Putain Matthew, je te jure que je vais te défoncer ! Cracha Raphaël en se retournant vers l'intéressé, pour se jeter sur lui violemment et le plaquer contre le mur. Ale pissait le sang, Hailie et Ally pleuraient, Nick et Connor avaient eu le bon sens d'intervenir, mais Will paniquait et.. Et merde, tout ça à cause de ce sonar ! Il l'avait dit. Il le leur avait dit, pour le retour de Drake. Et il avait eu raison. Et le brun allait le tuer. Je te jure que si ton flingue le fait rappliquer je te démonte, bordel, j'peux savoir quel est ton problème, enfourné ?! Il le frappa violemment, au visage, alors que derrière lui la voix de Will résonnait. Si Jude voyait Drake, il ne se le pardonnerait jamais. Si Jude voyait Drake, il préférait crever plutôt que de voir la suite des événements. Si Jude voyait Drake, et que Nate les voyait, Raphaël ne s'en remettrait sans doute jamais. C'était injuste, et ça le tuait. Il relâcha brusquement Matthew et recula, les poings toujours crispés, les dents serrées. Prêt à lui faire payer toutes ses conneries, à lui comme à Drake. - Et toi, Sheridan, tu ferme ta gueule à propos d'Ally, et t'abandonnes ton idée de voir ton frère, tu bouges ton cul hors de cette baraque ou je m'en charge moi-même, balança Raphaël, d'un ton bourré de rage, alors que son regard se posait sur sa soeur, qui avait rejoint Côme près de son copain, terrifiée, pleine de culpabilité. Il lui sembla l'entendre s'excuser, puis une petite voix prit le dessus, alors que quelqu'un faisait irruption dans le salon. - PAPAAAAAA ! Chantonna Caden, tout content, au milieu du sang, des armes, des larmes, des engueulades. Et ce fut au grand brun de sortir son arme, froidement. - Si il vient l'envie à quelqu'un de prouver quoi que ce soit en s'en prenant à un gosse, je lui explose le crâne, et sans faire de décompte, assura-t-il alors que le gamin fronçait les sourcils face à son père couvert de rouge. - Papa ? Et il semblait au bord des larmes. Et Ally se sentit totalement paniquer, en voyant son regard plein d'incompréhension, en voyant l'état d'Hailie un peu plus loin, en voyant la jambe d'Ale, qu'elle tentait plus ou moins de soigner avec Côme, et en se rendant finalement compte que Drake ne faisait pas seulement sauter les vies de Jude et Nate, mais bien celles de tout le monde. Même celle d'un enfant de quatre ans. RE: Farewell † [rpg] - Xuu - 12-05-2014 Le soleil filtrait doucement à travers les carreaux brisés de la fenêtre, répandant dans la pièce hasardeuse où Nate et Jude avaient choisit de faire escale un halo grésillant, faute des réverbères turbulents de la rue. Toute la journée durant - le temps avait filé à une vitesse inhumaine-, ils étaient demeurés dans cette seule chambre, passant les minutes avec quelques occupations des plus nobles, chahutages tout aussi illustres, et se nichant l'un affalé sur l'autre, yeux tournés vers le plafond, à échanger quelques réflexions philosophiques dérisoires ou insultes tacites qui leur étaient propres. Et c'était sur un éclat de rire et un "ta gueule sonar", à une heure déjà avancée de la soirée, que les paupières lourdes et les doigts entremêlés, l'un et l'autre avaient trouvé le sommeil. C'était fatiguant, de vagabonder avec Ellidson toute la journée. C'était fatiguant, d'être heureux. Il avait vaguement paru à Jude sentir un mouvement plus appuyé qu'un autre, aux alentours de vingt-deux heures ; d'un clin d'œil, il avait reconnu le museau de Léo, qui avait visiblement fait le choix de les rejoindre dans leur sieste. Pour la centième fois de la journée, un sourire rayonnant vint animer les lèvres du tatoué, qui se laissa de nouveau aller à sa léthargie, quoi que prenant grand soin de ceinturer son fils de ses bras. Il était à quelques centimètres seulement de deux des plus grands soleils autour desquels gravitaient sa vie ; son sourire se fit insistant, débordant, et encore lorsque le sommeil s'éprit de nouveau de lui, pouvait-on lire les marques de celui-ci, indélébile. Sans doute faudrait-il qu'il parle à Léo de ses projets pour eux deux de road trip autour du monde en compagnie d'Ellidson. Il voyait mal le gamin prendre la nouvelle avec un entrain démesuré, il le voyait même plutôt s'affairer à comploter psychiquement et œuvrer à ce que l'autre portoss ne meurt accidentellement d'une indigestion (Jude n'était pas naïf à ce point), mais le brun faisait confiance à Nate en matière de sociabilisation : il n'aurait pas grandes difficultés à se faire adopter de Léo. Et peut-être même apprécier. Après tout, lui-même était un Sheridan, et pourtant, dieu seul savait à quel point Ellidson serait parvenu à trouver une place dans son âme de solitaire. C'était sur ces pensées apaisantes, imprégnées d'une saveur de projets et de futur, qu'une fois de plus, Jude avait trouvé le sommeil, quand une de ses mains tenait encore celle de Nate, et l'autre pressait le dos de Léo contre lui. Longs et doux songes. Doux songes bientôt déchirés de la déflagration d'une balle, dans le salon. Ce fut avec brusquerie que les yeux de Jude s'ouvrirent, une nouvelle fois. La pétarade l'avait fait sursauter, et son cœur avait méchamment loupé une pulsation. Il s'était redressé sous l'impulsion. Mettant quelques instants à remettre en place le contexte de sa situation, il se tourna vers les deux zouaves qui occupaient son pieu et, qu'à son instar, la balle avait réveillé. Jude les lorgna, partagé entre la récréation singulière que lui offraient leurs deux gueules respectives ébahies, et entre l'agacement : ils étaient gentils, tous autant qu'ils étaient, et peut-être les échanges d'amabilités par gun interposés étaient-ils devenus monnaie courante dans leurs esprits, mais y'avait pas : en guise de réveil, c'était foncièrement chiant. Et plus encore lorsqu'il tapait pionçage en compagnie de ses deux hommes. -C'est des vrais connards., déclara-t-il sobrement, en s'accordant un bâillement de tigre. Par la fenêtre, la lune était visible, couverte de nuages sombres. Il devait être très tard, et l'orage menaçait : printemps de merde. Mais l'altercation qui se jouait dans le salon n'avait pas encore l'air finie ; si elle ne s'était suffi qu'à une déflagration, sans doute Jude n'aurait-il pas fais le choix de se lever. Néanmoins, les éclats de voix qui suivirent celle-ci finirent de le conforter dans son urgence impérative : ces gens nécessitaient son aide. Énième crise hormonale, Dobson et Bass qui faisaient une fois de mieux jouer de leurs testostérones, ou une nouvelle attaque surprise de zombies, les paris étaient lancés. -J'vais les éclairer de ma lanterne ancestrale, affirma alors Jude dans un soupir, en se revêtant de son fute délaissé cruellement au coin de leur pieu. Son haut avait dû disparaitre sous le lit. Tant pis. Il se leva, cheminant jusqu'à la porte du couloir, non sans une pointe de regret. Et lorsque l'entrée fut ouverte, les cris se firent d'autant plus perçants et déchirés. Presque aurait-il pu en être laissé perplexe et s'interroger. Ce ne fut pas le cas. Diantre. Ce n'était pas un éclairement ancestral qui devait être offert à ces gens, mais bel et bien un coup de pied au cul. Ses rangers claquèrent sur le parquet usé qu'était celui du dégagement, lorsque, soupirant une nouvelle fois, il se rapprocha des sources de voix criardes. -Bon, les enfants, commença-t-il, sourire narquois aux lèvres, que diriez-vous de tous vous asseoir autour d'un bon chocolat chaud et d'en parler avec tonton Ju... Mais lorsque du couloir, il émergea dans le salon, sa voix s'étrangla violemment dans sa gorge. Et son cœur explosa proprement dans sa poitrine. Les regards convergèrent vers lui, mais le sien était paralysé. Électrifié. Jude avait stoppé sa marche, stoppé ses gestes, n'avait pas même pris la peine d'effacer de ses lèvres son esquisse de sourire, stoppé sa voix, stoppé sa respiration. Il était tétanisé, sur place, une statue de cire qu'on aurait immobilisée à l'instant zéro. Et après des secondes et des secondes entières de mutisme, toujours pétrifié, son unique œil azur transi, rivé droit devant lui, ce fut une avalanche, qui vint laver son expression harassée, pour la changer, millimètre par millimètre. Il se défigura, à commencer par son sourire qui eut tôt fait de devenir un rictus qu'aucun mot ne parviendraient à décrire. Écartelé entre l'affolement brut et l'hypnose. Ce n'était pas une hallucination. La question ne lui traversa même pas l'esprit. Il l'avait déjà trop vu en rêve pour immédiatement avoir pu faire la différence. Et si ce n'était pas une hallucination, ça signifiait que c'était réel. Il était réel. La main de Jude se porta à sa gorge, tant, paralysé jusqu'à la moindre de ses cellules, ses poumons commençaient à manquer d'air. Ses lèvres s'ouvrirent, cherchant de l'oxygène, tremblantes, et bientôt, ses mains aussi se mirent à convulser. Comme son abdomen, comme ses jambes. Mais rien ne semblait pouvoir amener son regard à se détourner de sa cible, celle qui l'avait statufié. « Drake », articula sa bouche, mais il n'émit aucun son. Drake, le Drake dont il avait fait mille rêves, chaque nuit, chaque nuit sans exception depuis treize ans, et qu'il voyait dès que ses paupières se faisaient closes. Le Drake qui apparaissait de manière aléatoire, parfois, quand bien même Jude était-il éveillé, et qu'il ne discernait que du coin de l'œil, et dont la vision lui échappait dès qu'il voulait le dévisager. Le Drake à qui il parlait dès qu'il s'isolait, quand bien même ça faisait déjà des années, que ses mots demeuraient sans réponse. Quand bien même Jude savait-il ses actes immoraux et vides de sens, parce qu'il n'avait simplement jamais pu se faire à l'idée selon laquelle son frère aurait définitivement quitté la surface de la planète et l'y aurait laissé seul. « Drake », s'essaya encore à prononcer Jude, les yeux écarquillés, desquels ses larmes commençaient à déborder. Ses jambes vacillèrent, mais il parvint à tenir bon, et d'un revers de main, vint chasser le surplus d'eau qui aveuglait sa vision ; il voulait le voir encore, il semblait trop réel, il ne voulait pas le quitter des yeux, il voulait le voir, le regarder encore durant des heures entières. C'était l'expression d'un enfant que Jude laissait entrevoir, celle d'un enfant qu'après des siècles d'abandons, on venait de daigner venir chercher. « Drake », « Drake », « Drake », il était à quelques mètres de lui. Il était à quelques mètres de lui, et cette pensée suffisait à balayer toutes les autres. Balayer la réalité, balayer le reste du monde. Il était comme dans chacun de ses rêves, chacune de ses hallucinations, et plus pur encore, parce qu'en treize ans, quelque détail de lui avait finit par échapper à Jude. Il les retrouvait, maintenant, et ils n'avaient aucun égal. Ce furent une inondation de larmes, qui submergea ses yeux, en même temps que les tremblements de tout son organisme se faisaient insoutenables. Ses jambes se dérobèrent sous lui, toujours à la même place, à cette sortie de couloir, et il n'eut que ses coudes flageolants pour se rattraper. Il n'y avait aucun adjectif adéquat pour décrire la tempête intérieure qu'était l'âme de Jude. Mais ses yeux écarquillés et ravagés de larmes se refusaient toujours à le quitter. -Drake..., parvint-il finalement à émettre, la voix presque inaudible et cassée jusqu'au fond de la gorge, l'eau coulant à flots de ses yeux. Dans sa poitrine, son cœur n'était plus que pulsations sur pulsations, organe battant, et ce, dans de telles proportions qu'il en devenait inhumain. Il était revenu. Il était revenu pour lui, il était revenu le chercher. Alors que Jude l'avait tué - comment avait-il pu le tuer ?! Un spasme le secoua, tandis qu'avec difficulté, il se relevait, cherchant pitoyablement des appuis, le sol tournant sous lui, comme tout le reste. Seul Drake demeurait ancré dans sa vision, immuable, hypnotisant. Comment avait-il pu le tuer ? Son frère, celui qui, lui-même encore gamin, avait fait le choix de veiller sur lui comme un père, il lui devait tout, il lui devait la vie, et lui lui avait ôté la sienne ! Et pourquoi était-il là ? Comment pouvait-il être là ? Il l'avait senti, et bien des centaines de nuits avait-ce été l'objet de ses cauchemars, son pouls se ralentir, s'estomper, lui échapper, il avait vu ses pupilles se vider de leur éclat, ses lèvres devenant glacées, il les avait senties ! Il parvint à faire un pas en avant, mais semblait prêt à tomber chaque centimètre. Il avait vu la mort s'emparer de son frère, qui le lui avait rendu ? Les yeux dans les yeux, le bleu dans le bleu, il s'avançait, aimant appelé à son autre moitié, magnétisé. On aurait entendu ses supplications ? Combien en avait-il prononcé, durant treize ans ? Des milliers, peut-être plus encore. Devant la statue d'un aigle dont, parfois, plus que de le chérir, Jude aurait voulu détruire de ne pas être son frère, ou durant ses nuits d'insomnie, ou enfermé en prison et proche de se laisser dépérir, ou quand il se sentait seul, dépassé, délaissé, abandonné. Combien de fois avait-il pu lever les yeux vers le plafond, vers le ciel, n'importe quoi, prononcer des paroles adressées à des divinités en lesquelles il ne portait pourtant aucune foi, mais combien de fois avait-il pu s'essayer à croire en elles, juste pour retrouver son frère, le phare de sa vie ? Il avait cessé de compter, il y avait déjà bien longtemps. Mais on avait dû entendre les hurlements de ses entrailles déchirées, quelqu'un l'avait entendu, quelque part. Son cœur s'embrasa, il lui semblait de nouveau goûter à une saveur qu'il avait cru perdue pour toujours : la sensation d'être entier, et non plus déchiré de sa plus vitale moitié, tandis que, lentement, sollicitant l'aide d'un mur pour s'aider à marcher, il continuait d'avancer vers lui. Drake, Drake, Drake, il était beau, il était magnifique, il était revenu, il lui était revenu, après l'avoir laissé sombrer dans la folie par sa seule absence. La mâchoire de Jude n'avait jamais autant tremblé que lorsqu'il ne fut plus qu'à un pas de son frère. Il n'était comparable à rien, à rien sinon à l'homme qui avait donné un sens à sa vie, et ses défauts donnaient une nouvelle définition à la perfection. -Drake... Sa voix n'était qu'un souffle. Il tendit la main, effleura le tissu de son haut, et un nouveau sanglot secoua son visage, lorsqu'il prit conscience de ce qu'on venait de lui offrir : on lui avait rendu son dieu, le héros de son existence. Et lorsque de nouveau, ses jambes trop tremblantes lui firent défaut, il tomba à genoux, incapable de se soutenir lui-même. C'était son rêve, le plus grand rêve qui ne l'ait jamais animé depuis sa naissance: demeurer avec lui pour humblement l'éternité. Il s'était départi de ce rêve treize ans auparavant, seulement animé de l'intention de mettre fin à ses propres jours aussitôt. Mais Drake était là, un Drake qui n'avait rien à voir avec celui que Jude avait pu côtoyer les trois dernières années précédant son plongeon dans le noir ; il n'avait plus cet éclat indifférent dans les pupilles qui tant de fois l'avait fait souffrir un martyre sans comparaison, il le regardait comme lorsqu'ils étaient encore enfants, idiots et sereins. Il ne l'ignorait plus. Il le voyait de nouveau, le considérait de nouveau, et il était venu le retrouver. Jude ne chercha pas à se relever ; aucun de ses membres n'en avait la force. Il répétait son prénom inlassablement, avec une conviction violente et pitoyable, parvenant tout juste à agripper ses mains à l'étoffe de son haut, le visage levé vers celui de son frère. « Drake », « Drake ». Treize ans. Il se serait livré au diable, pour une minute de plus passée avec lui. Il se serait livré à une éternité de douleur, si elle avait pu lui permettre de le garder quelques instants de plus dans ses bras. Et il l'aurait fait avec le sourire, si on lui en avait accordé la possibilité. Sans aucune hésitation. Mais on le lui rendait, aujourd'hui. Sans rien avoir eu à échanger. Jude se surprit alors à penser que la vie n'était peut-être pas si cruelle, et qu'en dépit de ce qu'il avait pu penser des millions de fois, elle ne s'acharnait pas sur lui. Il se surprit à penser qu'il avait été bien stupide, de se laisser aller à la déraison, maintenant qu'il en avait la preuve ; quels que soient les dieux qui animaient ce monde, il ne le haïssait pas. -T'es là..., murmura-t-il, pour lui et seulement lui. Ses larmes étaient intarissables, ses mains convulsaient toujours. Il tenta de se relever, mais n'y parvint pas, toujours résolument agrippé à son seul haut, se refusant à le lâcher quand bien même les spasmes nerveux qui l'agitaient dépassaient la limite du raisonnable. Non, non, il ne le lâcherait pas. Il ne le lâcherait plus jamais. Il ne se séparerait plus jamais de lui, il était trop vide, un corps dépouillé d'âme, lorsqu'il n'était pas avec lui. Et le sang de ses veines faisait écho au siens, le bleu de ses pupilles faisait écho au siens, les traits de son visage faisaient écho aux siens, chacun de ses traits, comme pour mieux les réunir, comme pour mieux prouver une fois de plus que les séparer signifiait les détruire. Destruction à laquelle Jude n'avait que trop goûtée ; le retrouver atteignait de tels sommets de violence émotionnelle que durant de longs instants, il ne parvint plus même à articuler son nom. Ses bras tremblèrent avec plus de brutalités, mais il ne le lâcha toujours pas. Et incapable d'en articuler plus, la gorge coupée, le cerveau braqué sur pause et son cœur pilonnant encore son poitrail, il enfouit brusquement son visage dans le torse de son frère comme un alcoolique se réfugierait dans l'alcool, se saoulant de son odeur, celle dont il avait trop été privé et qui l'avait rendu dépendant comme à rien d'autre. Drake. Drake. « Drake ». Comme pour mieux prouver que les séparer signifiait le détruire. RE: Farewell † [rpg] - Agou - 13-05-2014 Posté sur iPod dans le bus, désolée si y a des fautes/mots chelous c'est le correcteur automatique Allez go brevet (C'est bâclé) Non. Non. Non. NON PUTAIN. Raphaël regarda Jude arriver, Jude qui semblait effondré, Jude qui semblait paralysé, Jude qui semblait affolé. Jude qui se tenait face à Drake, quand bien même des mètres les séparaient encore. Des mètres. Tout juste ça, alors qu'il aurait fallu mettre l'univers entre eux, la vie et la mort, alors que putain, plus rien ne les retenaient. Rien, pas même lui, alors qu'il aurait tant voulu être capable de faire quoi que ce soit, les séparer certainement, ou revenir en arrière, à un moment où Nick n'aurait pas ouvert cette porte, où le corps de Drake aurait connu la mort parmi les zombies, où il aurait rejoint l'au-delà de façon définitive. Au lieu de quoi, il se tenait là, fièrement, et pourtant tellement loin d'être à sa place. Il n'y avait pas place pour Drake Sheridan, putain. Pas ici, pas aujourd'hui, pas maintenant. Dans une autre vie. Mais ni celle-ci, ni la première. Dans une vie qu'il ne connaîtrait pas, parce qu'il ne voulait pas voir ça, pitié. Il ne voulait pas le voir revenir vers lui, pas après tout ce qu'il s'était passé, pas après... Pas après Nate. Nate qui allait terriblement en souffrir, Nate qui ne le méritait pas, parce que Raphaël ne savait que trop bien ce que l'expression de son meilleur ami signifiait actuellement. Alors que son visage semblait s'être métamorphosé, et que quelque chose de nouveau faisait irruption, une lueur dans son œil, un éclat, quelque chose qu'il voulait refuser d'admettre mais qui était pourtant bel et bien présent. Jude retrouvait Drake, et il semblait heureux. Après le choc, après l'effroi, une douce joie venait naître, et ça se lisait dans son regard, dans chacun de ses gestes. Aucun ne semblait exprimer le dégoût, le refus ou le déni. Au contraire, les larmes qui roulaient sur ses joues semblaient suffisamment révélatrices, alors qu'il se rapprochait de Drake, et que chaque pas qu'il effectuait semblait déchirer Raphaël. A chaque centimètre gagné, une nouvelle fêlure se créait à la surface de son esprit, alors que ses penses tournoyaient autour de Nate. Ça ne pouvait être qu'un cauchemar. Rien que ça. Un cauchemar, un stupide mauvais rêve. Le bonheur de Jude à la vue de son aîné était trop vif pour se méprendre sur ses sentiments, et c'était sans doute le pire, dans cette histoire. Rien n'était terminé, tout semblait destiné à se répéter, se reproduire, malgré les souffrances que ça entraînerait. Et Nate allait devoir se confronter à ce tableau là ? C'était ça, qu'on leur balançait à la gueule ? Les retrouvailles que Drake avait espéré en venant ici ?! De quel droit il se permettait d'entrer et d'obtenir des autres ce qu'il désirait ? Pourquoi est ce que, en plus du reste, on trouvait moyen de le satisfaire par rapport à la personne qu'il désirait retrouver, pourquoi est-ce qu'on lui rendait Jude alors qu'il avait fait souffrir tant de gens ? - Jude ? Et son appel n'avait plus aucun sens, alors que ce dernier sanglotait, à genoux devant son frère, dont il agrippait fermement le t-shirt, incapable de contrôler ses émotions, et beaucoup trop bouleversé par son retour. Et la voix rauque de Raphaël se perdait dans ces effusions de larmes, dans ces manifestations de joie, alors qu'il tentait vainement de comprendre pourquoi. Pourquoi Jude revenait vers lui, malgré ce qu'il avait vécu, pourquoi est-ce qu'il acceptait l'évidence de sa seconde vie de cette façon, alors qu'il avait été le premier à en pâtir, de cette foutue relation ? Pourquoi est-ce qu'il faisait ça à Nate, pourquoi est-ce que toutes ces conneries avaient lieux ? Pourtant, lui il n'avait rien à dire. Sa parole n'avait aucune importance, quand bien même il l'aurait voulu. Qui l'écouterait, des deux Sheridan ? Il savait qu'il ne ferait rien de plus, au fond, que de ranger la haine de Jude de son côté. Et Drake était déjà suffisamment satisfait, il n'aurait pas voulu briser les derniers points qui semblaient tenir debout, dans cette pièce, pour le simple plaisir de voir son sourire à la con. Plus qu'une question de secondes avant qu'Ellidson ne fasse son entrée dans la pièce. Il ne savait plus réellement ce qu'il était censé penser, maintenant, parce qu'il était totalement perdu. Et il avait beau chercher, il ne comprendrait certainement jamais ce qu'il se déroulait sous leurs yeux. Avait-il seulement vu le bordel qu'il avait créer dans la pièce ? Est-ce que, malgré le flot d'émotions qui semblait l'engloutir, il s'était aperçu de l'impact de l'arrivée de Drake sur tous les autres ? Non, sûrement pas. Et qui aurait pu lui en vouloir pour ce simple motif ? Pas Raphaël. Pas Raphaël, et pourtant, une certaine rancœur voyait le jour dans son cœur alors que sa haine à l'égard du ressuscité ne cessait de croître. Il le haïssait parce parce qu'il vivait, parce qu'il l'avait fait souffrir, parce que malgré tout Jude semblait lui pardonner d'un seul regard, parce qu'il était récompensé même si il était le pire monstre connu sur cette planète, parce qu'il n'exprimait aucun regrets pour ce qu'il avait fait et qu'il s'appropriait la seule personne qu'ils auraient tous voulu préserver, d'un simple claquement de doigts. Parce qu'il représentait le fléau qui avait éradiqué une partie de la population, parce qu'il avait pris la vie de millions de personnes juste parce qu'il le voulait, et qu'encore une fois, malgré tout, on le satisfaisait. Ça c'était toujours passé comme ça, après tout. Drake faisait partie de ce genre d'hommes qui avaient une autorité naturelle presque fascinante, et qui finissaient toujours par obtenir leur "dû", quand bien même il n'était pas légitime. Pour sûr, il avait du se battre pour les retrouver, alors on aurait pu dire que les efforts finissaient toujours par payer. Et les efforts de Nate, de Jude, des autres ? Est-ce que son retour devait signifier la défaite cuisante de tous ceux présents dans cette pièce dans ce match contre leur mémoire ? Ils l'avaient oublié. Ça, c'était normal. Ils le haïssaient. Ça, c'était compréhensible. Et sans doute certains le haïraient encore plus une fois que Nate aurait subi ce désastre, et ça aussi c'était parfaitement normal, ça aussi c'était carrément compréhensible. Après toutes ces année, comment auraient-ils pu être du côté de ce malade ? Ils avaient choisi leur camp, putain. Et ils le savaient. Alors pitié, qu'est-ce que Jude faisait aux pieds de son frère ? Est-ce que ça valait la peine de souffrir inutilement, est-ce que son frère était une raison suffisante pour tirer un trait sur tout ce qu'il avait construit pour l'oublier ? Merde, mais ça ne marchait pas comme ça ! Rien ne marchait dans ce sens ! - Jude putain, mec, tu déconnes hein ? Demanda le brun, toujours sidéré, toujours incapable de comprendre quoi que ce soit. Sans doute n'était-il pas le mieux placé pour parler, mais qu'est-ce qu'il aurait du faire, hein ? Acquiescer, et puis laisser passer ce merdier comme si c'était franchement acceptable, comme si c'était la plus belle merveille du monde, comme si ce qu'ils foutaient le rendait heureux ? Non, si c'était ça le bonheur de Jude, il ne pourrait approuver, il ne pourrait s'en réjouir, même si il l'avait voulu, et tant pis si il devait culpabiliser des années pour ça. Il en était incapable. Mais c'est quoi ce bordel ? Et si il devait se faire détester pour ça, tant pis, encore une fois. Il n'était plus à ça près, pas quand il pensait à Nate, pas quand il voyait sa soeur pleurer, Ale blessé, Will paniquer, Haillie perdue, et tous les autres qui réagissaient plus ou moins violemment. Il le haïssait, et Jude pouvait l'aimer autant qu'il le voudrait, il le haïrait toujours. Ce taré s'en était pris à trop de gens qui comptaient pour lui. Stop d'être indulgent pour des connards, il n'était pas Jésus, putain. Il était Raphaël Weaver et il emmerdait royalement Drake Sheridan. RE: Farewell † [rpg] - colory - 13-05-2014 Il s'était passé tellement de trucs en seulement quelques minutes. Eh oui, il fallait bien s'y habituer avec ce groupe de malchanceux. Ale venait de se faire tirer dessus par Matt. Oh, génial, il ne manquait plus que ça! C'est vrai qu'ils avaient besoin d'un blessé. Pourquoi ne pas abattre l'uns des mecs les plus grands et forts du groupe pendant qu'on y est, hein?? Comme si ils avaient mieux à faire. Matt n'avait sûrement pas compris la notion de SURVIE EN GROUPE. Peut être qu'il était blond en vrai. Elle ne savait pas. Toujours est-il qu'elle visa ce petit con avec son arme en même temps que tous les autres. Et puis Drake arriva comme une petite fleur, et ce furent les retrouvailles avec Jude. Pandora sentit ses mains trembler. La tension était à son point le plus haut. Peut-être était-ce la dizaine de pistolets rivés sur Matthew, ou encore les retrouvailles très très chaleureuses des deux frères Sheridan. Le fait que Drake ai fait du mal à chaque individu présent dans cette pièce, le fait que Nate était dans la pièce juste à côté, et qu'il ignorait ce qu'il se passait. Et le fait qu'il pouvait entrer ici à n'importe quelle seconde maintenant. Quel choc ça lui ferait. Si il faisait un malaise, Pandora ne serait même pas étonnée. Mais merde. Elle avait mal pour lui. Et merde, Drake était sensé être MORT. Les morts restent sous terre. Enfin, cette règle avait été abolie il y a bien des années de ça. Les morts faisaient des allers-retour sans cesse, et venaient vous hanter dans les pires moments. - Mais…. Commença les blonde en refermant sa prise plus correctement sur son arme. Il est sensé être mort merde! Il fout quoi ici encore?? RE: Farewell † [rpg] - Claaudie - 13-05-2014 Lorsque Nate ouvrit les yeux, il lui sembla l'espace d'un instant, que quelques minutes à peine s'étaient écoulées, avant qu'il ne plonge dans un sommeil profond. Ce fut lorsqu'il constata que la nuit était tombée, que le soleil ne filtrait plus à travers la fenêtre de sa chambre, qu'il comprit qu'il s'était endormi longtemps. Trop longtemps, peut-être, puisqu'il sentit le poids de Jude quitter le matelas, et le bruit de ses pas sur le parquet qui entourait la petite pièce. Pourquoi est-ce qu'il partait ? Il faisait toujours nuit, alors pourquoi est-ce qu'il voulait pas rester ici ? Ils étaient bien, là, tout les deux. Pour une fois que personne venait les faire chier. - Sheridan, t'es con, reviens. Grommela-t-il, alors que le tatoué quittait déjà la pièce, visiblement attiré par le bordel ambulant qui régnait à l'intérieur de l'appartement des Bass. Qu'est-ce qu'ils foutaient, tous, encore ? Nate grogna un ramassis d'insultes inaudibles, pour finalement constater la présence de quelqu'un d'autre, juste à sa droite. Léo. Un sourire étira ses lèvres. Sans rancune, évidemment. Ça faisait longtemps, déjà, qu'il avait compris que le gamin le supportait pas. Ça faisait longtemps qu'il l'avait pardonné, aussi. En réalité, ça faisait longtemps qu'il avait fini par abandonner le combat contre "ça". Ce truc, là, qui faisait qu'il pouvait pas s'empêcher de pardonner tout ce que Jude le priait de comprendre. Peut-être qu'il le disait pas vraiment, mais Nate savait bien lire dans ce regard là, ces yeux là, et ces derniers lui demandaient de faire un effort, un petit, ou se contentaient simplement d'espérer le voir finir par l'accepter, accepter Léo et tout ce qui allait avec. La question ne s'était pas véritablement posée, lorsqu'il l'avait retrouvé : Il était hors de question qu'il ne foire à nouveau, hors de question qu'il ne foute tout en l'air simplement parce qu'il avait, dans le passé, été incapable de le comprendre. Nate pouvait le comprendre. Il essayait, tout du moins, d'être un peu à la hauteur. Après treize ans, tout finissaient pas rentrer, les souvenirs continuaient de s'accumuler, et il se demandait, finalement, si il faisait pas les choses mal. Jusqu'ici, il avait été coupable d'une multitude de trucs. Des conneries, parce qu'il avait trop souvent tendance à agir comme un con, mais des conneries qui avaient de l'importance, des conneries qui avaient bien failli lui coûter la vie. Peut-être même qu'il réussirait à se les pardonner. - Vous faites tous chier. Assura le brun, sans porter attention au fait qu'on devait sûrement pas l'entendre, vu le chaos qui semblait régner de l'autre côté. Et d'ailleurs, il crut percevoir la voix de Jude, au loin. Jude qui disait de la merde. C'était drôle, au moins, ça pourrait peut-être détendre l'atmosphère. A tout les coups, on venait encore de se prendre la tête pour rien. C'était fatiguant de voir à quel point ils pouvaient s'user dans ce foutu groupe. Avec un peu de chance, les grosses têtes finiraient par se barrer, et ça irait sûrement mieux. Enfin, Nate se contenta d'un léger rire. Presque pour lui-même, profitant pour une fois, de ne pas avoir à se soucier de ce qui se tramait juste au dessus de leurs têtes. C'était un sentiment apaisant. Quelque chose qu'il n'avait pas eu la chance de ressentir depuis des années, depuis le début de l'Apocalypse, tout du moins. Et ça changeait. Ça changeait, ça faisait peur, ça semblait complètement surréaliste, mais ça faisait du bien d'y croire juste un peu. Son regard brun se déposa très rapidement sur Léo. Il attrapa son T-Shirt, entreprit de l'enfiler tout comme son pantalon, avant de se remettre à marcher vers la porte. Ça semblait s'être calmé, de l'autre côté. Il faisait plus froid. Toujours nuit, comme si le temps s'était arrêté, mais il faisait aussi putain de froid, et Nate se contenta de se promettre à lui-même qu'il irait expliquer au Bass comment fonctionner le feu, si ils savaient pas comment en allumer un. C'était dingue, tout de même, d'être pas doué à ce point. Au pire il demanderait à Jude de le réchauffer. Cette pensée le fit littéralement éclater de rire. Plusieurs dizaines de secondes s'écoulèrent durant lesquelles il cru entendre la voix de Raphaël, brisée, rauque, faible et presque inaudible. Enfin, il entra à l'intérieur de la pièce. - Les gars, je crève de froid putain de sa m... Mais son regard s'arrêta sur une image. Une fraction de seconde, il fut secoué d'un sursaut nerveux, et s'appuya de sa main droite contre l’entrebâillement de la porte. Son sourire, autrefois sincère et amusé, se transforma en un rictus éteint et complètement figé. C'était une hallucination. Une erreur, une blague. On se foutait de lui où on essayait simplement de le faire péter un plomb. Un rire maladroit s'échappa d'entre ses lèvres. Lorsqu'il fit un pas à l'intérieur de la pièce, quelque chose en lui se brisa. Quelque chose de fort, parce qu'il lui sembla, l'espace d'un instant, qu'il allait s'écrouler, éclater en morceau, là, devant tout le groupe. Devant Jude et Drake Sheridan. Est-ce que c'était un cauchemars ? Ça pouvait pas être vrai, ça pouvait pas être vrai pour la simple et bonne raison que ça avait été, pendant trop longtemps, sa seule et unique crainte. C'était faux. C'était un mensonge, Jude se foutait de sa gueule, on se foutait de sa gueule, il était endormi, dans ses bras, il dormait et on allait le réveiller. On allait le sortir de cet enfer, l'arracher de ce putain de supplice, l'empêcher de faillir, de pas tomber par terre et de tout foutre en l'air. Parce qu'il allait en crever ! Il allait en crever de ce sentiment pourri, de ces émotions à la con, il allait en crever et finir par tout abandonner ! Non, non, non, c'était faux, c'était juste complètement faux, complètement con, aussi, surtout, mais complètement faux. C'était impossible, parce qu'il avait pas le droit. Il avait pas le droit de revenir, lui, de se pointer dans leurs existences, et de tout détruire. IL AVAIT PAS LE DROIT PUTAIN ! Il avait pas le droit, c'était dégueulasse, dégueulasse parce qu'on les avait trop longtemps éloignés, et parce que Nate, plus que tout, savait ce que ça signifiait. Il savait ce que ce retour signifiait. Et il pouvait l'observer, autour de lui. IL LES VOYAIT LEURS PUTAINS DE REGARD A TOUS ! Il était pas le seul à le ressentir, ce sentiment, alors ?! Il était pas le seul à avoir l'impression qu'on l'écrasait, qu'on le broyait vif ?! Et pourquoi est-ce qu'il se retournait pas. Pourquoi est-ce qu'il restait dans ses bras. C'était faux, de toute façon. Il était pas vivant, il pouvait pas l'être, alors pourquoi est-ce que Jude continuait à faire le con, pourquoi est-ce qu'il refusait pas de l'admettre, pourquoi est-ce qu'il fallait que Drake Sheridan se trouve là, juste devant lui ? - C'est quoi ça... S'entendit-il articuler, quand bien même sa voix ne ressemblait plus à rien. Et les larmes. Les larmes commençaient à embuer ses yeux, tant et si bien qu'il n'arrivait même plus à les discerner. Il voulait les voir. Il voulait comprendre, finalement. Il voulait vraiment en être certain, persuadé que ce qu'il avait toujours craint, ce qui l'avait toujours terrifié, s'était avéré être vrai. Que le trou béant qui se dessinait peu à peu dans sa poitrine, existait bien, lui-aussi. Un poids, lourd, pesant, destructeur et complètement insupportable. Insupportable comme la seule vision de Jude réfugié dans les bras de son frère. Insupportable parce que peu à peu et doucement, les souvenirs de son combat lui revenait à l'esprit. Et qu'est-ce qu'il s'était battu. Contre la mort, un fantôme, la folie, la perte, la douleur, l'ignorance. Il avait fait de son mieux, il n'avait pas essayé de le remplacer, parce que Nate savait pertinemment qu'il n'en était pas capable, mais il avait fait de son mieux. Il l'avait voulu, au final, ça n'avait même pas eu d'importance. Et il s'en voulait d'avoir penser une chose pareille, de s'être imaginé que ça aurait pu l'être, important. Il s'en voulait, se rendait compte que toutes ces histoires, ces souvenirs qu'ils bâtissaient déjà sur leur avenir, n'était qu'une bouffée de fumée, un nuage noir, sombre et obscur, qui peu à peu lui revenait en pleine figure. Il allait finir par perdre pied, c'était certain. Il allait devenir complètement fou, et est-ce que c'était juste ? Est-ce que c'était juste de lui faire subir une chose pareille ? Un truc pareille ? Ses yeux foncés ne se détachèrent pas une seule fois de Drake. Pas une seule, il ne cilla même pas, la vue de Jude dans ses bras l'en empêchait. C'était faux. Tout était faux. Il ne comprenait même pas ce qu'il faisait ici, il ne comprenait même plus pourquoi est-ce qu'il avait décidé de se lever, et pourquoi est-ce qu'il n'avait pas vu les choses venir. Matthew l'avait dit. Matthew l'avait affirmé, un bon nombre de fois il l'avait affirmé, et pas une seule seconde, Nate ne s'était imaginé que ça aurait pu être vrai que ça aurait pu avoir autant d'importance qu'il persistait à affirmer. Comme ça, comme si c'était normal. Comme si Drake Sheridan pouvait vivre et revivre à l'infini, se pointer dans leurs existences et se permettre de rendre Jude complètement malade, encore une fois. Parce que c'était ce qu'il allait se passer. Jude allait l'oublier. Il l'allait l'oublier, inévitablement, et ce qui le tuait, plus que tout, ce qui suffisait simplement à le briser en morceaux, se trouvait dans le simple fait qu'il n'arriverait jamais à lui en vouloir. Il n'y arriverait pas, jamais. C'était con, stupide, complètement idiot, mais il en était certain, et il était mort de peur. Mort de peur, rien qu'en le voyant accroché à celui qui l'avait anéanti, autrefois. Et combien de fois c'était arrivé ?! Combien de fois est-ce qu'il l'avait vu, perdu, paumé, seul et plus faible que tout ?! Combien de fois il s'était battu pour ne pas que ça recommence ?! Combien de fois s'était-il remis en question, essayant tant bien que mal et avec la culpabilité, de recoudre chacune de ses plaies ?! Il n'y était pas arrivé. Les cicatrices s'étaient simplement enfoncées au plus profond de lui-même, et Nate les avait ignoré. Et si il aurait aimé intervenir, si il préférait crever que de le voir replonger de nouveau, il était maintenant incapable d'esquisser un seul geste, complètement figé dans une expression éteinte, abattue, un sourire fracassé collé stupidement à la figure, parce que la surprise avait été trop grande, trop douloureuse et trop brutale, pour qu'il ne puisse répliquer. Alors, au lieu de de chercher à les séparer, au lieu d'arrêter de réagir comme un sonar, d'être courageux, pour une fois, Nate fit un pas en arrière. Un instant, il manqua de tomber au sol, se rattrapa contre un vieux meuble où se trouvait entreposé bon nombre de mégots de cigarettes et de bouteilles vide. Son regard se détourna sur le reste du groupe, et ce simple mouvement sembla presque le détruire. Parce que leurs regards, leurs expressions, chacun de leurs faits et gestes, en disaient trop long sur ce qu'ils pensaient, eux-aussi. Des morceaux de verres vinrent s'écraser au sol, dans un fracas assourdissant. Il passa une main sur son visage, dans ses cheveux, ignorant la peine avec difficulté, coupable de ne pas savoir contrôler ses émotions, de ne pas savoir quoi faire, de ne pas savoir ce qui était juste et ce qui ne l'était plus. Coupable d'aimer l'abruti qui lui faisait face, qui semblait avoir oublié, et qu'il n'arrivait pas à détester. Coupable parce que s'imaginer ne serait-ce qu'un instant d'avoir à supporter cette image, ce souvenir, cette simple idée là, suffisait à le pulvériser sur place. Il n'était rien. Rien de plus qu'un morceau de chair défoncé qui arrivait même plus à se rappeler de ce qui avait une seule fois était juste, dans ses sentiments. Plus rien n'avait de sens de toute façon, et lorsqu'il se détourna pour quitter la pièce, ce fut avec violence qu'il envoya valser une énième bouteille contre le mur. Sans réfléchir, parce que la rage avait remplacé la tristesse, l'incompréhension avait laissé place à l'horreur, la panique semblait s'échanger avec la nervosité. Il déboucha sur une sortie, à l'arrière du bâtiment. Un coin où jonchaient bon nombre de vieux trucs inutile, sur le bord de ce qui autrefois, aurait pu servir de route. Des grillages l'entouraient. Il aurait aimé se barrer, foutre le camp. Il aurait adoré s'en aller loin d'ici et pas avoir à supporter toutes ces merdes. Mais c'était impossible, impossible parce que ce qu'il ressentait à l'instant lui donnait envie de recracher toute sa haine à cette vie de merde, cette existence à la con, qui depuis le début semblait lui dégueuler tout son malheur à la gueule. - PUTAIN ! Hurla-t-il, en envoyant son poing contre les trucs en fer dégueulasse, qui lui tournait le dos, frappant le grillage avec force, le bruit résonnant sur plusieurs mètres autour de lui. Plusieurs grognements se firent entendre, dans les ruelles adjacentes. Des morts, peut-être. Qu'est-ce qu'il en avait à foutre, de toute façon ?! Les morts pleuvaient à flot autour d'eux, en ce moment, alors un de plus ou un de moins, ça changerait plus grand chose. Cette pensée le fit sourire. Un sourire déchiré et couvert par les larme. ALLEZ C'EST CA VENEZ ME BOUFFER BANDE D'ENCULÉS J'EN AI PLUS RIEN A FOUTRE... sonar ! Et il attrapa un truc par terre. Une pierre, quelque chose du genre, au milieu des ronces qui entouraient le bâtiment, pour l'envoyer de l'autre côté de la grille. Le premier monstre fit son apparition, fonça dans sa direction, pour se heurter à la barrière métallique. Nate éclata de rire, passa une main sur son visage, essuya des larmes qui reprirent de plus belle, pour se laisser tomber contre le mur, ce même sourire amer dessiné sur ses lèvres. Vous êtes même pas foutu de me buter, de toute façon. Articula-t-il, la voix rauque, la figure balancé en arrière alors qu'il se trouvait toujours assit par terre. Vous avez même pas été foutu d'le buter. Cette fois-ci, les sanglots reprirent. Plus forts, beaucoup plus violents. Qui aurait pu s'en soucier ? Il voulait être seul. Il voulait être seul, parce qu'il se rendait compte de ses erreurs, et que ça faisait trop mal, de se dire qu'il s'était voilé la face aussi longtemps. Jamais il ne remplacerait Drake Sheridan. Jamais il n'arriverait à faire mieux que lui. Jamais il pourrait se permettre de faire un truc pareil, parce qu'il était Nathan Ellidson, et que sa seule réputation se basait à son putain de caractère de merde de gros sonar. - Putain, c'est pas possible, c'est pas possible... ALLEZ TOUS VOUS FAIRE METTRE PUTAIN ! Reprit-il de plus belle, la voix enroué dans des sanglots brisés, animé de spasmes frénétiques et incohérents, passant une nouvelle fois ses deux mains sur son visage, pour serrer les poings à s'en arracher les cheveux. C'était un cauchemars. Un enfer. C'était un putain de chaos, et plus rien avait de sens. Absolument que dalle. Jude, enfourné... enfourné. Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il soit incapable de supprimer ses sentiments ? De les éteindre, le temps qu'il se barre avec son frère. Parce que c'était ce qu'il allait faire, pas vrai ?! Se barrer avec son frère. Se barrer avec ce putain de fantôme, cette putain de malédiction. Il allait foutre le camp et le laisser seul, complètement seul. Merde, merde, merde... Les larmes étaient devenues incontrôlables. Il y arriverait jamais, il pourrait pas se passer de lui. Même si on le suppliait de faire autrement, il en serait incapable. Et pourquoi est-ce qu'il s'était barré, aussi ?! Pourquoi est-ce qu'il avait pas frappé l'autre fils de pote ?! Ça avait été pour Jude ?! Pour pas le blesser ?! Mais il allait finir par en souffrir, de toute façon. Il allait finir par en souffrir, et il pourrait plus rien y faire. C'était atroce. C'était atroce, et Nate voulait juste s'en débarrasser, se débarrasser de ce sentiment écrasant, oppressant, complètement affreux. Il comprenait plus rien, il arrivait plus à ressentir quelque chose de cohérent. La tête plongée dans ses mains, les jambes rapprochées de son corps, seul les soupires affamés des zombies animaient l'endroit. Et si la haine avait quitté ses traits, la culpabilité, elle, subsistait. La culpabilité, parce que son crime avait été de ne pas avoir réussit à prévenir ce sonar qu'il aimait, cet abrutit qu'il avait voulu sauver, mais qu'il avait été incapable de réparer. Peut-être que tout aurait été beaucoup plus simple, au final, si il ne lui avait pas arraché sa liberté, treize ans plus tôt. Peut-être que personne n'en aurait souffert. Moi Mal - Nelka - 14-05-2014 C’était tellement putain de magique, comment sa seule présence avait le pouvoir de créer une zizanie digne de l’apocalypse. Sans mauvais jeu de mot. Il se demanda vaguement si ils allaient un jour se lasser de lui lancer des menaces de mort. Tous et chacun de ces blaireaux, avec leurs airs rageurs, la même lumière dans les yeux lorsqu’ils le regardaient, ce même éclat de haine mêlé d’une crainte sans nom au fond de leur regard. Drake se gargarisait de ces manifestations de hargne. On lui en offrait depuis un moment déjà, et bien loin de le freiner, bien loin de lui faire ressentir un soupçon de honte, de peur ou d’hésitation, elles le confortaient, le grandissaient, le nourrissaient. Un homme n’avait que le pouvoir qu’on lui donnait, et en l’occurrence, ces blaireaux en donnaient beaucoup à Drake. Après treize ans d’absence, seul contre tous, non armé, ils continuaient à le considérer comme une menace et à le craindre comme la peste. Et c’était leur crainte qui donnait à Drake son emprise. Le chaos prenait des ampleurs surprenantes, un coup de feu partit même de la pogne de Matthew – Matthew, brave Matthew, toujours là où il fallait, toujours meilleur que lui pour régler avec précision le ballet chaotique des armes qui se levaient et s’abaissaient, la surprise était agréable, et il ne manquait plus que son frère au tableau pour que son voyage en ait valu la peine. Malheureusement, ils n’avaient pas l’air particulièrement disposés à le mener à lui. Cette meute compacte qui semblait s’être fait une mission de faire pleuvoir sur lui les menaces les plus variées. D’après ce qu’il lui semblait comprendre, subtilement suggéré comme c’était, certaines personnes ici présentes entendaient décider si oui ou non les frères Sheridan devaient être réunis. Sauf que ce n’était l’affaire de personne. Ca, ils n’avaient pas l’air de bien l’appréhender. Il ne savait pas exactement depuis quand Jude s’était développé une amitié si étroite avec ce ramassis de galeux, mais parti comme c’était, ils étaient pas partis pour être de bonne volonté. Drake sentait une colère sourde monter progressivement en lui. Rien à voir avec toutes les colères furieuses qui avaient pu l’habiter avant sa mort, avec les accès de folie meurtrières qui avaient pu le prendre, mais une impatience teintée de lassitude, suffisamment frustrante pour lui faire serrer le poing dans son dos, tout en conservant une apparence lisse et mesurée. Il n’avait pas parcouru tant de kilomètres pour qu’on le refoule à une poignée de mètres de son frère. Il n’avait pas dormi dans le gel pendant treize ans, il n’avait pas erré des mois durant, pour qu’on l’arrête à l’ultime minute. Jude était proche, il pouvait le sentir dans sa chair. Et il n’en avait strictement rien à carrer des jérémiades et des caprices d’une poignée d’ex-adolescents restés au stade boutonneux dans leurs têtes. Il n’en avait rien à carrer, typiquement, du brun – Alexander Blavatsky, manifestement, encore un bénéficiaire de son programme de-zombie-à-soldat-soumis – qui gueulait des menaces sans sens en pissant le sang par terre. - Et tu comptes faire quoi, Blavatsky, ramper jusqu’à moi et me mordre les orteils ? grinça-t-il avec une ironie qui commençait à masquer de plus en plus difficilement son irritation naissante. Mais, en une fraction de seconde, son sourire cynique se figea. Par-dessus l’épaule de Matthew, il venait d’apercevoir une silhouette familière. La seule silhouette qui lui avait jamais été familière. Avant même d’avoir identifié son frère, Drake sentit ses jambes se faire plomb sous lui. Sous le seul effet de sa présence, brusquement, dans la pièce, qui semblait tout illuminer et tout réchauffer. Il captait toute la lumière, non, il était lumière, plongeant tout le reste de la pièce dans l’ombre. C’était une chose de savoir que Jude était dans le bâtiment. Le voir, enfin, finalement, devant lui, face à face, éclipsant tous les autres vociférant autour d’eux, ç’en était une autre. Oh, ils ne s’étaient pas tus pour autant. Il semblait même à Drake que leurs récriminations avaient redoublé. Mais il ne les entendait plus. A peine un bourdonnement agaçant. Jude était là. Jude était devant lui. Il le voyait. Il le voyait, comme il ne l’avait pas vu depuis une éternité. Il le regardait, comme il ne l’avait plus regardé depuis des millénaires. La dernière fois qu’il avait eu l’occasion de poser les yeux sur lui, de toucher sa peau, il était au seuil de l’agonie, son poignard profondément ancré dans ses chairs, les yeux voilés et la gorge obstruée par tout le sang qu’il crachait. Et juste avant ça, il s’en rappelait clairement, il s’en rappelait atrocement, insupportablement clairement, il ne regardait jamais Jude. Il se rappelait de chaque regard qu’il avait détourné, de chaque coup qu’il lui avait porté, de chaque mot blessant qu’il lui avait adressé, de chaque froid reproche qu’il avait prononcé, de chaque fois où il l’avait envoyé chier sans remord, de chaque fois où la pensée que Jude était de trop lui avait traversé l’esprit. Il se rappelait de cette période où il songeait à son frère comme à un poids mort. Et chacun de ces souvenirs brûlait sa mémoire comme du métal en fusion. Chacun de ses souvenirs, il aurait tout donné pour les effacer, pour les renier, pour prétendre qu’ils appartenaient à un autre. Mais non. C’était bien ses actes, ses paroles, ses pensées, ses émotions. Son absence d’émotion. Tous les crimes qu’il avait commis et toutes les cruautés dont il était coupable, envers le reste de l’humanité dans son intégralité, l’apocalypse, les massacres de masse, la manipulation génétique à l’encontre de toute éthique, il les endossait volontiers et les recommencerait avec une certaine délectation si l’occasion lui en était donnée. Pour cela, il n’avait pas changé. Cela, il ne regrettait pas. Mais la mort lui avait ouvert les yeux sur une partie de lui-même qu’il aurait préféré faire taire. La partie qui avait torturé Jude, trois ans durant, pendant sa lente chute aux enfers. Cette partie, il lui avait fallu mourir pour réaliser à quel point il la haïssait. Cette partie, c’était sa maladie. Cette foutue maladie qui l’avait rongé de l’intérieur, qui le retournait contre tout ce qu’il aimait dans ce bas monde et qui le poussait à le détruire. Qui le poussait à détruire Jude. Que sa mort, enfin, semblait avoir fait taire. Alors maintenant, il était de retour. Il voyait Jude avec des yeux neufs. Il voyait Jude comme il le voyait quand ils avaient quinze ans, qu’ils étaient tous les deux sains d’esprit et de corps, qu’ils s’aimaient d’un amour autrement moins destructeur. Et si Jude était prêt à lui pardonner, alors il était prêt à l’aimer encore comme il l’avait toujours fait. Et comme il le ferait toujours. Ses yeux ne voulaient plus ciller, rivés sur Jude plus intensément que jamais, comme s’ils voulaient capter chaque infime détail qui faisait la perfection de son visage, retrouver chaque trait qui faisait qu’il était lui, comme avant, avec l’avidité d’un toxico en manque. Mais Jude avait changé. Son visage n’était plus lisse et libre de toute imperfection, son corps était couvert de marques, et ces marques attirèrent les yeux azur de Drake comme de morbides aimants. Jamais il ne se serait attendu à cela. Qu’il était naïf, d’être resté accroché à la dernière vision qu’il avait eu de son frère à vingt ans, penché au dessus de lui sur son lit de mort. Ses traits avaient complètement quitté leurs attributs juvéniles, pour être véritablement ceux d’un homme maintenant. Ils n’en étaient que plus beaux, mais pourtant, ils étaient entachés par des blessures que jamais Drake n’aurait attendu de rencontrer chez son petit frère. Des blessures que son esprit bien trop rapide ne mit que trop peu de temps à identifier et à interpréter. Car il n’y avait qu’un œil bleu pour répondre à son regard. Car ses bras étaient parsemés de boursouflures caractéristiques de piqûres trop fréquentes. Jude était borgne. Et Jude se droguait. Drake sentit sa poitrine se serrer. Qu’était-il arrivé à l’enfant innocent qu’il avait passé sa jeunesse à protéger ? Une boule se forma dans sa gorge, au fur et à mesure qu’il réalisait à quel point on avait physiquement torturé l’amour de sa vie en treize ans d’absence. Combien Jude avait reçu de blessures, combien il avait dû souffrir, combien il avait dû endurer, pour finir avec un œil en moins et des bras marbrés. Combien on avait malmené son Jude, son frère, son amour, l’unique personne en ce bas monde qui savait l’émouvoir. Et qui l’émouvait au-delà des mots. Au-delà de ce que l’Homme pouvait exprimer. Il était tout près, maintenant, il répétait son nom, sa voix était la seule que Drake entendait dans la cacophonie qui les entourait, sa proximité, sa chaleur, ses mains qui s’agrippaient à lui, son visage qui venait se nicher contre son torse, toute l’émotion qui perçait à travers sa voix déchirée. Il semblait tellement vulnérable, tellement jeune de nouveau, il était encore l’enfant avec qui Drake avait grand, l’enfant qu’il avait aimé et protégé, qu’il avait blessé et abandonné, l’enfant auprès duquel il n’appartenait qu’à lui de se faire pardonner désormais. Drake referma ses bras autour du dos de son frère, ses genoux fléchissant à leur tour, il tomba au sol sans même chercher à se retenir. Une fois au niveau de Jude, fermant étroitement les yeux, il entreprit de le serrer contre lui comme s’il cherchait à rattraper toutes les étreintes qu’ils n’avaient pas partagées en treize ans, comme s’il tentait de le faire rentrer sous sa peau pour s’assurer qu’ils ne seraient plus jamais séparés, et que plus jamais, jamais, personne ne pourrait lui infliger une autre blessure. - Salut, frangin, put-il seulement souffler, d’une voix qu’il ne reconnaissait pas lui-même, altérée, fragilisée, en lieu et place de tout ce qu’il aurait voulu formuler comme excuses, comme explications pour sa conduite, comme questions sur ce que Jude avait vécu. Chacune de ses blessures sur son corps était un poignard de plus dans l’abdomen de Drake. Il n’avait pas été là lorsqu’on l’avait mutilé. A quoi cela avait-il servi, de veiller pendant toute leur jeunesse, s’il n’avait pas été là le jour où Jude avait eu besoin de lui ? A quoi cela avait-il servi d’avoir été là vingt ans durant, si Jude, quand on s’en était pris à lui, avait été seul ? Seul. En fait, personne n’avait été là pour Jude. Drake rouvrit brusquement les yeux. Par-dessus l’épaule de son frère, il pouvait distinctement voir tous ces visages tournés vers eux, que son esprit avait réduits au silence, tout absorbé qu’il était par l’apparition de son amour de frère, mais que maintenant, à la lumière de ses révélations, il distinguait de nouveau clairement. Eux non plus, n’avaient pas été là. Et eux n’avaient pas l’excuse de la mort. Ils avaient laissé Jude se faire mutiler. Jude avait sauvé chacune de leurs putain de vies de cloportes, treize ans plus tôt, en se retournant contre lui, en se retournant contre son frère, et eux, en guise de remerciement, l’avaient laissé se faire ainsi abîmer par la vie. En plus d’essayer de les séparer, et en plus d’y avoir effectivement réussi, ils n’avaient même pas été foutus de veiller sur lui. Drake sentit une nouvelle vague le submerger, de haine cette fois, de haine contre tous ces visages qui le jugeaient dangereux pour Jude et qui avaient réussi à l’éborgner proprement. Tous ces regards tournés vers lui avec dégoût, qui ne prenaient même pas la peine de regarder leurs propres forfaits. Tous ces regards, qui comptaient tous deux yeux, eux. - Vous êtes contents de vous? s’entendit-il cracher rageusement avant même d’avoir conscience que les mots franchissaient ses lèvres. Vous êtes satisfaits de ce que vous lui avez fait ? Putain, vous auriez pu veiller sur lui, vous auriez pu avoir la décence de faire attention, mais NON, APPAREMMENT, NON, VOUS AVEZ L’AIR SATISFAITS DE LA MANIERE DONT VOUS L’AVEZ LAISSE TRAITER, poursuivit-il, sa voix enflant au fur et à mesure pour finir par crier avec une hargne indescriptible, toisant chacune de ses enflures par-dessus l’épaule tremblante de son frère. Leur bonne santé lui était insupportable. Chacun de ces connards aurait dû donner ses deux yeux pour en rendre un à Jude. Chacun d’eux aurait dû donner sa vie pour éviter qu’il finisse abîmé comme il l’était. Chacun d’eux aurait dû faire ce que lui aurait fait, plusieurs fois de suite, et sans hésiter. RE: Farewell † [rpg] - Agou - 14-05-2014 J'ai écris avec ça. Plus qu'une question de seconde : et pour cause, Nate avait fait irruption dans la pièce. Un court instant, comme une apparition ; juste le temps de voir son visage se décomposer, et les larmes rouler le long de ses joues, alors que la vision d'horreur s'étalait sous ses yeux, comme elle l'avait fait pour les autres. Et Raphaël le savait, que ça le ferait terriblement souffrir. Les deux Sheridan enlacés, c'était l'équivalent d'une bombe atomique. Le nombre de victimes allait avec le choc de l'explosion, et putain ça lui déchirait le coeur de voir le brun dans cet état. Il bredouilla une phrase, visiblement détruit, et disparut comme il était venu. Ses hurlements de rage résonnèrent un instant, alors que les deux Weaver avaient le regard braqué sur l'endroit où il se tenait une minute auparavant, sidérés. Puis Sheridan-le-retour reprit la parole, bien plus violemment. Et maintenant on allait leur faire croire qu'ils étaient responsables ? C'était ce que semblait vouloir leur reprocher Drake, visiblement. Raphaël le regarda un instant sans réellement comprendre ce qu'il voulait leur faire avouer. Ouais, Jude avait terriblement changé depuis la dernière fois qu'il avait pu le voir, peut-être parce que ça remontait à treize putain d'années en arrière, aussi. Ils avaient traversé trop de merdes, depuis sa mort. Tous, et Jude y compris. Mais pourquoi eux ? Pourquoi est-ce qu'il les accusait comme si ils avaient eux-même injecté l'acide dans son œil, comme si ils l'avaient rendu dépendant, comme si ils l'avaient maltraité durant tout ce temps, comme si ils lui avaient voulu du mal, alors qu'aucun d'eux ne lui avait jamais fait quoi que ce soit, et ne le ferait jamais. L’œil, c'était Greyson. La drogue, c'était Greyson. Les cicatrices, c'était ce qu'il avait fait pendant cinq ans. Les bombes. Les prises de risques. Satisfaits de ce qu'ils lui avaient fait ? Il ouvrit la bouche, prêt à dire quelque chose, mais eut un rire nerveux. Terriblement nerveux, alors qu'une culpabilité immense l'envahissait doucement. Il ne se passait pas un seul jour sans qu'il ne se rappelle de ce qu'il s'était passé, quand ils s'étaient retrouvés enfermés chez James, bloqués, pris au piège comme des rats, dans cette foutue cellule. Pas un seul jour, sans qu'il ne se rende compte qu'ils s'étaient tous les deux foutus en l'air avec ces conneries. Sans qu'il ne se souvienne des piqûres, du manque, des chantages malsains des sbires de Greyson, de cette putain d'ampoule qui ne s'éteignait jamais, de leur incapacité à savoir si le temps passait, de cet enfer qui n'en finissait pas, des interrogatoires, des séances de torture interminables, de la douleur qui survenait toujours violemment et ne partait jamais, des rares marges de lucidités qu'ils avaient au début, et qu'ils avaient fini par totalement perdre. Il n'avait jamais oublié. Il n'oublierait jamais. Il avait vécu ça avec Jude, ils avaient souffert ensemble, enduré ensemble, ils s'étaient soutenus, s'étaient mutuellement tenus la tête hors de l'eau, ils avaient tenté ô combien de fois de s'en sortir, alors qu'un cadavre habitait l'endroit avec eux, ils avaient communiqué tant bien que mal, essayé de garder un semblant d'humanité malgré leurs conditions d'animaux, avaient parlé de leurs hallucination, faute de pouvoir parler d'autre chose, et ils s'en étaient sortis. Sortis, et ressortis aussi liés que les doigts de la main. Parce qu'ils avaient vu certaines choses, vécu certains moments que jamais personne d'autre ne pourrait comprendre, et qu'ils partageaient des souvenirs trop sombres, trop douloureux, tous les deux. Et ces dernières années ne les avaient pas éloignés. « Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé. » Qui avait dit ces conneries ? Il ne s'en souvenait plus réellement. William Faulkner, génial, il n'en avait rien à foutre, c'était pas ça l'important. L'important c'était que cette phrase, seule, suffisait à expliquer pourquoi Jude était encore accro à la meth, pourquoi est-ce qu'il gardait encore ces traces aux creux des coudes, sur les bras, pourquoi est-ce qu'il avait toujours des seringues, des réserves, pourquoi est-ce qu'il avait des crises parfois. Raphaël s'était tiré de cette spirale tant bien que mal, mais lui, non. C'était un fait inexplicable, pas même une question de facilités ni de volonté, mais parfois les événements s'enchaînaient autrement, différemment de ce que l'on aurait voulu, et ce n'était ni la faute du tatoué, ni de celle des autres. Seulement celle de Greyson, qui leur avait injecté cette merde en premier, au nom de ses idées tordues. Drake n'en savait rien, alors pitié qu'il la ferme. - Ta gueule, putain! T'en sais rien, t'étais pas là, merde ! Il serra les poings, dégoûté, hors de lui, alors que la culpabilité se lisait jusque dans ses yeux. TU PENSES VRAIMENT QU'ON AURAIT LAISSÉ QUI QUE CE SOIT LUI FAIRE CA, SI ON AVAIT EU LE CHOIX ?! TU PENSES QU'ON EN A RIEN A FOUTRE, QUE CA NE NOUS ATTEINS JAMAIS SIMPLEMENT PARCE QU'ON A DU S'Y HABITUER ?! Il fit un pas vers lui, incapable de se calmer. T'es con, bordel, Drake, même si tu prétends le contraire, t'es le fils de pote le plus con que j'ai jamais vu de toute ma vie. Prends-toi en à Greyson, si tu veux, mais il s'est fait tué par tes bouffeurs en personne, t'en dis quoi ?! On dirait presque une vengeance ! A nouveau ce putain de rire nerveux pour camoufler ses yeux humides. T'iras arracher les yeux sur son cadavre pour les rendre à ton frère, si tu veux, et puis t'en profiteras pour lui demander pourquoi est-ce que, parmi les seules personnes présentes à ce moment-là, Raphaël Weaver, lui, il a rien fait, hein ? T'iras lui demander ce qu'il nous a injecté dans les veines, combien de temps on est restés enfermés là-bas, et pourquoi il lui a fait ça, et tellement d'autres choses encore ?! Il passa une main sur son visage, rongé par ce sentiment qui le bouffait de l'intérieur, et son regard se posa sur Ally, sur Ale, sur Côme, sur Will, sur Pandora sur tous les autres autour. Peut-être que si il était vivant il t'aurait répondu qu'il n'était pas si différent de toi. J'en sais rien, mais peut-être que ça aussi, tu voudrais bien nous l'expliquer, on a qu'à faire du donnant-donnant ? J'aimerais bien savoir pourquoi t'as violé ma sœur, personnellement, une gamine de dix-sept ans à qui t'avais effacé la mémoire, c'était pas trop dur quand même, j'espère, dans le genre cible facile ?! Et puis, tuer des gamines derrière un écran aussi, je me suis toujours demandé si c'était parce que t'avais le sens du spectacle ? Son regard se posa sur l'aîné Blavatsky, et une nouvelle vague de rage déferla. Tant qu'à faire, on a qu'à aussi parler d'un autre petit exploit, la façon dont t'as foutu en l'air le cerveau de Nick ?! MAIS VAS-Y EXPLIQUE NOUS, CA AUSSI ! T'ES SATISFAIT AU MOINS ? Et putain, personne ne savait à quel point il avait envie de chialer, à quel point c'était anormal, à quel point il se sentait mal à cet instant précis. A cet instant même, à quel point il culpabilisait, parce qu'il n'y avait que la vérité qui blessait et qu'au fond, Drake n'avait pas réellement tort. Il n'avait pas eu la décence de faire attention. Quand bien même il avait essayé d'être là, dans la galère, il n'avait pas réussi. Il n'avait jamais réussi. Fallait avouer que la défaite lui allait bien, aussi. Il avait toujours tout foiré. Il avait toujours dépassé les limites, juste parce qu'il ne savait rien faire d'autre, juste parce qu'il était paumé, et qu'il n'était pas fort, quand bien même il l'aurait voulu. Il n'était rien de plus qu'un gamin qui n'avait pas été foutu de grandir. Alors comment aurait-il pu veiller sur Jude correctement ? C'était là que le bât blessait. Ce que lui reprochait Drake était fondé. |